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L’hypnose et la responsabilité médicale.

Par Nadine Lémeillat, Avocat.

L’hypnose est de plus en plus utilisée aux fins de traiter la douleur mais également dans le processus opératoire comme moyen supplémentaire mis à la disposition des anesthésistes pour des opérations parfois importantes.
A ce titre, il nous a paru intéressant de nous intéresser à la responsabilité médicale de l’anesthésiste hypnothérapeute dans le sens où dans le cadre d’un recours à l’hypnose, la relation patient-médecin est totalement différente.

L’hypnose peut être considérée comme une situation de suggestion de l’individu et en ce sens modifie le comportement de chacun, patient et médecin.

Paradoxe du contrôle et du pouvoir sur un individu, d’un praticien sur un patient.
La médecine d’aujourd’hui est devenue de plus en plus performante, les spécialistes bénéficient d’une formation éprouvée de techniques médicales à la pointe de la technologie.

Ces progrès aussi louables soient-ils, et ceci en corrélation directe avec des normes organisationnelles toujours plus drastiques, ont conduit vers une déshumanisation de la médecine.

Près de 80% des plaintes relèvent de facteurs humains.

En effet le médecin souvent spécialisé, ne prend pas le temps (peut-être ne le peut-il pas et dans ce cas il conviendrait de revoir l’organisation de la structure hospitalière).
Les victimes interrogées lors des expertises parlent souvent de leurs ressentis, les mêmes mots surgissent : mépris, dédain, non prise en compte de la douleur, communication opaque.

La victime hospitalisée est par essence une personne fragilisée, tendue, anxieuse.
C’est pour pallier à cette angoisse et ce stress qui peuvent avoir des conséquences directes sur l’opération et la façon dont le patient va le supporter que l’on recourt de plus en plus à l’hypnose pour des opérations le plus souvent bénignes bien qu’une double mastectomie ait été réalisée au moyen de cette technique.

L’hypnose oblige le praticien à changer le lien de communication qu’il adopte d’ordinaire avec son patient auquel il doit d’abord expliquer le processus de l’hypnose très différent de la pratique anesthésique habituelle.

I- Évolution de la relation patient-médecin

La relation médecin-patient est fondamentalement fondée sur une notion double de contrôle et de pouvoir du médecin, relation a été évolutive au fil du temps.
D’une approche très paternaliste, où finalement le médecin possédait le plein contrôle sur son patient, on est passé à une approche technique parfois déshumanisée de l’acte médical.

L’avènement des technologies et particulièrement l’imagerie médicale ont changé le rapport patient-médecin.
Si le généraliste reste le médecin référent avec lequel le dialogue et une relative confiance s’instaurent encore, l’apparition d’une spécialisation toujours plus pointue a entrainé un exercice parcellisé, segmentaire de la profession d’où un rapport médecin-patient différent, dominé par le savoir scientifique, élément fondateur de l’assise de l’autorité médicale.

Un autre élément change la profession du médecin, celui de l’accès des patients à des informations médicales par internet.

Enfin, le droit des patients légitimé par la législation implique qu’ils portent un regard différent sur les praticiens.

Autre point, le tout internet ne facilite plus la communication entre les praticiens eux-mêmes, et entraine par voie de conséquence la complexification de l’information.
L’analyse des plaintes judiciaires démontrent que près de 80% ne seraient pas si le médecin avait communiqué.

II- L’hypnose

L’hypnose est par essence un processus suggestif indirect qui permet au patient de se retrouver dans un état d’éveil, de conscience « en veille ».

C’est cet état qui permet à l’anesthésiste d’entamer un processus de suggestion.
Ceci signifie donc que l’anesthésiste exerce un pouvoir certain sur le patient aux effets différents de celui d’une injection, dont il connait les tenants et les aboutissants, les effets secondaires, les effets indésirables et sur lequel bien sûr les médecins bénéficient d’un recul de plusieurs années.

Selon Max Weber « la relation de pouvoir s’exerce quand un individu accomplit conformément à la volonté d’un autre une action qu’il n’aurait pas accomplie spontanément. »

D’où un pouvoir d’influence qui repose sur un consentement.
L’hypnose oblige le praticien à changer le lien de communication qu’il adopte d’ordinaire avec son patient auquel il doit d’abord expliquer le processus de l’hypnose très différent de la pratique anesthésique habituelle.

La victime peut comprendre l’erreur, tout comme elle peut comprendre un aléa thérapeutique, une infection, encore faudrait-il le lui expliquer.
Le silence entraine la suspicion qui elle-même conforte le public dans cette idée d’ « omerta médicale ».

La pratique de l’hypnose est une pratique qui par excellence recentre le patient et son médecin sur la communication et le consentement éclairé indispensable à une telle pratique.

Ceci étant l’action du thérapeute passe obligatoirement par une phase de suggestion ce qui implique qu’à l’insu de ce dernier, un pouvoir est exercé.
L’hypnose correspond à un état de conscience modifiée obtenue par la suggestion de comportements et le simple fait de les énoncer en entrainera la réalisation (self full filly prophecy) , là se pose le problème de la responsabilité de l’hypnothérapeute qui module les perceptions du patient et lui fait prendre conscience de sa capacité à modifier son expérience de la douleur.

Pour autant le patient, devient–il maître de la situation ?

Assurément non puisqu’il se trouve en état de conscience modifiée, il ne présente donc pas toutes les capacités habituelles de décision, étant lui-même en suggestion, donc en acceptation des mots prononcés ou des attitudes suggérées.
La pratique de l’hypnose change fondamentalement le rôle et le travail de l’anesthésiste.

Elle a également une incidence certaine sur le personnel soignant qui devra être plus à l’écoute, plus silencieux pour ne pas hypothéquer les suggestions hypnotiques.
Selon Anne Sophie Nyssen , « la pratique de l’hypnose ne peut pas reposer sur une méconnaissance de l’autre, sur des préjugés, sur des croyances, elle repose au contraire sur un processus relationnel et une capacité d’influence de celui qui la pratique liée à sa compétence pour accompagner le patient mais aussi ses collègues et l’institution tout entière vers l’établissement d’une collaboration  ».

Ceci étant, ces techniques sont du ressort de la thérapie psychiatrique, cette médecine parallèlement n’a cependant pas fait l’objet d’une vérification concrète contrairement à une substance anesthésique pour laquelle nous bénéficions d’années de recul, d’expérience, ce qui en matière d’hypnose reste plus discutable.
Le patient est considéré comme un objet passif, certes de la même manière que lorsqu’il est endormi, mais lorsqu’il est endormi sa conscience n’est pas modifiée, il est simplement en sommeil et ne subit pas de suggestion particulière.

III- L’acte anesthésique :

L’activité d’anesthésie comporte trois phases :
1- avant l’anesthésie (il s’agit de la consultation pré-anesthésique),
2- pendant l’anesthésie
3- après l’anesthésie, c’est-à-dire la surveillance continue post-interventionnelle.

1. La consultation pré-anesthésique :

Tout patient dont l’état nécessite une anesthésie générale ou loco-régionale, doit se rendre à une consultation pré-anesthésique, lorsqu’il s’agit d’une intervention programmée pour être éclairé par l’anesthésiste-réanimateur des risques encourus et pouvoir poser les questions qui lui sont nécessaires.

Les résultats de cette consultation sont consignés dans un document écrit, inséré dans le dossier médical du patient.
L’interrogatoire auquel procède l’anesthésiste permet clairement de déterminer l’état du patient, ses allergies éventuelles ainsi que toute symptomatologie qui pourrait être incompatible avec un processus anesthésique.

Par ailleurs, il se doit d’informer le patient sur la technique anesthésique envisagée, ses avantages, ses inconvénients et ses risques, ses alternatives s’il y en a, ainsi que sur son terrain, les risques que celui-ci fait courir et les moyens susceptibles de réduire ces risques.

Dans l’intérêt de tous et notamment du patient, il est préférable que le médecin anesthésiste qui procède à la consultation effectue lui-même la visite pré-anesthésique et l’anesthésie. Lorsque cela est impossible, il est indispensable qu’il en informe le patient.

Quid de l’hypnose ? Sur quelles bases se fonde le praticien pour décider d’un tel protocole, quels sont les risques encourus, de quel recul expérimental bénéficie-t-il ?
Il semble toutefois que dans le cadre du recours à l’hypnose, cette phase devient plus explicative et correspondrait davantage à un devoir d’information approfondi.

Ainsi, les praticiens anesthésistes recourant à l’hypnose seraient plus rigoureux en matière d’explications, d’une part parce que cette pratique est différente mais également parce qu’en cas d’échec, il convient d’expliquer au patient comment et dans quelle mesure on rebascule vers un schéma anesthésique classique et quelles conséquences cela peut avoir sur le patient.

2. L’anesthésie :

Le médecin anesthésiste a pour mission d’assurer l’endormissement de l’opéré pour permettre au chirurgien l’exécution de l’acte opératoire, de veiller à sa sécurité pendant toute l’opération.

Il en va de même pour l’acte hypnotique durant lequel le chirurgien intervient. La question de la responsabilité du praticien se pose en cas de réveil brutal du patient. L’hypnose étant par essence une technique de suggestion, comment définir la juste limite entre la responsabilité du praticien, l’état de réceptivité du patient plus ou moins perméable à l’hypnose (qui à ce titre peut constituer un aléa) et éventuellement celle du chirurgien opérant, celui-ci étant sensé suspendre toute intervention en cas de réveil brutal du patient, le temps qu’il soit rendormi d’une manière plus classique.
Il convient de préciser que lorsque plusieurs praticiens agissent de concert, ils sont tous tenus de veiller à la bonne exécution de l’acte médical.

Il existe, en effet, entre ces derniers une obligation de surveillance réciproque.
Ainsi, l’article R.4127-64 alinéa 1 du Code de la santé publique dispose que :
« Lorsque plusieurs médecins collaborent à l’examen ou au traitement d’un malade, ils doivent se tenir mutuellement informés ; chacun des praticiens assume ses responsabilités personnelles et veille à l’information du malade ».

3.La surveillance post-opératoire :

Il n’existe pas de définition stricte de la période dure post-opératoire qui est définie par les dispositions de l’article D. 712-49 du Code de la santé publique que la surveillance post interventionnelle « se poursuit jusqu’au retour et au maintien de l’autonomie respiratoire du patient, de son équilibre circulatoire et de sa récupération neurologique  ».

Le médecin anesthésiste-réanimateur est responsable du fonctionnement de la salle de surveillance post-interventionnelle.
L’anesthésiste doit suivre le patient et de l’assister jusqu’à son retour à une pleine conscience.
La pleine conscience après un état hypnotique est-elle la même qu’après un état d’endormissement par anesthésiant classique ?

Si l’hypnose peut paraître effectivement plus anodine qu’un acte anesthésique classique, il n’en demeure pas moins, qu’elle constitue elle-même une méthode d’intervention qui peut présenter des risques qui n’ont jamais été réellement définis.
Certes, le praticien semble appliquer en ce cas un parfait devoir d’information et il semble que cette technique fasse l’objet d’un consentement éclairé plus averti et plus conscient de la part du patient.

Ceci étant, il est difficile à ce jour de connaître des conséquences d’une pratique hypnotique avortée ou ratée, ou encore à laquelle le patient n’aurait pas été réceptif tout le temps de l’opération.

Quelles conséquences sur son psychisme, quelles conséquences également si ce réveil brusque est à l’origine d’un geste fautif du chirurgien ?

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