Sélection Liberalis du week-end : « Sèvres impérial et royal » s'invite au Pavillon Henri II de Villers-Cotterêts.

Sélection Liberalis du week-end : « Sèvres impérial et royal » s’invite au Pavillon Henri II de Villers-Cotterêts.

Par la Rédaction de Liberalis 

1re Parution: 4.71  /5

Au Pavillon Henri II de Villers-Cotterêts à une heure au nord-est de Paris, un jeune collectionneur de 30 ans fait dialoguer histoire et élégance à travers une exposition sur la porcelaine de Sèvres. Un regard neuf sur un patrimoine d’exception et une occasion unique de découvrir un monument confidentiel.

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(Découvrir/ Exposition) : « Sèvres impérial et royal » s’invite au méconnu Pavillon Henri II de Villers-Cotterêts.

Un pavillon d’angle devenu monument à part entière.

À proximité jadis des appartements privés de François 1ᵉʳ, le Pavillon Henri II naît au XVIᵉ siècle comme un pavillon d’angle du grand jardin royal de Villers-Cotterêts, au cœur du duché de Valois, le plus ancien fief de la monarchie française. Ce bâtiment est probablement, comme le château voisin, l’œuvre de Philibert Delorme mais pas avec certitude. On y lit encore l’esthétique de la première Renaissance française : grand châssis à meneaux, ordonnancement régulier, boiseries et plafonds à caissons. L’ensemble sera remanié et embelli vers 1760 par le duc d’Orléans, alors maître des lieux, qui lui donne une parure intérieure de stucs et de boiseries sculptées digne d’un hôtel particulier.  

Le Pavillon Henri II de Villers-Cotterêts © photo Pavillon Henri II de Villers-Cotterêts

De la Révolution au rachat royal.

Saisi comme bien national, le pavillon est vendu en 1795. L’histoire locale retient ensuite le nom de l’inspecteur des forêts de Retz, Jean-Michel Deviolaine, comme propriétaire. Celui-ci fut le témoin de naissance d’Alexandre Dumas (père) qui est né à Villers-Cotterêts. Ce dernier le citera dans plusieurs de ses écrits. En 1843, Louis-Philippe rachète le pavillon à titre privé, perpétuant le lien orléaniste avec Villers-Cotterêts.  

Un décor préservé.

À l’intérieur, on découvre encore aujourd’hui un grand salon de 6 mètres sous plafond lambrissé, une grande cheminée encadrée d’un trumeau monumental, des corniches stuquées, des motifs ornementaux à la feuille d’or et un plafond à caissons : un concentré de « belles manières » du XVIIIᵉ siècle dans un écrin Renaissance. La façade aligne bas-reliefs et encadrements soignés : c’est cette alliance des époques qui fait le charme singulier du pavillon. 

La forêt, les chasses et… des marathons à cheval.

Si le pavillon porte le nom d’Henri II, c’est que le fils de François 1ᵉʳ affectionnait particulièrement Villers-Cotterêts pour la chasse. Les sources de la Cité internationale de la langue française, abritée aujourd’hui dans le château, rappellent ces parties qui pouvaient durer « sept ou huit heures d’affilée » dans la forêt de Retz, un indice de l’intensité de la vie de cour ici, loin de Paris mais au cœur des décisions politiques. 

Un destin à part de celui du château voisin.

Le grand château de Villers-Cotterêts, où François 1ᵉʳ signa en 1539 l’ordonnance imposant le français dans les actes administratifs et judiciaires, a connu une destinée heurtée (dépôt de mendicité, hospice, long abandon) avant sa renaissance récente comme Cité de la langue française et confié au Centre des Monuments Nationaux. Le petit pavillon, lui, a survécu à l’écart de ces tumultes massifs, ce qui explique l’état remarquable de ses décors préservés. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1995.  

Ghislain Mondon, la jeunesse au service des arts de Sèvres.

À seulement trente ans, Ghislain Mondon fait déjà figure d’exception dans le monde feutré des collectionneurs. Esthète passionné, amoureux du beau et du rare, il s’impose peu à peu comme une voix nouvelle dans la redécouverte des arts décoratifs français. Son parcours, d’abord consacré au mobilier, l’a conduit naturellement vers un domaine où se mêlent raffinement, convivialité et histoire : les arts de la table.

L’exposition « Sèvres impérial et royal ».

C’est donc au Pavillon Henri II de Villers-Cotterêts, qu’il présente aujourd’hui sa toute première exposition. Sous le titre évocateur « Sèvres impérial et royale s’invite à Villers-Cotterêts », le jeune collectionneur dévoile une centaine de pièces choisies (près de 300 au total en incluant argenterie et cristaux) parmi les quelques cinq cents trésors qu’il conserve précieusement. Une plongée dans l’univers délicat de la porcelaine de Sèvres, où chaque assiette, chaque sucrier, chaque rafraîchissoir raconte un fragment d’histoire et d’art de vivre à la française.

Trois tables dressées sont ainsi reconstituées :
• La première, impériale, met en avant le service Capraire, ce service d’apparat du palais des Tuileries, constitué dès Napoléon Ier, et étoffé par les souverains successifs : Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe et Napoléon III.
• La table royale, est principalement composée du service dit « des Petites Vues de France », commandé par Louis-Philippe en 1833, également pour le palais des Tuileries.
• Une troisième table, hétéroclite, est composée, notamment, d’une assiette livrée à l’empereur Napoléon Ier en 1808 à Rambouillet, d’un plateau du service offert par l’Empereur en cadeau de mariage au prince de Bade en 1807, ou encore d’une pièce d’un service d’inspiration orientaliste, prévu pour devenir le service d’apparat au Grand Trianon, sous Louis-Philippe, mais qui ne lui fut jamais livré.

Manufacture royale de Sèvres, 1763, sucrier de table d’un service à dessert du roi Louis XV au Château de Versailles, par le peintre de fleur, d’ornements et doreur Pierre-Antoine Méreaud (1735-1791) actif de 1754 à 1791 © Collection Ghislain Mondon

Plusieurs vitrines viennent compléter cet ensemble scénographié pour proposer au visiteur un éventail plus large des productions de Sèvres, toujours en lien avec le thème de l’exposition, tels, une assiette à décor mauresque d’un service commandé par le roi Louis-Philippe offerte comme cadeau diplomatique au Shah de Perse ou deux pièces provenant des ruines du château de Saint-Cloud portant encore les stigmates de l’incendie de cette ancienne résidence Princière.

Mais pour Ghislain Mondon, collectionner ne se résume pas à accumuler. C’est avant tout un travail de mémoire. Ses recherches méticuleuses dans les archives, les inventaires, les salles de ventes ou les correspondances anciennes lui permettent de recomposer les trajectoires oubliées des objets et des artistes. « Ma passion est aussi un hommage à ceux qui, dans les ateliers de la manufacture de Sèvres, ont fait rayonner l’excellence française, mais également à leur génie et à leur sens du détail », nous confie-t-il.

En à peine cinq ans, le jeune homme s’est taillé une réputation d’expert reconnu. Son regard averti lui a déjà valu de collaborer à plusieurs expositions prestigieuses, telles que Le Dernier Sacre au Mobilier National en 2025, ou Fontainebleau, la ville sous le Second Empire (2023), l’Expédition de Bonaparte en Égypte et la naissance de l’égyptologie (2025), toutes deux à la Mairie de Fontainebleau.

Certaines pièces issues de sa collection rivalisent aujourd’hui avec celles des musées : sucrier du service de Louis XV à Versailles, tasse à glace d’apparat… autant de témoins d’un faste disparu.

Pour Ghislain Mondon, les arts de la table sont bien plus qu’un simple décor. « Existe-t-il meilleur moment de partage que celui passé autour d’une table ? », aime-t-il rappeler. Dans ce rituel du repas, il voit un héritage culturel et humain, un lien subtil entre passé et présent. Son exposition en est l’écho : un dialogue entre l’histoire, la beauté et le plaisir de vivre.

Manufacture impériale de Sèvres, 1807, assiette du service décrit « Fond vert, frise d’or et bouquets de fleurs ». Le service est acheté le 13 mai 1807 pour la somme de 2 390 francs par Talleyrand, alors Ministre des affaires étrangères. La peinture est attribuable à Jacques-Francois Micaud (peintre actif de 1757 à 1810) © Collection Ghislain Mondon

Informations pratiques :
Exposition : « Sèvres impérial et royal, s’invite à Villers-Cotterêts », du 14 décembre 2025 au 18 janvier 2026
Pavillon Henri II 15, passage du Manège 02600 Villers-Cotterêts
Départ des visites à : 11h, 12h, 14h, 15h, 16h et 17h
• Ouvert en décembre 2025 : dim 14, sam 20, dim 21, mar 23, mer 24, ven 26, sam 27, dim 28, mar 30, mer 31
• Ouvert en janvier 2026 : ven 2, sam 3, dim 4, sam 10, dim 11
• Fermée tous les lundis et les 25 décembre et 1er janvier 

Site du Pavillon Henri II : http://www.pavillonhenriii.com

À proximité :
• à 2 minutes à pied
Cité Internationale de la langue française – château de Villers-Cotterêts
https://www.cite-langue-francaise.fr
• à 5 minutes à pied
Musée Alexandre Dumas
https://webmuseo.com/ws/musee-dumas...

Photo en logo : La cheminée monumentale du Pavillon Henri II avec une table dressée pour l’exposition « Sèvres impérial et royal, s’invite à Villers-Cotterêts » © photo Ghislain Mondon

Par la Rédaction de Liberalis 

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