Par Salif Ouattara, Avocat.
 
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  • 1re Parution: 22 octobre 2021

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Guide de lecture.
 

Le devoir de vigilance et la responsabilité du banquier.

Cet article vise à apporter des précisions sur le devoir de vigilance du banquier afin d’éviter à son client toute forme de fraude dont il pourrait faire l’objet.

La question de la fraude bancaire reste d’actualité. Celle-ci peut se manifester de différentes manières : il peut s’agir de virements frauduleux, de piratage de la carte bancaire, de l’usage un chèque frauduleux, etc.

En tous les cas, le détenteur du compte bancaire se voit spolier d’une certaine somme sur ce compte. Cela est assez souvent rendu possible en raison d’une faille du système de sécurité de la banque. C’est en cela que la responsabilité du banquier est susceptible d’être engagée par son client en vue d’obtenir le remboursement des sommes dérobées et éventuellement une indemnisation du préjudice subi.

Il en sera ainsi puisque le banquier est assujetti à une obligation de vigilance dans la tenue du compte de son client.
En effet, l’article L. 561-6 du Code monétaire et financier met à la charge de la banque, pendant toute la durée de la relation d’affaires et ce, dans la limite de ses droits et obligations, un devoir de vigilance constante et d’examen attentif des opérations effectuées. La banque doit se plier à cette exigence en vérifiant que les opérations effectuées sont cohérentes avec la connaissance actualisée qu’elle a de sa relation d’affaires avec son client.

Il découle ainsi de ce texte un devoir générale de vigilance et de vérification qui incombe au banquier. Il est tenu d’un devoir de vigilance au regard des irrégularités formelles ou matérielles qu’il peut constater [1]. Il est aussi constant que le banquier est tenu de ce devoir de vigilance qui lui impose de déceler les opérations suspectes apparentes et de tout mettre en œuvre pour éviter le préjudice pouvant en résulter pour son client [2].

À défaut d’épargner à son client un tel désagrément et dans l’hypothèse d’une défaillance dans la mise en œuvre de cette obligation de vigilance, conformément à l’article L. 133-18 du Code monétaire et financier, la banque doit rembourser à son client le montant frauduleusement dérobé.

Aux termes de l’article L133-19 du Code monétaire et financier, il ne saurait être question de rechercher la responsabilité du client si l’opération de paiement non autorisée a été effectuée en détournant, à son insu, l’instrument de paiement ou les données qui lui sont liées.

Il revient à la banque de rapporter la preuve de la régularité de l’opération dont le client nie avoir autorisé. La banque y procéderait en démontrant que l’opération a été authentifiée, dûment enregistrée et comptabilisée et qu’elle n’a pas été affectée par une déficience technique ou autre. Faute de quoi, sa responsabilité resterait engagée et l’obligation de rembourser son client demeurerait.

Dans l’hypothèse où la fraude concernerait la carte bancaire détenue par le client, quand bien même le code associé aurait été utilisé, cela ne suffirait pas à prétendre à une faute lourde du client, et par conséquent, à décharger la banque de son obligation de remboursement [3]. Il en est de même en cas d’utilisation frauduleuse des données de la carte à distance [4].

En pratique, un faisceau d’éléments pourrait permettre de déceler les anomalies : les débits d’apparition récente et ne renvoyant guère à un type d’achats antérieurement réalisés par le titulaire de la carte, la récurrence des achats, notamment au profit du même commerçant, le rapport des mouvements au fonctionnement antérieur du compte. Au regard de ces anomalies évidentes, la banque se doit de rechercher si elles ne sont qu’apparentes ou bien réelles, faute de quoi, la banque manquerait à son devoir général de vigilance et engagerait sa responsabilité contractuelle à l’égard de son client [5].

Dans l’hypothèse où la fraude concernerait un virement bancaire, le banquier demeure tenu d’une obligation de vigilance au regard du bénéficiaire de l’opération, de son montant ou plus largement du fonctionnement « normal » du compte. Dès lors, les virements d’un montant élevé doivent faire l’objet d’une certaine vigilance au regard du fonctionnement habituel du compte.

Aussi, il revient à la banque de justifier de l’envoi du code ayant permis de valider le virement litigieux et l’utilisation de code unique par son client. La seule preuve de l’utilisation des identifiants par le client ne peut suffire à décharger la banque de sa responsabilité [6]. Il a d’ailleurs été ordonné à une banque d’annuler le virement et de créditer le compte de son client de la somme frauduleusement dérobée [7].

Dans l’hypothèse où la fraude concernerait un chèque frauduleux, la banque engagerait sa responsabilité en procédant à l’encaissement de chèques sans les vérifications nécessaires [8].
À cet effet, il est tout à fait légitime de s’attendre de la part du banquier, en « bon professionnel », de contrôler la provenance du chèque, le nom du titulaire du compte, la banque émettrice du chèque, la présence ou non d’une opposition sur le chèque, etc. Le banquier qui manquerait à ces vérifications classiques n’aurait pas agi en professionnel, et par conséquent, engagerait sa responsabilité.

De ce qui précède, il serait souhaitable que les banques fassent preuve d’efficacité et de professionnalisme afin d’éviter à leurs clients les désagréments qui pourraient découler des fraudes bancaires, quelles que soient leurs formes. C’est le moins qu’un client pourrait attendre de sa banque.

Salif Ouattara,
Avocat à la Cour,
Docteur en droit,
Barreau de Paris.

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Notes de l'article:

[1Com., 9 juillet 1996, n° 94-17.119

[2Cour d’appel de Montpellier, 1er juillet 2021, n° 20/05466

[3Com., 2 octobre 2007 n° 05-19.899

[4Com., 12 novembre 2008, n° 07-19.324

[5Cour d’appel de Douai, 3ème Chambre, 14 octobre 2021, nº 20/03236

[6Cour d’appel de Grenoble, ch. civile 01, 11 février 2020, n° 18/00603

[7Cour d’appel de Rennes, 24 décembre 2019, n° 19/07541

[8Com., 22 novembre 2011, n°10-30.101

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