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Métiers du Droit : la reconversion est possible !
Parution : jeudi 2 août 2012
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Qu’on choisisse d’être avocat, magistrat, juriste ou notaire, cela ne signifie pas pour autant qu’on le restera toujours. Le droit n’est pas un carcan. De vraies passerelles existent entre les métiers, et ça la plupart des professionnels du droit le savent…

Entre routine, journées surchargées, stress ou recherche d’une satisfaction dans le travail, bien des situations poussent parfois à la reconversion professionnelle. Principal métier du droit touché : l’avocat ou plutôt le "jeune avocat".

« Certains confrères ont épousé cette profession par obligation parentale ou ne sont pas du tout faits pour ce métier, d’autres ne supportent pas l’aspect libéral et se sentent mieux dans un travail salarié encadré... », admet la présidente de la commission Prospective du CNB, Karine Mignon-Louvet. « Se réorienter au sein de la profession ou au sein d’autres professions juridiques ou externes s’avère parfois difficile mais nécessaire pour eux ». En effet, il est intéressant de noter que les jeunes avocats, heurtés par la difficulté de poser leur plaque et d’en vivre exercent comme juriste d’entreprise six mois après leur sortie, un travail salarié encadré donc. C’est un mouvement de fond. Plus de 50% des juristes d’entreprises ont d’abord exercé en tant qu’avocats, selon une récente enquête de l’Association Française des Juristes d’Entreprise.

« C’est un phénomène courant  », confirme un consultant dans un cabinet de recrutement. « Les grandes motivations des avocats qui rejoignent l’entreprise sont l’équilibre entre leur vie privée et leur carrière » poursuit-il, autrement dit, une chose difficile à trouver quand ils étaient avocats.

Pression...

Même remarque chez Jurispartner, où Christian Lamy, co-gérant, voit souvent des avocats «  lassés de la pression qui existe dans les cabinets ». Une tension qui pousse donc à voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Par ailleurs, outre le rythme de travail très soutenu et la dureté de certaines relations, les perspectives d’évolution peuvent aussi décevoir. Seuls quelques élus triés sur le volet accèdent au statut d’associé. En face, le monde de l’entreprise est plutôt friand d’avocats, jugés très compétents. Mais il se méfie quand même parfois « de ces profils perçus comme trop individualistes et compétitifs », relève Christian Lamy. Le parcours inverse, de l’entreprise au cabinet, est nettement plus rare mais existe bel et bien.

Quoi qu’on en dise, la profession d’avocat reste tout de même très prisée et très accessible. Les passerelles vers ce métier permettent en outre une reconversion facile et rapide. En effet, certaines personnes justifiant par exemple d’une expérience professionnelle suffisante peuvent devenir avocats sans passer par le cursus traditionnel.

Ainsi, les magistrats, les membres du Conseil d’Etat, les professeurs d’université chargés d’un enseignement juridique, entre autres, sont dispensés de la formation théorique et pratique, du certificat d’aptitude à la profession d’avocat. Ils déposent leur demande d’admission au Conseil de l’Ordre du barreau de leur choix, qui décide, après enquête, de les inscrire ou pas au tableau de l’Ordre comme ce fut le cas avec Jean-Pierre Pierangeli, magistrat depuis 1982 et devenu avocat à l’âge de 65 ans : « il faut apprendre un nouveau métier. C’est un paradoxe, mais je suis passé de l’autre côté de la barre. Là, c’est une autre démarche. J’y vais pour l’attrait intellectuel. Après une carrière de 40 ans au service de la justice, je ne me voyais pas rester sans activité  », déclarait le « jeune avocat ».

D’autres professionnels du droit sont également dispensés de la formation traditionnelle. Mais leur inscription au barreau est soumise à l’obligation d’effectuer un stage d’un an. Il s’agit notamment des juristes d’entreprise et des salariés de cabinets d’avocat ou d’associations, justifiant au moins de huit ans de pratique professionnelle. Les notaires, huissiers de justice, administrateurs judiciaires, mandataires, maîtres de conférences et chargés de cours en université, peuvent en être mais sous certaines conditions, etc.

Pour ce qui est de la profession de magistrat, il n’existe pas véritablement de passerelles pour les avocats. Il s’agit plutôt de concours et de recrutements internes. Ainsi, le deuxième concours ou concours interne est réservé aux fonctionnaires. Le troisième concours lui est ouvert aux personnes justifiant de huit ans d’expérience professionnelle ou d’un mandat électif comme ce fut le cas pour M. Gaboret-Guiselin, ancien juriste d’entreprise.

Le nombre de places quant à lui, est fixé chaque année par un arrêté du Garde des sceaux. Le recrutement sur titre, sous conditions, concerne, lui, un tiers des juristes admis à l’Ecole nationale de la magistrature (greffiers en chef, avocats, policiers, maître de conférences, etc).

Par ailleurs, certains professionnels pourront être nommés avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation sans avoir à remplir les conditions de diplômes, de formation ou d’examens professionnels. Il s’agit des conseillers d’Etat, conseillers à la Cour de cassation et conseillers à la Cour de comptes, et, sous certaines conditions, aux professeurs d’université notamment.

Quoi qu’on en dise, la reconversion professionnelle au sein des métiers du droit est récurrente. Les horaires lourds pour les avocats, la volonté de découvrir autre chose, de changer son quotidien sont des facteurs favorisant cette reconversion, et il n’y a pas d’âge pour cela (ndlr : M.Pierangeli). « Le fait qu’il existe des passerelles facilite ces reconversions, c’est une richesse » déclare un juriste. Au regard des statistiques, on ne peut le contredire…

A lire aussi :
- Michel Tournois, ingénieur, puis expert judiciaire, puis avocat à Paris...
- Les nombreux témoignages et échanges sur le forum du village de la justice sur le thème de la reconversion.

Mehdi Kasby _ Rédaction du Village de la Justice
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