Nathalie Hantz,
Rédaction du Village de la Justice

 
  • 2542 lectures
  • Parution : 28 février 2021

  • 5  /5
Guide de lecture.
 

[Nouvelle parution] "La balance, le glaive et les fourmis."

Une bande-dessinée mise en évidence dans les rayons de la librairie où je furète attire mon regard : des robes noires et des robes rouges s’agitent sur et entre des piles de dossiers. Une couverture qui dit au premier coup d’œil ce que le sous-titre confirme : "23 magistrats, 48 greffiers, 3 directrices de Greffe... et 35 862 dossiers en attente" : chic, un reportage dessiné sur la Justice au quotidien !
176 pages plus tard, le Village de la Justice vous en recommande la lecture, aidé par les auteurs de l’ouvrage, Jean-Luc Loyer et Xavier Bétaucourt, qui nous en détaillent la genèse [1].

Le Palais de Justice d’Angoulême est un bâtiment datant du 19ème siècle dans (vous l’apprendrez à la lecture) "le pur style néoclassique de l’époque". Un bâtiment aux allures antiques empreint de solennité, donc.

Mais les auteurs ne s’attardent pas sur ce décorum. Ce qui les intéresse, c’est l’envers du décor : les "fourmis" du titre. En grande majorité (il faut le dire) des femmes, celles qui exercent la fonction de greffière, et des hommes, surtout côté magistrat.

Jean-Luc Loyer et Xavier Bétaucourt racontent dans cet ouvrage leur immersion pendant une année dans le monde de la justice, en manque de moyens criant. Moyens humains, certes, mais également matériels, au point de condamner des toilettes dans l’attente de la réparation d’un loquet, ou de se réjouir d’obtenir une agrafeuse...

Une facette assez peu reluisante certes et pourtant... ce qui ressort surtout de ce quotidien, plus ou moins anecdotique, c’est le sens du service public chevillé au corps que toutes ces "fourmis" ont, une énergie déployée pour que -coûte que coûte- la justice soit rendue.

De cette bande-dessinée véritable reportage graphique, on retient aussi le déroulé des audiences, décrit de façon à la fois humaine et pédagogique, jusqu’au sous-sol du palais, la "brocante du crimes" comme le dit l’un des auteurs, là où sont conservées les pièces à conviction des procès.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir ! (Extrait de "La balance, le glaive et les fourmis". Éditions Futuropolis.)

Le Village de la Justice a souhaité en savoir plus sur l’origine et l’objectif de cette bande-dessinée.


Quelles sont vos motivations à l’origine de ce livre ?

Xavier Bétaucourt

"Le palais de justice fait parti de ces lieux que nous avons tous l’impression de connaître mais où nous n’avons, pour la plupart d’entre nous, jamais mis les pieds. Et j’aime aller voir ce qu’il se passe dans ces lieux, derrière ces portes, et le partager. Avec bien sûr l’idée de casser les idées reçues que nous avons tous."

Xavier Bétaucourt

Jean-Luc Loyer :

"L’histoire de ce livre démarre par une rencontre, celle du photographe Théo Pinganaud dont quelques clichés apparaissent à la fin de l’album. Il travaille sur ce sujet et suit les personnes qui seront au cœur de notre ouvrage. Je l’accompagne et effectivement je suis fort étonné de ce que j’y découvre. J’en fais part donc à mon scénariste, Xavier Betaucourt qui va élargir le champs des investigations et l’aventure débute ainsi...
Une immersion au cœur d’un immense paquebot, quelque part au cœur d’un palais de justice de « province » (sans que ce ne soit péjoratif)."

Quel point fort, s’il ne fallait en retenir qu’un, souhaitez vous mettre en avant dans ce livre ?

X.B  : "Le principe de cet album est de nous mettre à la hauteur des hommes et des femmes - les fourmis du titre - qui permettent à la machine judiciaire de fonctionner. Nous voyons tous les jours ou presque des compte-rendus d’audience dans le journaux. Nous ne voulions pas faire cela. Notre démarche est de montrer ce qui se passe en marge des audiences, montrer les coulisses, ce que l’on ne voit jamais. Ici, c’est la justice au quotidien."

J-L.L :

"J’oserais dire à la fois l’abnégation et le dévouement de certaines personnes rencontrées et, il faut bien le dire, la fatigue et l’érosion d’autres, face à un fonctionnement lourd et « vertical »."

Jean-Luc Loyer

A qui le destinez-vous ?

X.B : "Cet album est ouvert à tous ! Nous pensons et espérons qu’il peut aussi bien intéresser un étudiant qui veut savoir ’’où il va mettre les pieds’’ que des professionnels aguerris qui pourront peut-être mieux connaître les gens qu’ils côtoient au quotidien. Les néophytes complets, comme nous l’étions au début de ce travail, pourront écouter parler ceux que l’on ne voit jamais et découvrir ce qu’est la justice en France (du moins, en partie)."

J-L. L : "À tout le monde, si j’ose dire. C’est un récit non exhaustif certes mais qui, je l’espère invitera bon nombre de lecteurs à s’intéresser à l’un des fondements essentiels de notre société."

Quelle image du fonctionnement de la Justice aviez-vous avant ce travail ? Et maintenant ?

X.B : "J’essaye d’être le plus neutre possible quand je commence ce type de travail en immersion. Je veux pouvoir garder les yeux ouverts sans être trop pollué par des idées reçues. Mais bien sûr, comme tout le monde, j’avais entendu parler du manque de moyens, de la lenteur et de la lourdeur de la justice.

Sur place, j’ai découvert qu’il y a effectivement un énorme manque de moyens qui induit un temps souvent trop long dans le traitement des dossiers. J’ai surtout découvert des gens pour qui le sens du service public est extrêmement important. "Aider le justiciable" revenait très souvent dans les discussions que j’avais avec ceux qui travaillent au palais. Sans une implication très forte de ces gens, cela ne fonctionnerait tout simplement pas."

J-L.L : "Comme beaucoup de Français, une fois écarté le prisme des médias et des fictions américaines, le quotidien peux surprendre, et parfois nous glacer. L’amoncellement de dossiers, « d’affaires » en retard m’ont donné le vertige, je dois bien l’avouer. J’ai croisé pas mal de « fourmis »."

Pouvez-vous en quelques mots nous indiquer votre parcours ?

X.B : "Je suis journaliste de formation. J’ai bossé en télévision comme journaliste reporter d’images et rédacteur pendant plus de 20 ans avant de me consacrer complètement à l’écriture, de la bande-dessinée documentaire comme de la fiction."

J-L.L : "Dessinateur pour le dessin animé j’ai bifurqué pour la bande dessinée jeunesse avant de plonger, avec Xavier Bétaucourt, dans des séries de reportages plus adultes : la métallurgie et le chômage [2] ou encore les hypermarchés versus les commerces de centres villes [3]."

Informations techniques :
- Titre : La balance, le glaive et les fourmis.
- Auteur : Jean-Luc Loyer et Xavier Bétaucourt
- Éditeur : Futuropolis
- ISBN : 978-2-7548-2380-7
- Parution : 13 janvier 2021
- Nombre de pages : 176 pages
- Prix : 22,00 €.

Nathalie Hantz,
Rédaction du Village de la Justice

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Notes de l'article:

[1Vous pouvez en feuilleter un extrait ici.

[2"Noir métal" aux Editions Delcourt

[3« Le grand A » aux éditions Futuropolis

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