Côté pile : l’interview de Stéphane Toubiana.
Village de la Justice : les soft skills sont-elles une "notion floue" [1] ?
Stéphane Toubiana :
« Je vais sans doute vous étonner, mais de définition précise des soft skills, je n’en ai pas !
À l’origine, c’est un terme inventé par l’Armée américaine, dans le cadre d’une réflexion menée sur le fait de s’adapter à des choses non prévues. On pourrait donc traduire Soft skills par "compétences non routinières", compétences "molles" ou "douces" (je n’aime pas personnellement !), ou encore "subtiles".

- S. Toubiana
Moi, j’opte pour "compétences émotionnelles". Ce sont celles qui nous permettent, quand on est en interaction avec les autres ou avec nous-même, de nous adapter au contexte. »
V.J : Quel est l’impact de l’IA sur les soft skills.
S.T : « L’IA va justement automatiser les choses "routinières". Donc le "non routinier" va être encore plus important. C’est une redistribution des cartes.
Nous allons être de moins en moins des exécutants (l’exécution sera pour l’IA) et de plus en plus des chefs d’orchestre qui "embarquent" leurs équipes.
Cela va nous demander de développer notre capacité à coopérer, collaborer, communiquer pour être des facilitateurs. C’est une évolution très profonde et très globale. »
V.J : Quelles soft skills vont, en particulier, être essentielles ?
« Une étude de l’OCDE a paru à ce sujet et j’en retiens 4 compétences clefs [2]
la communication (en interne, avec les clients ou votre manager) ;
la coopération ;
la résilience ;
la curiosité. »
V.J : La grande question : les soft skills s’apprennent-elles ?
S.T : « Oui,... mais pas comme à l’école ! C’est une pédagogie de transformation qui commence par le fait de s’observer soi-même. Il faut se mettre en "growth mindset" c’est-à-dire un état d’esprit de développement, pour s’améliorer et apprendre.
Donc oui, tout s’apprend, et cela passe :
par une réflexion personnelle ;
par le partage avec les autres. »
V.J : Quel regard en particulier avez-vous sur les juristes ?
S.T : « Je pense que c’est un public qui peut avoir particulièrement besoin de sortir d’une posture d’expertise. Sans doute que les opérations juridiques ne se "gagnent" pas que devant son écran, mais passent aussi par la communication et l’écoute. Je pense qu’il leur faut notamment travailler la collaboration. »
Côté face : le retour d’expérience avec Marianne Beurtheret.
Marianne Beurtheret et son équipe ont participé à l’un des ateliers proposés par Stéphane Toubiana.
Village de la Justice : Pourriez-vous nous dire vos motivations (à vous et votre équipe) d’aller vous former en soft skills, ce que vous alliez y chercher et ce que vous y avez trouvé ?

- M. Beurtheret
Marianne Beurtheret : « Mon principal objectif pour me former avec mon équipe sur la motivation était de raviver le plaisir de travailler ensemble au sein de l’équipe, notamment en présentiel. Avec l’évolution de nos modes de travail dans le contexte post-Covid, marquée par la mise en place du flex office combinée au télétravail, il peut parfois émerger un sentiment de désintégration progressive du collectif. L’équipe a été très réceptive à cette démarche, partageant l’envie de mieux se connaître, surtout avec l’arrivée de nouveaux collaborateurs. En effet, la connaissance interpersonnelle est, à mes yeux, l’un des leviers essentiels de l’efficacité collective.
L’atelier sur la motivation a ainsi permis de faire émerger un consensus fort autour de l’idée que la motivation est un moteur d’épanouissement personnel au service de la performance collective. Il a également contribué à instaurer une véritable dynamique d’équipe avec des moments que nous avons décidé de sanctuariser au sein de l’équipe. J’ai personnellement été portée par cet atelier dans ma posture de directrice, et j’ai le sentiment que l’équipe s’est pleinement engagée dans cette démarche. »
V.J : Pouvez-vous citer 3 soft skills qui vous paraissent essentielles en 2025 dans votre direction ?
M.B : « Pour un fiscaliste en entreprise, elles sont les suivantes : l’assertivité, la pensée systémique et le sens du service.
L’assertivité permet d’exprimer clairement nos positions fiscales tout en respectant la posture de nos interlocuteurs qu’ils soient internes ou externe, particulièrement dans la gestion de la relation avec l’Administration fiscale.
La pensée systémique est cruciale pour comprendre les enjeux financiers dans leur globalité, anticiper les impacts transverses au-delà de la matière fiscale et s’inscrire dans la stratégie du Groupe.
Enfin, le sens du service est indispensable pour inscrire notre action dans une logique de soutien et de valeur ajoutée auprès de nos clients internes, c’est-à-dire principalement nos interlocuteurs des directions financières de toutes les entités du groupe. »


