(Découvrir/Carnet de voyage) : En Afrique australe, croisière au fil du Zambèze et du lac Kariba.
L’entreprise jongle avec des défis contemporains : montée en puissance du tourisme durable, gestion des basses eaux de plus en plus fréquentes sur certains fleuves, et l’éternelle concurrence des croisières maritimes géantes. Mais la société mise sur des navires à faible tirant d’eau, des motorisations hybrides, et surtout sur cette promesse d’un voyage à taille humaine : direction l’Afrique australe !

- Les chutes Victoria (Victoria Falls) au Zimbabwe vue d’avion © photo JLRF
1er jour – Johannesburg, mémoire vive d’une Afrique du Sud en reconstruction.
Arrivée matinale à Johannesburg depuis Paris, après une nuit de vol sans décalage horaire. Papy, guide francophone, nous accueille et nous conduit à l’hôtel 54 on Bath, une adresse élégante du quartier chic de Rosebank, le centre-ville moderne. L’élégant immeuble Art déco des années 40 autrefois siège de bureaux, a été transformé en établissement de luxe. Adresse idéale pour s’accorder au tempo africain, avec le charme d’un héritage historique et d’une atmosphère contemporaine, raffinée et urbaine, à l’ombre des jacarandas couleur bleu lavande.
L’après-midi est consacré à la découverte de la capitale économique sud-africaine, dont les cicatrices du passé restent visibles. Du musée de l’Apartheid à la maison de Nelson Mandela, avocat de profession, en passant par Soweto, haut lieu de la lutte contre le régime ségrégationniste et la demeure de Desmond Tutu, le parcours met en lumière l’histoire complexe d’un pays encore en reconstruction.
Johannesburg, née de la ruée vers l’or au XIXᵉ siècle, peut déconcerter ceux qui imaginent l’Afrique à travers ses parcs et ses safaris. Pourtant, cette immersion historique donne au voyage une profondeur rare : comprendre et être confronté aux réalités, c’est aussi mieux apprécier la vitalité et la résilience du continent.
2ème jour – Cap sur la Namibie, aux portes du fleuve Zambèze.
L’avion survole une savane brûlée par la saison sèche. À Kasane, au Botswana, notre guide Willy accueille le groupe et conduit les voyageurs jusqu’à la frontière namibienne, pour une traversée par bateau sur la rivière Chobe (prononcer Chobé).
Premier contact avec la nature africaine : les papyrus bordent les canaux du Kasai, des aigrettes s’envolent au passage du bateau, et un crocodile paresse sur la rive.
Arrivés sur le fleuve Zambèze (2 574 kms de long), le Cascades Safari Lodge se dévoile sur une île des Impalila Islands, seul endroit au monde où quatre pays convergent en un seul point, Namibie, Zimbabwe, Botswana et Zambie. Les huit pavillons privatifs, sur pilotis, offrent une vue imprenable sur le fleuve. Une coupe de champagne à la main, les participants sont accueillis sous la lumière rougeoyante du crépuscule.
Le dîner conçu sous la houlette d’Alain Bohn grand chef de CroisiEurope, rythmé par les clapotis de l’eau et une température agréable, marque le début d’une croisière hors du temps, au cœur de la nature africaine.

- Les jacarandas en fleurs à Johannesbourg en Afrique du Sud © photo JLRF
3ème jour – À la rencontre de la faune dans le mythique parc national de Chobe.
Réveil avant l’aube. Au copieux petit-déjeuner buffet, un groupe d’hippopotames s’invite au bord du fleuve. Traversée rapide pour rejoindre le Botswana, où le fonctionnaire du poste-frontière, tamponne frénétiquement nos passeports avec le sourire.
- Matinée – Début de l’exploration du parc national de Chobe.
Avec ses 11 000 km², Chobe est l’une des plus vastes réserves du Botswana, réputée pour abriter la plus forte densité d’éléphants au monde (plus de 50 000). Sous un ciel bleu limpide, les guides Alain et Edgar scrutent la brousse. En cette fin de saison sèche, la végétation brûlée rend les observations aisées : les animaux tentent de se dissimuler du soleil parmi les acacias et les mopanes.
Soudain, des dizaines d’impalas surgissent, un groupe de babouins Chacma, puis des girafes, des familles d’éléphants et plus loin, un groupe de lionnes camouflé dans un buisson, des phacochères, un léopard. La coordination entre rangers permet de repérer les endroits où les chances de rencontrer les animaux sont les meilleures.
- Déjeuner sur le fleuve Chobe.
Après le safari terrestre, la découverte se poursuit en bateau. Sur les eaux calmes, marabouts, pygargues, hérons, ibis, crocodiles et hippopotames animent la scène du théâtre. Les guides désignent du doigt l’île de Sedudu, vaste pâturage où buffles, éléphants et antilopes viennent s’abreuver.
Le déjeuner de grillades et légumes se déroule sur le pont, face à ce spectacle émouvant : troupeaux en mouvement, oiseaux multicolores et odeur de pérille de Nankin, basilic sauvage africain porté par le vent.
- Fin de journée – Retour au Cascades Safari Lodge.
Le bateau glisse sur le Zambèze sous la lumière dorée du couchant. Bain dans la piscine privative, apéritif sous les étoiles pour le briefing du lendemain, puis dîner convivial l’occasion de goûter au sadza le plat traditionnel zimbabwéen. L’atmosphère du lodge, entre confort contemporain et chaleur locale, invite à la détente. Les boissons sont à volonté, ce qui nous permet de découvrir plusieurs vins sud-africains puis les conversations s’animent.
4ème jour – L’île d’Impalila, un lieu unique au croisement de quatre frontières.
Située à la confluence du Zambèze, du Chobe, du canal de Kasai, Impalila Island est surnommée « le doigt tendu de la Namibie » en raison de sa forme sur une carte. Willy nous explique : « Ici, chaque déplacement suppose l’utilisation du passeport. » Cette particularité géographique confère à l’île une atmosphère singulière.
CroisiEurope, a établi deux lodges sur des terres appartenant au village de Kamavosu « là où poussent les baobabs », contribuant en échange à l’approvisionnement en eau et en électricité des populations très démunies. Ce partenariat exemplaire entre tourisme et développement local favorise une économie durable.
Les habitants, majoritairement Subias, vivent de pêche, d’agriculture et désormais d’emplois liés au tourisme. Au détour d’un maison en torchis, un groupe de femmes danse et entonne des chants traditionnels, évoquant la vie quotidienne et les relations parfois tumultueuses avec la nature. Il n’est pas rare de croiser dans l’île, un mamba noir, un python, des singes vervets ou des macaques.

- Un groupe d’éléphants sur la rivière Chobe © photo JLRF
L’après-midi, une sortie de découverte des oiseaux est organisée sur le canal de Kasai, offrant une autre vision du paysage. Les centaines d’hirondelles rasent l’eau, des cigognes à bec jaune somnolent, les hippopotames bâillent la gueule ouverte, et les crocodiles se chauffent au soleil. La journée s’achève sur un cocktail champagnisé et romantique sur une plage du fleuve, dans une lumière rose et dorée, alors que le soleil se couche côté Zambie. Certains participants se mettent spontanément à danser au son de musiques choisies par Willy.
5ème jour – En vol vers le lac Kariba.
Un dernier safari aquatique matinal sur la rivière Chobe permet d’observer des aigles pêcheurs, emblèmes du pays, des aigrettes, des spatules, des marabouts…, un groupe d’hippopotames accompagnés de leurs petits. Silence à bord !
Après le déjeuner, un vol privé conduit le groupe vers le Zimbabwe. Le pilote Barnaby nous offre une échappée aérienne exceptionnelle des chutes Victoria, dont le majestueux nuage de brume se devine à des kilomètres. La route aérienne suit ensuite le cours du Zambèze jusqu’au lac Kariba, vaste mer intérieure de 280 kms de long, presque dix fois plus grande que le lac Léman, née de la construction d’un barrage. C’est le plus grand lac artificiel du monde en volume d’eau, mais paradoxalement il a rendu la zone plus aride qu’elle n’était.
L’African Dream, élégant et luxueux bateau intime de 8 cabines sur trois ponts, construit au Zimbabwe, devient le nouveau lieu de vie du groupe. Inauguré en 2018, il conjugue confort moderne et esprit d’aventure. Les cabines y sont équipées de toutes les commodités d’un 5 étoiles avec une large baie vitrée et pour certaines un balcon privatif. Salon bar, pont soleil, petite piscine et l’équipage professionnel font le reste. Le soir, la croisière commence sur une mer d’huile, dans un silence minéral.
6ème jour – Kariba, le cœur battant de l’Afrique sauvage.
Dès potron-minet, début du safari aquatique dans la baie de Changa. Le lac Kariba (220 kms de long), avec ses arbres mopanes (arbre à feuilles en forme de papillon) pétrifiés émergeant des eaux, dégage une atmosphère irréelle. Ces vestiges rappellent les terres englouties lors de la création du barrage et le déplacement de dizaines de milliers de familles Tonga.
Entre les troncs blanchis, un groupe d’hippopotames se prélasse, sur la berge, des crocodiles du Nil sont à l’affût, un couple de cobes (antilopes aux superbes cornes) s’enfuie à notre approche, des femelles éléphants encadrent un petit, arrachent des herbes, et partagent leur repas avec les aigrettes. Le lac, refuge de plus de quarante espèces de poissons, voit son niveau varier jusqu’à dix-huit mètres entre la saison des pluies et la saison sèche.
L’après-midi, les passagers s’essaient à la pêche avec Pepe, notre accompagnateur Zimbabwéen francophone. Les prises, comme un poisson-chat, s’accompagnent d’histoires savoureuses : ici, même les poissons ont des légendes. Le soleil décline sur le lac, et le ciel se teinte de rose et d’ambre tandis que les montagnes s’embrasent d’un rouge ferreux. Retour sur l’African Dream ou l’équipe nous accueille avec une boisson rafraîchissante. Le savoureux dîner à bord est servi dans une ambiance feutrée, ponctuée du cri lointain des hippos et du piaillement des tisserins.

- L’African Dream, bateau à huit cabines sur le Lac Kariba © photo JLRF
7ème jour – L’immense parc national de Matusadona.
Le matin s’ouvre sur une savane asséchée : le parc national de Matusadona (1400 km2) terme local signifiant « messager des miracles ». Dès 1958, la zone fut protégée, passant d’interdite à la chasse à réserve en 1963, puis à parc national en 1975. La création du lac transforma cette région autrefois aride en un refuge pour de nombreux herbivores. Si les grands fauves se cachent dans la végétation, avec les calaos et leurs grands becs ou des vanneaux du Sénégal, la microfaune attire le regard ; colonies de fourmis, bousiers, scorpions, tortues... Brusquement des zèbres et impalas apparaissent tout près, suivis d’une éléphante et son petit encore maladroit, s’abritant sous le ventre maternel. Le rhinocéros noir qui avait disparu des conséquences du braconnage, va être réintroduit dans le parc dès 2026.
- Fin d’après-midi – Dans l’immensité silencieuse du lac Kariba.
L’African Dream jette l’ancre près d’Antelope Island, née comme tant d’autres (293 îles au total) des bouleversements du lac Kariba. L’île porte encore la mémoire de « l’Opération Noé », menée dans les années 50 par le ranger britannique Rupert Fothergill pour sauver des milliers d’animaux, koudous, rhinocéros, éléphants, serpents, oiseaux, menacés par la montée des eaux due au barrage, et les déplacer vers le parc de Matusadona.
Depuis notre petite annexe flottante d’excursion, nous avançons dans une lumière dorée. Le long des rives défilent les fermes de tilapias, symbole d’une pêche locale plus raisonnée. Sur les berges, des antilopes-rouannes somnolent, indifférentes aux bâillements des hippopotames, tandis que des zèbres se découpent dans le ciel au loin. Plus près, des femmes rentrent la pêche du jour, paniers sur la tête, illustrant une vie frugale où chaque prise se partage ou s’échange.
Le jour s’éteint soudain, laissant place à un clair-obscur seulement troublé par les souffles des kapenta rigs, frêles embarcations aux lanternes à pétrole. Leurs pêcheurs s’apprêtent à une longue nuit à guetter les petites sardines d’eau douce qu’ils salent puis font sécher à l’aube. À mesure que le soleil disparaît, les silhouettes des arbres noyés se dressent dans un ciel passé du cuivre au bleu d’encre, et le lac immobile devient un miroir renvoyant le scintillement des étoiles.
8ème jour – La puissance du mythe : Victoria Falls.
Au petit matin, l’African Dream lève l’ancre. Après un dernier regard sur le lac Kariba et un détour par son barrage, prouesse d’ingénierie construite entre 1955 et 1959 qui fournit aujourd’hui 70 % de l’électricité du Zimbabwe, le groupe prend un court vol pour Victoria Falls. À l’atterrissage, la chaleur de la fin de la saison sèche enveloppe les visiteurs, tandis que le grondement des chutes se fait déjà entendre.
Un déjeuner-croisière suit, dévoilant l’amont des chutes entre Zambie et Zimbabwe autour de plats locaux à base de poissons du Zambèze. Puis la découverte du site commence lors d’une courte randonnée. La brume peut monter jusqu’à 400 m, enveloppant les visiteurs d’une fine pluie, et l’eau plonge parfois de plus de 100 m avant de heurter les rochers. Sous le soleil, la vapeur forme des arcs-en-ciel éphémères.
En saison des pluies, le débit devient un rideau d’eau continu, si dense qu’il peut masquer la vue, et le vacarme semble surgir des entrailles de la terre. C’est ici que David Livingstone, missionnaire écossais, découvrit en 1855 ce spectacle qu’il nomma « Victoria Falls », Il mentionna aussi un ancien nom local, « Seongo » ou « Chongwe » signifiant « lieu de l’arc-en-ciel ». Bien que les peuples Tonga et Nyanja l’aient longtemps vénéré sous le nom plus authentique de Mosi-oa-Tunya, « la fumée qui gronde ».
Notre guide locale sourit à l’évocation de Livingstone, au pied de sa statue surplombant la cataracte : « Pour nous, il ne représente rien », dit-il, avant d’ajouter, « ici, les chutes appartiennent d’abord à la nature, pas à l’histoire coloniale ». Puis il complète : « Le pont de 1905 qui franchit le Zambèze juste en aval des chutes, imaginé par Cecil Rhodes, fondateur de la compagnie De Beers (diamants…), fut conçu pour que les trains traversent la brume, offrant un trajet spectaculaire ». Non loin se dresse un baobab exceptionnel, le « Big Tree », d’environ 22,4 m de circonférence et 24 m de hauteur, l’un des plus imposants de la région.
En fin d’après-midi – Lodge avec vue sur la savane et les animaux.
À une quinzaine de minutes des chutes, l’iconique Victoria Falls Safari Lodge et ses 72 chambres domine la plaine et le parc national du Zambèze. Construit en bois et en chaume, l’établissement de luxe, classé, marie architecture traditionnelle, confort contemporain et design végétal.
Depuis la terrasse, la piscine ou le restaurant-bar Makuwa-Kuwa, on observe les éléphants, girafes, buffles, antilopes, hyènes ou vautours venir s’abreuver au point d’eau en contrebas. Un groupe de chanteurs a cappella se produit, pendant que l’on déguste un filet de bœuf en croûte de noix de coco, où des côtes de bœuf infusées au café. Le soir, le coucher de soleil embrase la savane, tandis que le cri des oiseaux s’éteint peu à peu dans la chaleur du crépuscule.
9ème jour – Survol des chutes Victoria en hélicoptère.
Depuis le ciel, le spectacle est encore plus saisissant. À bord d’un hélicoptère, le survol des chutes Victoria révèle la puissance du fleuve et la beauté de ses gorges. Le Zambèze s’y engouffre en un chaos d’écume blanche et de lumière. Le pilote tourne lentement au-dessus du gouffre, offrant une vision à 360° du plus célèbre site naturel d’Afrique australe, classé par l’Unesco.
Ici s’achève la croisière CroisiEurope en Afrique australe. Un voyage d’exception qui, entre fleuves, lacs et savanes, aura relié l’histoire et la nature, la mémoire et la beauté brute du continent africain. Une immersion totale, où chaque étape, du tumulte de Johannesburg à la sérénité du Kariba, jusqu’au tonnerre des chutes Victoria, compose la symphonie d’une Afrique vivante, puissante et inoubliable.

- Impalila Island, un groupe de villageoises Subias danse et chante © photo JLRF
Informations croisières : https://www.croisieurope.com
Afrique du Sud Tourisme : https://visitsouthafrica.co
Zimbabwe Tourisme : https://zimbabwetourism.net
Namibie Tourisme : https://visitnamibia.com.naFormalités : Un passeport valide au moins six mois après la date de retour est requis, avec au minimum six pages vierges pour les tampons de passage aux frontières.Le visa pour le Zimbabwe (35 $) ainsi que la taxe d’entrée au Botswana (30 $) doivent être acquittés sur place, en espèces.
Vaccinations : Aucune vaccination obligatoire n’est exigée.
En pratique : La saison idéale correspond à l’automne austral, une période marquée par un climat plus doux et par la naissance de nombreux animaux.
Jusqu’au mois de mai, la faune reste particulièrement présente autour des points d’eau, offrant d’excellentes conditions d’observation.
Photo en logo : Victoria Falls Safari Lodge et la vue au soleil couchant sur le point d’eau © photo JLRF


