Sélection Liberalis du week-end : la cueillette urbaine, un retour à la nature.

Sélection Liberalis du week-end : la cueillette urbaine, un retour à la nature.

Par la Rédaction de Liberalis 

1re Parution: 4.25  /5

Les végétaux forment la trame invisible qui rend possible la vie sur notre planète. Ils soutiennent l’ensemble des êtres vivants, mais la plupart d’entre nous en ignorent aujourd’hui presque tout, à l’exception de quelques passionnés ou spécialistes. Dans les villes surtout, cette relation de proximité s’est peu à peu dissoute...

-

(Se passionner/Nature) : La cueillette urbaine, un retour à la nature.

Au fil du temps, la nature a été envisagée comme un élément étranger, qu’il convenait de dominer et de façonner. Notre vocabulaire lui-même en porte les traces : parler d’« exploitation agricole » illustre bien cette volonté de maîtrise.
Lorsque des espaces ont été mis en réserve pour en assurer la sauvegarde, la démarche a souvent consisté à les mettre à distance, comme si l’humain n’avait pas sa place en leur sein.

Aujourd’hui, face à la succession des crises écologiques, sociales, sanitaires et climatiques, s’affirme une exigence nouvelle : retisser un rapport vivant à la terre, questionner nos habitudes et repenser notre manière d’habiter le monde.

Retour vers les chemins de la Nature.

Un jeudi de novembre à Paris, au Bois de Vincennes, tout proche du château éponyme, un groupe de personnes attend Christophe de Hody herbaliste, botaniste de terrain et mycologue. Fondateur il y a 15 ans du « Chemin de la Nature », il propose avec 8 autres animateurs, des balades de cueillette urbaine toute l’année. L’objectif : redécouvrir les plantes sauvages, médicinales ou comestibles et les champignons, qui poussent à proximité des trottoirs, des parcs ou en pleine forêt et transmettre des gestes et connaissances oubliés. Il n’y a rien que dans le bois de Vincennes 700 plantes sauvages différentes dont 200 comestibles et plus de 1 000 espèces de champignons. Depuis la création de son entreprise, pas moins de 30 000 curieux se sont initiés à ce retour aux sources.

Pendant la sortie, les participants (en moyenne 70% féminins et 30% masculins, sauf pour les thématiques « champignons » où les sexes s’équilibrent) observent, goûtent, posent des questions et prennent des notes. Qu’est-ce qu’une plante sauvage ? « Une plante où il n’y a eu aucune intervention humaine pour sa croissance ». On y apprend à distinguer le cynorrhodon ou « gratte-cul » du rosier sauvage d’une cenelle de l’aubépine, une laitue sauvage d’un pissenlit grâce à son latex végétal, à préparer une huile raffermissante à base de pâquerettes ou encore à cuisiner un velouté de lamier pourpre, après avoir goûté des prunelles sauvages délicieuses mais à la saveur astringente. Ces ateliers sont pensés comme une école en plein air, ouverte à tous ceux qui souhaitent se reconnecter à leur environnement. Après deux heures de pratique, russules charbonnières, collybies, bolets, armillaires couleur de miel et autres champignons parisiens, n’ont plus de secrets.

Une tradition interrompue.

Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, la cueillette faisait partie du quotidien. Après la guerre, l’essor de l’agriculture intensive et de la médecine moderne a progressivement éclipsé ce savoir. En 1941, la suppression du diplôme d’État d’herboriste a accéléré ce déclin. La transmission orale dans les villages s’est perdue, et les plantes sauvages ont été reléguées au rang de « mauvaises herbes ».

À partir des années 1970-1980, quelques collectifs marginaux ont tenté de réhabiliter cette pratique. Mais c’est surtout depuis une dizaine d’années et plus fortement encore ces trois ou quatre dernières années que l’intérêt pour la cueillette se développe et connaît un regain d’intérêt, porté par le désir croissant de renouer avec son environnement immédiat, de s’éloigner du tout industriel et d’adopter des modes de vie plus sains.

Observer avant de cueillir.

Pour Christophe de Hody, la première étape n’est pas de cueillir mais d’observer. Dans un parc ou en forêt, il recommande de prendre le temps de ressentir l’effet de l’environnement, de suivre les cycles des saisons, de repérer bourgeons, fleurs et fruits. Cette approche progressive permet de se familiariser avec le vivant. Les balades guidées ou la randonnée viennent ensuite comme prolongement naturel.

Un parcours tourné vers la transmission.

Issu d’une famille où la nature avait une place centrale, entre yoga, potager et vie en extérieur, Christophe a très tôt cueilli champignons et plantes sauvages. Plus tard, il a transformé cette pratique en véritable projet de propagation de ses connaissances. Après quelques sorties organisées sur participation libre, il a développé des formations en ligne, aujourd’hui suivies par un large public.

Macérat huileux de fleurs récoltées © photo Les chemins de la nature

Des plantes familières, des usages variés.

Les plantes sauvages offrent une diversité d’usages, aussi bien alimentaires que médicinaux ou cosmétiques. L’ortie, par exemple, est nutritive et riche en protéines, vitamines et minéraux. On la consomme crue, cuite, en jus ou en infusion, et elle possède des propriétés anti-inflammatoires, reminéralisantes et anti-anémiantes.

Parmi d’autres espèces courantes, on retrouve le thym et le romarin aux vertus aromatiques, le souci des champs et l’achillée millefeuille pour leurs qualités apaisantes et cicatrisantes, ou encore la pâquerette, qui entre dans la préparation d’un macérât raffermissant.

Une pratique en pleine réinvention.

La cueillette sauvage, longtemps mise de côté, réapparaît aujourd’hui comme une manière simple de retisser un lien direct avec la nature. Entre transmission de savoirs, redécouverte de plantes communes et exploration de leurs usages multiples, elle se développe autant comme un loisir accessible que comme une forme de réappropriation écologique et culturelle. 

Où pratiquer la cueillette sauvage ?

Autour et dans Paris, plusieurs espaces se prêtent à la découverte des plantes comestibles et médicinales. Les Buttes Chaumont, les bois de Vincennes et de Boulogne, malgré leur fréquentation, recèlent de nombreux recoins propices à l’exploration. Plus au sud, la forêt de Fontainebleau, la vallée de Chevreuse et la forêt de Rambouillet offrent des milieux variés où l’on peut croiser une flore riche et diversifiée, mais aussi la forêt de Montmorency au nord.

La cueillette n’est évidemment pas réservée aux Parisiens, même si l’Île-de-France est couverte à 25 % d’espaces verts, et abrite 4 des 54 parcs naturels régionaux français avec près de 2 700 km2 de nature préservée. La France possède une mosaïque d’écosystèmes, chacun abritant des plantes spécifiques : herbes de montagne, végétaux des marais, espèces littorales… Le Chemin de la Nature prépare d’ailleurs des formations adaptées à ces différents milieux, permettant d’apprendre à reconnaître les espèces selon les paysages traversés. 

Il est important de rappeler que la cueillette de plantes sauvages doit se pratiquer avec éthique et discernement, en respectant les espèces, leurs habitats et les saisons pour préserver la biodiversité et en petite quantité. Dans certains parcs naturels la cueillette est réglementée. Adopter une approche raisonnée permet de profiter des richesses naturelles tout en garantissant leur pérennité pour les générations futures.

Les prunelles sauvages du Bois de Vincennes © photo JLRF

Informations pratiques.

Les balades proposées par l’équipe de Christophe de Hody se déroulent en petits groupes et durent environ deux heures, mais peuvent aussi s’étaler sur plusieurs jours. Le tarif est de 10 à 15 € par heure. Pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances, une première formation en ligne consacrée à certaines plantes communes est accessible gratuitement. Une formation complète, donnant accès à un programme mensuel plus étoffé, est également proposée. Il existe des guides natures partout en France, le tout est de savoir en profiter.

Les chemins de la nature : https://www.lechemindelanature.com
France Nature Environnement : https://fne.asso.fr/actualite/et-si...
Guides naturalistes Camargue - Crau - Alpilles : [https://www.guide-nature.fr]
Guides natures Parc Naturel Régional Oise-Pays de France : https://destination.parc-oise-paysd...

Photo en logo : La récolte de la balade des champignons © photo Les chemins de la nature

Par la Rédaction de Liberalis 

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article :
L’avez-vous apprécié ?

4 votes

Cet article est protégé par les droits d'auteur pour toute réutilisation ou diffusion (plus d'infos dans nos mentions légales).

Village de la justice et du Droit

Bienvenue sur le Village de la Justice.

Le 1er site de la communauté du droit: Avocats, juristes, fiscalistes, notaires, commissaires de Justice, magistrats, RH, paralegals, RH, étudiants... y trouvent services, informations, contacts et peuvent échanger et recruter. *

Aujourd'hui: 157 260 membres, 29362 articles, 127 390 messages sur les forums, 2 500 annonces d'emploi et stage... et 1 400 000 visites du site par mois en moyenne. *


FOCUS SUR...

• Votez pour le Prix des lecteurs du Village de la Justice !

• Découvrez les lauréats du Prix de l'innovation en Management juridique 2025.





LES HABITANTS

Membres

PROFESSIONNELS DU DROIT

Solutions

Formateurs