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Supervision réflexive des avocats : un nouvel outil de prévention des risques ?

Sarah-Jane Tasteyre, Avocate et médiatrice
Avocate inscrite au Barreau de Paris, exerçant en Angleterre et à Hong Kong
Mediatrice familiale et Superviseur d’avocats
https://www.tasteyrefamilymediation.co.uk/

624 lectures Mis à jour: 1re parution:

Explorer : # supervision réflexive # prévention des risques # obligations déontologiques # santé mentale

La supervision réflexive est encore largement méconnue des avocats en France.
Le mot « supervision » peut d’ailleurs prêter à confusion. Il peut faire penser au contrôle du travail d’un collaborateur, à la supervision d’un dossier ou à l’accompagnement d’un avocat junior par un associé.
La supervision réflexive est différente. Il s’agit d’un espace de parole régulier et confidentiel dans lequel l’avocat peut prendre du recul sur sa pratique avec un superviseur formé et indépendant. Il ne s’agit pas de vérifier ses connaissances juridiques ou de lui dire ce qu’il aurait dû faire, mais de réfléchir à sa façon d’exercer : ses décisions, ses relations avec ses clients, ses réactions face à certaines situations et ce qui peut, parfois sans qu’il en ait conscience, influencer son jugement professionnel.

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Si cette pratique peut contribuer à préserver la santé mentale des avocats, son intérêt va plus loin. Elle peut également participer à la prévention des risques, au respect des obligations professionnelles et à la qualité du service rendu au client.

Connaître la règle ne suffit pas toujours.

Les cabinets investissent, à juste titre, dans la formation, les procédures internes, le contrôle des dossiers et la gestion des risques. Mais une procédure, aussi bonne soit-elle, doit ensuite être appliquée par une personne. Et cette personne peut être fatiguée, sous pression, confrontée à un client difficile ou inquiète d’avoir commis une erreur.

Un avocat peut parfaitement connaître ses obligations et pourtant repousser une conversation difficile avec un client. Il peut hésiter à parler d’une erreur parce qu’il en redoute les conséquences. Il peut perdre progressivement son objectivité dans un dossier ou ne plus prendre suffisamment de recul sur une situation.

Ce ne sont pas nécessairement des manquements au départ. Mais une conversation repoussée peut devenir un retard. Un retard peut détériorer la relation avec le client. Une difficulté qui n’est pas identifiée ou signalée suffisamment tôt peut devenir une réclamation, une erreur ou un problème de conformité.
C’est précisément là que la supervision réflexive prend toute sa valeur. Intervenir avant que le risque ne devienne un incident
Nous avons tendance à identifier le risque lorsqu’il est déjà visible : un délai n’a pas été respecté, un client se plaint, une erreur est découverte. Mais que s’est-il passé avant ?

La supervision réflexive permet de travailler plus en amont.

Elle offre à l’avocat un espace dans lequel il peut simplement dire :
« Ce client m’épuise et je sens que cela influence ma façon de lui répondre. » « Je ne suis plus certain d’avoir suffisamment de recul sur ce dossier. » Ou encore : «  Je crois que j’ai fait une erreur. »

Pouvoir exprimer cette difficulté permet de prendre du recul et surtout de se poser une question : que dois-je faire maintenant ?
La réponse peut être très concrète : reprendre une conversation avec le client, demander un second avis, solliciter une supervision technique, parler à un associé ou signaler une difficulté. La supervision ne décide pas à la place de l’avocat. Elle l’aide à examiner la situation et à identifier la réponse professionnelle appropriée.

Un complément aux dispositifs de conformité et de gestion des risques.

La supervision réflexive ne remplace ni les procédures internes, ni le contrôle des dossiers, ni la supervision technique, ni les obligations déontologiques ou de signalement. Elle les complète.

Son intérêt est notamment de permettre d’identifier certains signaux faibles, avant qu’ils ne deviennent des incidents.
Pourquoi est-ce que les échanges avec ce client m’affectent autant ? Est-ce que la fatigue ou la pression influence ma décision ? Cette situation doit-elle maintenant être portée à la connaissance du cabinet ?

La supervision permet de ralentir la réaction immédiate, de remettre en question certaines hypothèses et, lorsque cela est nécessaire, de reconnaître qu’une difficulté doit être traitée autrement. La confidentialité est essentielle à ce processus. L’avocat doit pouvoir parler librement de ses doutes ou de ses difficultés sans avoir le sentiment d’être évalué.
Mais confidentialité ne signifie pas absence de responsabilité.

Si la réflexion fait apparaître une erreur, un problème déontologique ou une situation nécessitant une intervention du cabinet, le superviseur aide l’avocat à identifier l’action qui doit être entreprise. La responsabilité de cette action reste celle de l’avocat.

La supervision réflexive n’est donc pas un nouveau système de contrôle. Elle crée plutôt un espace dans lequel certaines difficultés peuvent être repérées, nommées et traitées plus tôt.

Santé mentale et prévention des risques : deux sujets liés.

La santé mentale reste évidemment une dimension importante de la supervision réflexive.
Pouvoir parler régulièrement des dossiers difficiles, de la surcharge de travail, des relations professionnelles complexes ou de situations qui nous affectent permet de ne pas attendre l’épuisement pour réagir. Mais santé mentale et prévention des risques ne sont pas deux sujets totalement distincts.

Notre état influence notre façon de travailler.

Lorsque nous sommes épuisés, isolés ou sous pression, il devient plus difficile de prendre du recul, de communiquer clairement, de poser des limites ou simplement de reconnaître que nous avons besoin d’aide. Soutenir la capacité de réflexion de l’avocat, c’est donc aussi participer à la qualité et à la sécurité de sa pratique.

Une pratique à faire connaître en France.

Les cabinets disposent aujourd’hui de nombreux outils pour gérer les risques : formations, procédures, contrôles, audits, systèmes de signalement. Ils sont indispensables.
La supervision réflexive apporte quelque chose de différent : un espace pour réfléchir à ce qui se passe avant que la difficulté ne devienne un incident : avant la plainte, avant le délai manqué, avant que la relation avec le client ne se détériore.
Et parfois, avant que l’avocat n’arrive lui-même à épuisement.

La supervision réflexive ne remplace pas les dispositifs existants. Elle les complète.
Car entre connaître ses obligations et être capable de les appliquer correctement lorsque l’on est sous pression, il existe parfois un espace.
C’est précisément dans cet espace que la supervision réflexive peut contribuer à la prévention des risques.

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