Quatre écoles de détectives privés en 2026.
Il existe à ce jour pas moins de 4 écoles de détectives privés en France diplômant chaque année environ 20 élèves chacune. En conséquence, environ 80 nouveaux diplômés arrivent potentiellement sur le marché tous les ans alors même que le secteur est saturé dans la plupart des métropoles françaises (IDF, Lyon, Nice…) et a vu ses effectifs divisés par trois en 20 ans.
Attirés par l’image d’Epinal du détective, les jeunes étudiants sont peu à peu confrontés à la réalité économique du métier, déchantent pour la plupart en cours de formation et abandonnent cette voie une fois diplômés.
Ainsi, environ trois-quarts des étudiants diplômés renoncent au métier d’enquêteur privé. Parmi ceux qui décident finalement de se lancer, plus de la moitié quitte le métier après quelques années d’exercice, faute de pouvoir vivre de cette activité.
Une question évidente se pose alors : y-a-t-il trop d’écoles de détectives privés en France ?
Vers la fermeture d’écoles de détectives privés en France ?
La France compte 450 [1] à 500 détectives privés sur le territoire national. Il s’agit donc d’un marché minuscule et l’arrivée d’environ 80 nouveaux diplômés chaque année crée un afflux massif de nouveaux professionnels. Potentiellement, c’est une croissance annuelle de 16% du nombre de détectives alors que le marché se contracte fortement depuis 20 ans. Cela n’a aucun sens et interroge.
En comparaison, selon le ministère de la Justice, la France comptait au 1er janvier 2026 près de 79 141 avocats et quelques 2 350 nouveaux avocats prêtent serment chaque année, soit une croissance annuelle de 2,96% des effectifs globaux.
Proportionnellement, le nombre de nouveaux avocats diplômés est donc 5 fois moins élevé que le nombre de détectives privés nouvellement diplômés.
Les chiffres sont sensiblement les mêmes chez les autres professions d’exercice libéral :
- 30 500 architectes et agréés en architecture inscrits au tableau de l’Ordre au 1er janvier 2023 et environ 1 200 nouveaux diplômés HMONP sortent des écoles d’architecture chaque année, soit une croissance potentielle de 3,93%. (Source : Ordre des architectes).
- 245 847 médecins sont en activité en France au 1er janvier 2026 et environ 9 000 nouveaux médecins sont diplômés chaque année, soit une croissance potentielle de 3,66% [2].
Chaque année, le nombre de nouveaux diplômés est donc 4 à 5 fois plus élevé chez les détectives privés que chez les autres professions libérales.
Cela est totalement disproportionné, d’autant plus que les autres professionnels libéraux connaissent une croissance continue de leurs effectifs alors que les ARP subissent le phénomène inverse depuis deux décennies !
Pour limiter à 4% les nouveaux diplômés chaque année, une seule école d’enquête privée serait suffisante.
C’est en partie pour cette raison que le taux d’insertion professionnelle est si faible chez les nouveaux ARP. Une fois diplômée, la très grande majorité des élèves détectives ne se lance finalement pas dans la profession. Ils comprennent que l’activité est difficile, qu’il est compliqué d’en vivre et qu’il n’existe pas d’autre alternative que de se mettre à son compte en profession libérale.
En effet, il n’y a aucun débouché comme salarié dans la profession, seules les sociétés d’enquête civile emploient des salariés qui passent leurs journées à réaliser des enquêtes téléphoniques, très loin de ce que recherchent les élèves enquêteurs.
Parmi les diplômés qui épousent tout de même la profession, près de la moitié s’en éloigne après quelques années faute de pouvoir vivre de leur activité d’enquête en plus d’autres raisons (caractère très solitaire de l’activité, qualités requises importantes - commerciales, juridiques, techniques...- , image négative du métier, aucune prérogative pour les enquêteurs privés...).
En effet, les premières années d’un détective privé sont très compliquées car il faut réussir à se créer une clientèle. Cela demande du temps et des investissements. Aussi, un détective qui n’a pas anticipé ces cinq premières années compliquées ne peut raisonnablement pas pérenniser sa situation professionnelle.
Évolution du nombre d’écoles d’agents de recherche privée en France.
Face à l’échec croissant de détectives privés à s’installer et à la liquidation de plus en plus importante de cabinets d’investigations privées, la logique économique voudrait que le nombre d’écoles de détectives privés diminue.
Pour mémoire, l’Institut de formation des agents de recherches (IFAR) est la première école de détectives à voir le jour en 1996.
En 1998, c’est au tour de l’université d’Assas-Melun de créer son diplôme d’ARP.
A partir de 2003, la profession connaît de nombreux changements législatifs et réglementaires et les effectifs de détectives sont peu à peu divisés par 3 en 20 ans.
Pourtant, deux nouvelles écoles créent une formation de détectives privés en 2011 :
- l’Ecole supérieure des agents de recherches privées (ESARP) ;
- L’Université de Nîmes (UNIMES).
Depuis 2011, les effectifs de détectives privés ont donc été réduits de plus de moitié, passant de 1 200 à 500 ARP, alors que le nombre de formations a doublé.
Cela est tout à fait paradoxal et questionne, car cet afflux massif de nouveaux détectives dessert à la fois les étudiants, désillusionnés à l’issue de leur formation, et la profession, car les tarifs sont tirés vers le bas et la qualité du travail rendu se fait nécessairement ressentir.
En outre, il est aussi intéressant de souligner que quelques cabinets profitent allègrement de cette situation et intègrent dans leur modèle économique l’exploitation de stagiaires à longueur d’année.
Toutefois, la logique est en train de reprendre le dessus, car certaines formations sont en difficulté. En effet, l’absence d’obligation de rentabilité des formations universitaires est peu à peu remise en question.
C’est par exemple le cas pour l’université Paris Panthéon-Assas [3] qui a dû fermer son DU Enquêteur privé en 2024 et pourrait fermer sa licence prochainement.
Ce n’est probablement que le début d’un mouvement de fond, car il serait logique qu’une ou deux autres formations ferment dans les années à venir compte tenu du micro-marché que représente l’investigation privée en France. En effet, l’écosystème ne pourra durablement survivre avec plus d’une à deux écoles de détectives privés en France.


Discussion en cours :
Trop de contraintes en France. Il suffit de comparer les conditions pour devenir détective, en France, à celles prévalant aux États-Unis ou en Suisse : c’est du délire. En Suisse, par exemple, on considère que vous pouvez vous installer comme détective dès que vous avez un diplôme de droit (pas besoin d’une formation complémentaire), puisqu’on considère que si vous avez une licence de droit, vous connaissez les règles et les principes régissant l’obtention des preuves. Vous faites une déclaration aux autorités, et vous pouvez vous installer. En France, le CNAPS, la déclaration en préfecture, la carte professionnelle, les ceci, les cela... Rien que la carte professionnelle est une anomalie totale. Quand on enquête dans une affaire sensible, politique ou financière, il peut y avoir des pressions pour que l’on vous retire la carte ou que l’on refuse son renouvellement... C’est une situation scandaleuse.