Village de la justice
Mes comptes Mes comptes
Mes comptes
  • Mes comptes Mes comptes Mon compte MEMBRE
    (Auteur et Forum)
  • Mes comptes Mes comptes Mon compte EMPLOI
    (Recruteur ou Candidat)
2
2
Publicité

E-réputation : rappel des limites juridiques des avis clients.

Par Nicolas Milinkiewicz, Avocat.

1118 lectures 1re parution: 1 commentaire 4.97  /5

Explorer : # diffamation # injure # liberté d'expression # e-réputation

Les avis publiés en ligne sont devenus un élément central de la E-réputation des professionnels. Plateformes d’avis, fiches Google ou réseaux sociaux permettent aujourd’hui à tout utilisateur d’exprimer publiquement son expérience avec un professionnel.
Si la liberté d’expression protège la critique et le mécontentement des consommateurs, elle connaît toutefois des limites. Lorsqu’un avis impute à un professionnel des faits précis susceptibles de porter atteinte à son honneur ou à sa considération, il peut basculer dans le champ de la diffamation, réprimée par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Un arrêt rendu par la cour d’appel de Rennes le 17 février 2026 illustre de manière particulièrement éclairante cette frontière entre critique admissible et propos diffamatoires.

Cour d’appel de Rennes, 17 février 2026, RG n° 25/03280.

-

Les faits jugés par la cour d’appel de Rennes.

Dans le cas d’espèce, un patient accompagnant sa conjointe avait publié un avis critique sur la fiche Google d’une clinique.

Le commentaire relaté une consultation médicale et reprochait au praticien un mauvais diagnostic, avant de conclure notamment que : « En pensant que ce "médecin" nous parlait des ostéopathes comme étant des charlatans, je me demande dans ces cas-là lequel des deux est le charlatan ».

Estimant que ces propos portaient atteinte à sa réputation professionnelle, le médecin avait fait constater l’avis litigieux par un commissaire de justice avant d’engager une procédure en référé afin d’obtenir son retrait et l’indemnisation de son préjudice.

Le juge des référés avait toutefois prononcé la nullité de l’assignation, considérant que celle-ci ne précisait pas suffisamment les propos diffamatoires reprochés.

La cour d’appel de Rennes infirme cette décision et reconnaît le caractère diffamatoire de l’avis.

La distinction entre critique et diffamation.

Pour mémoire, l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 dispose notamment que :

« toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. »

De même, « toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure ».

Trois catégories de propos peuvent ainsi être distinguées :

  • L’expression d’une opinion ou d’un jugement de valeur, protégée par la liberté d’expression ;
  • L’injure, constituée par une expression outrageante ne renfermant l’imputation d’aucun fait ;
  • La diffamation, qui suppose l’imputation d’un fait précis susceptible d’être prouvé ou débattu.

Dans le contexte des avis en ligne, cette distinction est particulièrement importante.

Un client peut librement écrire qu’il a été déçu par une prestation ou qu’il n’a pas apprécié un service. En revanche, il ne peut pas accuser un professionnel d’avoir commis une faute précise sans pouvoir en apporter la preuve, ni même utiliser des termes de mépris ou d’invective.

L’analyse de la cour d’appel de Rennes.

La cour souligne ici que la diffamation doit être appréciée dans son contexte global et non phrase par phrase.

En l’espèce, l’avis décrivait précisément une consultation médicale et imputait au praticien :

  • Une erreur de diagnostic ;
  • Des soins inappropriés ;
  • Une prise en charge dangereuse pour la patiente.

Ces éléments étaient suivis de la qualification de « charlatan », suggérant que le médecin ne mériterait pas sa qualité professionnelle.

Pour la Cour, ces propos ne constituent pas la simple expression d’un mécontentement. Ils tendent au contraire à remettre en cause les compétences et la qualification professionnelle du praticien, ce qui porte atteinte à sa réputation.

Les juges relèvent en outre que l’auteur de l’avis n’apporte aucune preuve de la réalité de l’erreur médicale alléguée, alors même que le médecin ne peut se défendre utilement en raison du secret médical.

Dans ces conditions, les propos excèdent les limites de la liberté d’expression.

Il est enfin à noter que le retrait du commentaire litigieux dès réception de l’assignation en diffamation est sans conséquence sur la responsabilité de son auteur.

Rappel pratique pour les professionnels confrontés à des faux avis.

Cette décision rappelle la manière dont le droit français encadre les avis publiés en ligne.

Face à la diffusion de commentaires susceptibles de porter atteinte à leur image, les bonnes pratiques suivantes peuvent être rappelées :

  • Identifier la nature des propos : tous les avis négatifs ne sont pas illégaux. Il convient d’analyser si le commentaire constitue une simple opinion, une injure, ou une diffamation.
  • Faire constater rapidement l’avis litigieux : avant toute action judiciaire, il est essentiel de faire constater le contenu de l’avis par un commissaire de justice, afin d’en conserver une preuve.
  • Envisager une action judiciaire : lorsque l’avis porte gravement atteinte à la réputation du professionnel, une action peut être introduite pour demander le retrait ou pour obtenir réparation du préjudice subi.
Bienvenue sur le village de la justice

Interagir avec l'auteur !

Vous pouvez envoyer une demande personnalisée privée à l'auteur, si ce bouton apparaît :

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article :
L’avez-vous apprécié ?

1 vote

L'auteur déclare avoir en partie utilisé l'IA générative pour la rédaction de cet article (recherche d'idées, d'informations) mais avec relecture et validation finale humaine.

Cet article est protégé par les droits d'auteur pour toute réutilisation ou diffusion (plus d'infos dans nos mentions légales).

Commenter cet article

Discussion en cours :

A lire aussi :

>
Village de la justice et du Droit

Bienvenue sur le Village de la Justice.

Le 1er site de la communauté du droit: Avocats, juristes, fiscalistes, notaires, commissaires de Justice, magistrats, RH, paralegals, RH, étudiants... y trouvent services, informations, contacts et peuvent échanger et recruter. *

Aujourd'hui: 158 452 membres, 32241 articles, 127 430 messages sur les forums, 1 840 annonces d'emploi et stage... et 1 000 000 visites du site par mois en moyenne. *


FOCUS SUR...

• [Semaine de la médiation] Le mot du parrain 2026, Fabrice Vert, pour les lecteurs du Village de la justice.

• Transformons le droit ! Le nouveau concours de posters du Congrès Transfodroit.





LES HABITANTS

Membres

PROFESSIONNELS DU DROIT

Solutions

Formateurs