1 - Une parole de l’enfant solidement ancrée dans les textes fondateurs.
L’audition de l’enfant ne constitue pas un simple outil procédural ou une pratique accessoire. Elle trouve sa source dans plusieurs textes fondateurs internationaux et européens.
Principalement, la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, reconnaît l’enfant comme sujet de droit, titulaire de droits fondamentaux, et impose aux Etats parties à la Convention de les respecter et de les rendre effectifs.
La CIDE repose notamment sur le droit de l’enfant à ce que son intérêt supérieur soit une considération primordiale (article 3-1) et son droit à participer aux décisions qui le concernent (article 12).
Parallèlement à l’adoption de la CIDE, un Comité des droits de l’enfant a été institué.
Ce Comité est chargé de veiller à l’application de la Convention par les États qui l’ont ratifiée. Il émet régulièrement des observations générales, formule des recommandations d’interprétation et examine les rapports nationaux relatifs au respect des droits de l’enfant.
Ces travaux ont contribué à renforcer l’idée selon laquelle le droit d’être entendu ne doit pas rester théorique, mais doit se traduire par des mécanismes effectifs et adaptés à l’enfant.
2 - Une parole encore insuffisamment intégrée dans les modes amiables.
Si l’audition de l’enfant est désormais bien identifiée dans le cadre judiciaire, elle reste largement sous-utilisée dans les procédures amiables.
Or, lorsque les parents sont engagés dans une séparation, ils sont souvent absorbés par leur propre conflit.
Chacun est convaincu d’agir dans l’intérêt de l’enfant, sans toujours parvenir à se repositionner véritablement à hauteur de celui-ci. Et pour connaître les besoins d’un enfant, encore faut-il lui offrir un espace pour s’exprimer.
Ni les avocats, ni parfois même le médiateur familial, n’ont vocation à recueillir directement la parole de l’enfant. L’audition amiable permet précisément de combler ce vide.
3 - L’audition amiable de l’enfant en pratique : un espace de parole sécurisé.
Concrètement, l’audition amiable de l’enfant intervient à l’initiative des parents, souvent sur proposition de leurs avocats ou du médiateur familial, à un moment clé de la séparation, lorsque les décisions relatives à l’organisation de la vie de l’enfant doivent être envisagées.
L’auditeur d’enfant, professionnel spécifiquement formé à l’écoute de la parole du mineur, reçoit l’enfant seul, dans un cadre neutre et sécurisant, sans la présence des parents.
L’entretien n’a pas pour objet de faire trancher à l’enfant un conflit qui ne lui appartient pas, mais de recueillir ses ressentis, ses besoins et, le cas échéant, ses souhaits, en tenant compte de son âge et de son degré de maturité.
L’enfant est informé du cadre de l’audition, de sa liberté de s’exprimer s’il le souhaite, ainsi que du principe de confidentialité.
À l’issue de l’entretien, l’auditeur procède à une restitution orale aux parents. Cette restitution vise à éclairer les discussions et à replacer l’intérêt de l’enfant au cœur des décisions, sans jamais se substituer à la responsabilité parentale.
Certains éléments peuvent émerger, parfois totalement inconnus des parents. À l’inverse, le silence de l’enfant peut également constituer un message en soi, révélateur d’une difficulté ou d’un malaise particulier.
Bien souvent, l’audition de l’enfant permet de délier certains conflits ou, à tout le moins, de repositionner plus justement les parents dans les décisions qui concernent directement l’enfant.
Dans un contexte où les modes amiables sont de plus en plus encouragés, ce mécanisme mérite d’être davantage connu et mobilisé.
Donner une place à la parole de l’enfant, dans un cadre respectueux et sécurisé, constitue souvent une condition essentielle pour parvenir à des accords durables et véritablement protecteurs de l’équilibre familial.


