Il est commun de parler de la “partie faible” comme de celle qui se sent en position de faiblesse dans un conflit.
La médiation est parfois perçue comme une forme de justice privée, qui serait susceptible de fragiliser la protection de la « partie faible » dans un conflit.
Le droit du travail a en effet été créé à l’origine dans un objectif de protection des salariés vis-à-vis de leurs employeurs, jugés tous puissants. En raison du lien de subordination inhérent au contrat de travail, le salarié tend à se considérer comme la partie vulnérable. C’est ce qui peut induire chez le salarié la perception d’être la partie faible.
Le juge prud’homal de son côté est perçu comme le garant du respect des règles protectrices.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la crainte que la médiation puisse priver la partie supposée faible, de la protection judiciaire.
Il nous semble que c’est toutefois méconnaître le processus de médiation qui présente des garanties propres, susceptibles de renforcer l’autonomie du salarié.
La liberté de décision au cœur du processus de médiation.
La médiation est un processus qui remet aux parties leur liberté de décision. Elle a lieu entre deux personnes physiques, le salarié et le représentant de l’entreprise.
La médiation est ainsi différente d’un procès judiciaire au terme duquel le juge va rendre une décision pour les parties qui devront alors l’appliquer même si elles n’y adhèrent pas.
A contrario, dans le cas de la médiation, ce sont les parties elles-mêmes qui décident des suites de leur relation.
Si certaines personnes ont des réticences à décider pour et par elles-mêmes, le médiateur va pouvoir, lors des entretiens individuels, les accompagner dans leur réflexion pour leur permettre de prendre conscience des avantages et inconvénients de décider par elles-mêmes, comme des avantages et inconvénients de se voir imposer une décision par un tiers. Les personnes, accompagnées du médiateur, en sortent avec une meilleure affirmation de leurs besoins, voire d’elles-mêmes.
La médiation permet ainsi de renforcer la capacité de chacune des parties à affirmer ses intérêts, loin de l’image d’une soumission passive.
Des solutions plus adaptées.
La médiation est un processus encadré et structuré qui fait intervenir un tiers, le médiateur, un professionnel formé aux outils de la médiation, qui est neutre, impartial et indépendant.
La médiation permet aux personnes de réinstaurer un dialogue entre elles et de retrouver de la sérénité. Les personnes trouvent ensemble une solution à leur différend.
Ce cadre permet aux deux parties de s’exprimer librement sur leurs attentes. Il favorise donc l’émergence de solutions plus adaptées aux enjeux des parties, là où une décision judiciaire aboutira principalement à des condamnations financières (un salarié peut par exemple avoir davantage besoin d’une lettre de recommandation, d’être « réhabilité », que d’une indemnité financière imposée par le juge).
La médiation permet une variété de solutions qui ne sont pas toujours prévues dans les textes juridiques. Le retour au dialogue et la réflexion accompagnée par le médiateur ouvrent ainsi un champ des possibles plus vaste que celui des textes juridiques, voire que celui envisagé à l’origine par les parties. En favorisant le dialogue et en accompagnant la réflexion commune, le médiateur aide les personnes à imaginer des solutions personnalisées et adaptées à leur réalité.
Cette flexibilité constitue un avantage certain, car elle favorise l’émergence de solutions plus créatives, souvent plus en phase avec les attentes et besoins des salariés.
En définitive, la médiation apparaît comme un moyen de redonner à chaque personne toute sa place dans la résolution du conflit, en plaçant la liberté de décision au cœur du processus et en renforçant l’autonomie des individus et leur capacité à défendre leurs intérêts de manière active et réfléchie.


