Sélection Liberalis spécial Jour férié : la maison de Senghor et le Chateau de Canon, deux escales normandes.

Sélection Liberalis spécial Jour férié : la maison de Senghor et le Chateau de Canon, deux escales normandes.

Par la Rédaction de Liberalis 

1re Parution: 5  /5

Entre la douceur des bords de l’Orne et la mosaïque végétale du Pays d’Auge, deux lieux insolites du Calvados en Normandie racontent des histoires complémentaires : l’intimité d’une maison liée à Léopold et Colette Sédar Senghor et le décor monumental et majestueux du château et du parc de Canon. Voici un portrait mêlant reportage, mise en contexte historique et conseils pratiques pour une visite guidée pleine de curiosités.

-

(Découvrir/ Insolite) : Senghor à Verson, le château de Canon, deux escales normandes entre poésie et jardins.

La maison de Senghor, une demeure familiale devenue lieu de mémoire.

Aux portes de Caen, la petite ville de Verson a vu s’installer une figure universelle : Léopold Sédar Senghor (1906-2001). Premier président du Sénégal indépendant, premier académicien noir, poète de la francophonie, grammairien, chantre de la négritude, député à l’Assemblée nationale française sous la IIIe République et ministre, il fit de cette commune normande, au côté de son épouse Colette, un lieu symbole où se croisaient l’Afrique et l’Europe, la mémoire coloniale et l’espérance d’un dialogue des cultures.

Le bureau de Léopold Sédar Senghor dans sa maison de Verson © photo JLRF

La « Maison Senghor » et les presque deux hectares de verdure du parc Betteville-Senghor, au cheminement ponctué d’arbres plantés par le couple et de panneaux d’interprétation pour retracer l’histoire de l’ancien membre de l’Académie française, se trouvent au 150, rue du Général-Leclerc à Verson. C’est une maison de maître du XIXᵉ siècle qui appartenait à Colette Hubert (née Colette Hubert de Betteville), seconde épouse de Léopold Sédar Senghor et qui la légua à la ville à sa mort en 2018. Le couple s’y était retiré les vingt dernières années de la vie du poète, jusqu’à sa disparition en décembre 2001. 

Son buste, sculpté dans les années 1970 par Arno Breker accueille le visiteur dans le vestibule, et vous fixe droit dans les yeux. La maison de 380m2 de 1837 a conservé un important mobilier et une bibliothèque témoignant de la relation très française mais aussi africaine et francophone du poète-président. Dans cette pièce où les étagères abritent les œuvres complètes de Hugo et de Chateaubriand, derrière un lourd coffre de chêne du XVIe siècle transformé en bureau, Senghor s’asseyait pour écrire ses poèmes et tenter d’apaiser ses blessures intimes : celles d’un père meurtri par la perte de deux de ses trois fils. Le sourire lumineux de son benjamin, Philippe-Maguilen, disparu à 22 ans dans un accident de voiture à Dakar en 1981, s’impose encore sur les murs. Deux ans plus tard, ce fut au tour de son second fils, Guy-Wali, de s’éteindre volontairement, à l’âge de 35 ans.

Un jardin d’hiver resté dans son jus et baigné de lumière, des couloirs peuplés de visages d’anciens chefs d’État et de souverains, des lits bateaux et papiers peints au charme d’antan, des tableaux signés de grands maîtres et, en ultime trésor, l’épée et le costume d’académicien de Senghor s’offrent à la vue du public. On découvre, encore conservées dans la maison qui a vu passer le président Giscard d’Estaing, Raymond Barre ou Maurice Druon, les dédicaces adressées à Colette ou celles laissées de la main d’Aimé Césaire et de Marc Chagall.

La maison d’une quinzaine de pièces permet de mettre en lumière l’héritage de l’homme d’État, de l’écrivain, de l’humaniste dont les valeurs n’ont jamais été autant d’actualité. Elle donne une lecture intime de son existence à travers ses livres, ses correspondances, ses passions et permet de comprendre comment s’articule sa double appartenance (Afrique/France) au quotidien. Il est également l’auteur du texte de l’hymne national sénégalais.

Aujourd’hui la maison est gérée au niveau local : la commune et des associations assurent des visites thématiques, notamment pendant les Journées du Patrimoine.

Ce lieu est passionnant à double titre : il est à la fois un repère biographique et un exemple de patrimoine local transformé en espace de mémoire et de médiation culturelle.

La Maison Senghor à Verson © photo JLRF

Château de Canon, le jardin-musée du XVIIIᵉ siècle.

À environ quarante minutes de Verson, à l’est de Caen, dans la commune de Mézidon-Vallée-d’Auge, le château de Canon, demeure du XVIIIᵉ siècle, s’élève au cœur de quinze hectares de jardins labellisés « Jardin remarquable », conservés presque intacts depuis l’époque des Lumières. L’ensemble, bâtiments et jardins, est classé aux Monuments historiques. Son parc se distingue par l’harmonie entre l’ordre et le romantisme : on y trouve des éléments de jardin « à la française » — allées parfaitement symétriques ornées de statues en marbre de Carrare, cour d’honneur solennelle, parterres tracés au cordeau et miroir d’eau reflétant la noble bâtisse, accompagnés de petites constructions fantaisistes typiques du XVIIIᵉ siècle, dites « fabriques » ou « folies ». Mais il offre également des perspectives plus romantiques « à l’anglaise » : tracés irréguliers, rivières sinueuses, bosquets touffus et cascades bruissantes, où la main de l’homme se fait discrète pour laisser la biodiversité exprimer tout son charme et sa poésie. 

L’ensemble est agrémenté d’un kiosque chinois, d’un temple gréco-romain et de 850 mètres de murs qui forment 10 jardins clos en enfilade appelés « chartreuses ». Il s’agit de parcelles qui servent d’espaces de culture protégés aux univers propres, où croissent fruits, rosiers et autres plantes vivaces, sous le regard de Pomone, déesse de l’abondance.

Le fondateur du domaine moderne que l’on visite aujourd’hui fut Jean-Baptiste Élie de Beaumont, brillant avocat au Parlement de Paris au siècle des Lumières et grand ami de Voltaire, qui, à partir de la fin du XVIIIᵉ siècle, reconstruisit et recompose le domaine selon les goûts de son temps. Sept générations plus tard, grâce au travail de ses descendants, le parc est l’un des derniers intacts de l’époque. Les jardins se parcourent comme une promenade racontant plusieurs époques du paysage français, et des événements saisonniers (fêtes des roses, nocturnes illuminées, promenades musicales, rendez-vous des jardins, Noël au château) rythment la visite. 
L’entretien horticole professionnel en fait un véritable laboratoire vivant pour la fleuristerie et les plantes vivaces. 

Outre ses jardins et son parc, le château de Canon abrite une ferme biologique où les enfants peuvent découvrir de nombreux animaux et profiter d’un parcours aventure. La visite se termine idéalement par un thé ou un rafraîchissement sur la terrasse, sans oublier de passer par la boutique et la cave à cidre.

Deux façons de garder la mémoire.

La Normandie offre ici une rencontre entre mémoire personnelle et patrimoine paysager : la maison de Senghor conserve la trace d’un itinéraire intellectuel et politique singulier, tandis que Canon illustre la mise en scène horticole des Lumières, préservée et mise en valeur pour le public contemporain. Ensemble, ces deux étapes offrent au visiteur un parcours riche en émotions, en images et en histoire — un parfait condensé de ce que la région sait proposer : histoire, littérature, nature et hospitalité.

Les chartreuses du château de Canon © photo JLRF

Conseils pratiques pour le visiteur.

• Quand y aller : la saison haute (printemps–été) est la plus riche côté floraison au château de Canon ; la maison Senghor organise des visites à dates données (journées du patrimoine, visites guidées annoncées par la mairie et l’office du tourisme). Vérifiez les jours et horaires avant de vous déplacer. 
• À combiner avec : un séjour à Caen (château, musées, mémorial), une découverte de Lisieux ou une route des jardins et des manoirs du Pays d’Auge pour prolonger la découverte. 
• Accès, informations et réservations : le château de Canon a une billetterie et un calendrier d’animations sur son site officiel : https:/www.chateaudecanon.com
La maison Senghor dépend des programmes locaux (mairie / office de tourisme) pour ses visites guidées : https://www.ville-verson.fr/maison-...

Photo en logo : Le château de Canon dans le Calvados © photo JLRF

Par la Rédaction de Liberalis 

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article :
L’avez-vous apprécié ?

4 votes

Cet article est protégé par les droits d'auteur pour toute réutilisation ou diffusion (plus d'infos dans nos mentions légales).

Village de la justice et du Droit

Bienvenue sur le Village de la Justice.

Le 1er site de la communauté du droit: Avocats, juristes, fiscalistes, notaires, commissaires de Justice, magistrats, RH, paralegals, RH, étudiants... y trouvent services, informations, contacts et peuvent échanger et recruter. *

Aujourd'hui: 157 290 membres, 29427 articles, 127 392 messages sur les forums, 2 370 annonces d'emploi et stage... et 1 400 000 visites du site par mois en moyenne. *


FOCUS SUR...

• Votez pour le Prix des lecteurs du Village de la Justice !

• Découvrez les lauréats du Prix de l'innovation en Management juridique 2025.





LES HABITANTS

Membres

PROFESSIONNELS DU DROIT

Solutions

Formateurs