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Focus sur des actions sociales en milieu carcéral.
Parution : mercredi 11 mars 2015
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On parle peu de la prison, cependant elle fait partie de notre société. Liée au monde du droit, la prison et les détenus nous interpellent. Le Village de la justice s’est interrogé sur la place qu’occupent les entreprises et les avocats au sein des actions sociales menées en milieu carcéral.

Quand on parle d’intervention sociale en milieu carcéral, on pense le plus souvent aux associations nationales d’aide aux personnes détenues et sortants de prison comme l’association GENEPI, Auxilia formation et amitié, ANVP etc.
Mais d’autres structures ont une action sociale au sein des prisons françaises, petit tour d’horizon de ces intervenants méconnus ...

I. Les avocats.

On le sait, les avocats interviennent régulièrement dans les prisons dans le cadre de leur profession, notamment pour rencontrer les détenus qu’ils défendent. Ce que l’on sait moins, c’est que cette même profession intervient également à titre préventif et engage régulièrement une réflexion sur les conditions de vie en prison et surtout sur les conditions de sorties des prisonniers.

Depuis plus de 10 ans, la Conférence des bâtonniers organise une Journée Prison. Cet événement annuel est décliné sur l’ensemble du territoire par les différents barreaux. Ces derniers mettent en place des initiatives dans le but de sensibiliser l’opinion publique, les institutions et les médias aux enjeux relatifs à l’institution pénitentiaire. Les Bâtonniers et leurs confrères avocats souhaitent attirer l’attention sur la nécessité de garantir aux personnes détenues la reconnaissance de leurs droits fondamentaux.
Cette journée est aussi une façon de rappeler que les avocats aussi se mobilisent sur la situation si délicate et particulière des détenus.

Dans le cadre du Trophée pro bono (édition de 2014), Brigitte Robilliard-Lastel à mis en mis en place à titre bénévole, des médiations familiales au sein de la centrale de Poissy. La médiation familiale est nécéssaire aux détenus, surtout pour les longues peines, car elle favorise le maintien des liens familiaux, l’apaisement des conflits et la restauration de la communication. Maître Robilliard-Lastel souhaite élargir cette expérience à d’autres centrales et centres de détentions de la région parisienne.

Certains avocats du barreau du Val de Marne interviennent à titre volontaire auprès de l’association Droit d’urgence. Ils réalisent des consultations juridiques gratuites après des détenus dans le cadre du Point d’accès au droit (PAD) mis en place dans la Maison d’arrêt de Fresnes.

II. Les entreprises.

On en parle très peu, mais certaines entreprises françaises agissent dans le milieu carcéral afin de favoriser la réinsertion sociale et professionnelle des personnes emprisonnées. Peu connues, ces actions ne sont pas toujours bien comprises et peuvent être un sujet de polémique. Notamment quand les entreprises emploient des prisonniers pour effectuer certains travaux et que parallèlement, elles développent des actions de formations professionnelles et qualifiantes pour ces derniers. Certains, voient en ces actions une façon pour les entreprises d’utiliser les prisonniers à des fins mercantiles.

Voici quelques exemples d’entreprises intervenant dans les prisons pour notamment aider les sortants à réussir leur retour dans la société en particulier sur le plan professionnel.

La Fondation M6 est une fondation d’entreprise créée en 2010. Elle a choisi d’intervenir dans le milieu carcéral afin d’aider à la reconstruction du prisonnier.
A la question « Que peut apporter l’entreprise M6 au monde pénitencier ? » posée par le Village de la Justice, Nathalie Renoux [1], marraine de la Fondation, nous apporte la réponse suivante :

 " Le Groupe M6 intervient de trois façons dans l’accompagnement des dynamiques de socialisation et de réinsertion post-carcérale :
1. Il aide à la réinsertion :
- 30 personnes ont pu trouver un emploi suite au soutien de la Fondation,
- 350 bourses d’études ont été remises à des détenus illettrés et indigents,
- 260 détenus ont suivi des formations audiovisuelles et aux métiers de la restauration.

2. Il améliore l’offre culturelle et sportive au sein des prisons :
- Plus de 10.000 détenus ont profité d’actions culturelles et sportives (spectacles, concerts, projections, formations au métier de l’arbitrage…)

3. Il soutient des associations :
- Plus de 2.000 enfants ont été accompagnés en prison pour rendre visite à leurs parents ;
- Une quarantaine d’hébergements-relais ont été financés pour accueillir les détenus en « sortie sèche ».
"

Nathalie Renoux (crédit photo.Franck Ferville/M6).

Nathalie Renoux précise qu’ « à ce jour, la France compte plus de 68.974 détenus. Dans ce monde à part, il y a des femmes et des hommes. Ils ne sont certes pas là par hasard. Ils purgent leur peine. Mais cet enfermement forcé est peut-être, et sûrement, l’occasion de s’intéresser à eux, de leur proposer des formations, de leur offrir des perspectives, l’espoir d’une vie après la prison. Ainsi, il faut améliorer les conditions de détention et travailler à la réinsertion des prisonniers à leur sortie, voilà au moins deux défis auxquels s’attache la Fondation au gré des diverses opérations qu’elle mène dans les établissements pénitentiaires. »

Découvrez le rapport d’activité 2017-2018 de la Fondation "Changeons de regard sur la prison."

La société Sodéxo a créé en son sein une branche « Justice services ». La société applique sa responsabilité sociale au sein des prisons notamment par le biais de son programme Exponis animé par des chargés de relation entreprises. Ce programme aide les détenus à retrouver un emploi. Dans un premier temps un travail d’accompagnement des détenus est réalisé afin de déterminer leurs compétences et employabilité, puis une prospection sur le marché de l’emploi est organisée pour trouver des employeurs. Tout ceci se fait en étroite relation avec les juges d’application des peines et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) afin de préparer spécifiquement chaque sortie de détenu [2]

L’entreprise JC Decaux intervient également au coeur des prisons. Avec sa filiale Cyclocity, elle propose une formation de mécanicien de cycle dans certaines prisons d’Ile-de-France [3]

Les entreprises pré-citées font partie de L’association « Sortir de prison, intégrer une entreprise » créée en 2013 avec le parrainage de l’Institut Montaigne, de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH) et de l’association l’Ilôt. Cette association, composée d’entreprises et d’associations a pour but de fédérer et d’aider les entreprises à mener des actions concrètes en faveur de la réinsertion des sortants de prison.
Ensemble, ils ont mis en place une charte des entreprises pour la réinsertion des sortants de prison afin de sensibiliser les entreprises et organismes professionnels à l’emploi de ces personnes.
En 2014, le Barreau de Paris a signé un partenariat avec cette association pour notamment œuvrer afin d’établir le lien entre l’association et les juridictions d’application des peines [4].

Ces actions sociales sont très importantes car elles permettent aux prisonniers de sortir de leur statut de personne enfermée. Cela leur permet d’être actif dans leur quotidien et surtout de participer à la construction de leur avenir hors de la prison. Elles participent à la lutte contre la récidive pour les sortants.

Marie Depay, Rédaction du Village de la justice.

[1Nathalie Renoux est présentatrice du JT Week-End sur la chaine de télévision M6.