Propos recueillis par Alain Baudin pour la revue Actus des Barreaux

 
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  • Parution : 23 avril 2021

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Entretien avec Jérôme Gavaudan, Président du Conseil national des Barreaux.

Au cours d’un entretien, Jérôme Gavaudan réemprunte l’itinéraire qui en tout juste dix ans, l’a conduit du bâtonnat au Barreau de Marseille en 2011 à la présidence du CNB en 2021. C’est également l’occasion de partager sa vision de la profession d’avocat, l’évolution et l’avenir de cette dernière.

Article initialement paru dans le numéro 5 d’Actus des Barreaux, notre magazine dédié aux avocats en régions.

Alain Baudin : Quel est votre regard sur votre parcours ?

Jérôme Gavaudan : « J’ai toujours eu la volonté de m’engager à côté de mon activité professionnelle, par éducation et par culture à la fois. Quand j’ai embrassé cette profession au Barreau de Marseille qui m’a accueilli, j’ai immédiatement pensé, - même si nous, avocats, sommes très individualistes -, que l’intérêt collectif était très important et que la profession constituait une vraie famille. Mon engagement pour elle a donc été constant.
À Marseille, j’ai très vite été désigné délégué des élèves avocats puis secrétaire du Conseil d’administration de l’école avant d’être élu membre du Conseil de l’Ordre.

« Mes mandats ont été l’occasion d’être à l’écoute de mes confrères et de défendre la profession. »

Tous mes mandats ont été l’occasion d’être à l’écoute de mes confrères et de défendre la profession à mon niveau. J’y trouve un grand plaisir car les mandats dans la profession, que l’on soit jeune ou moins jeune, sont toujours agréables à accomplir. Ils sont exigeants, c’est certain. Mais j’ai toujours eu beaucoup de bonheur à siéger au Conseil de l’Ordre, à exercer les fonctions de bâtonnier du Barreau de Marseille en 2011 et 2012, puis de Président de la Conférence des Bâtonniers en 2018 – 2019.
Aujourd’hui, il est tout aussi intéressant pour moi – j’en ai en tout cas le grand plaisir même si les temps ne sont pas simples – de présider cette institution représentative qu’est le Conseil national des Barreaux (CNB). »

Qu’est ce qui motive votre enthousiasme à exercer la fonction ?

« Il y a d’abord la joie et l’honneur d’être le représentant de l’institution nationale qui représente les 71 000 avocats de France. C’est une grande fierté. Il y a ensuite la constitution même de ce qu’est le CNB, vivant au rythme de son assemblée générale de 82 membres, dont la Présidente de la Conférence nationale des bâtonniers et le Bâtonnier de Paris. Il est vrai qu’être à la tête de cette assemblée générale exigeante, émouvante, pleine de débats, de tensions, de rires et de confraternité est une source réelle de satisfaction. Les assemblées chez nous sont toujours passionnantes parce qu’elles sont à même de peser sur l’aspect institutionnel, et même légal, d’une profession qui fait face à son avenir. Ses vœux, ses oppositions, ses combats et ses revendications s’expriment au CNB. Le présider révèle le sentiment d’être à la tête d’une belle institution forte, en capacité de porter les attentes, les combats et les propositions de l’ensemble des avocats en France. »

Quels sont pour vous les qualités et les défauts de votre profession ?

« Il y a beaucoup plus de qualités que de défauts. C’est pour cela que j’aime cette profession et ses défauts me la font aimer tout autant. C’est d’abord la modernité attachée aux métiers qu’on y exerce ; que l’on fasse de la défense ou du conseil.

Chaque avocat est conscient qu’il ne représente que le métier qu’il exerce, avec ses valeurs de liberté, d’indépendance et de dignité qui sont les fondements de notre serment. Il est finalement assez rare dans le monde moderne que l’on puisse allier expertises en droit, compétences juridiques, attachement aux valeurs et développement économique parce que nous sommes aussi des entreprises. Notre profession est réellement dynamique. Son défaut, qui est cependant une qualité, est sans doute son individualisme. Mais lorsque nous parvenons à le transcender et à dépasser nos individualismes, nous sommes encore meilleurs. »

Votre profession doit-elle nécessairement passer par des projets de réformes pour évoluer ?

« La profession est en pleine capacité de muter et de s’adapter par elle-même. »

« La profession a tendance à penser, et j’en conviens avec elle, que si l’on nous laissait vivre et évoluer comme nous le souhaitons, les choses iraient beaucoup mieux. Lorsque l’on vient à nous pour tenter de nous imposer des réformes ou des mutations, ça ne se passe pas toujours très bien parce que, par tradition et depuis toujours, la profession est en pleine capacité de muter et de s’adapter par elle-même.

Individuellement, les confrères en France sont par ailleurs tous très réactifs dans leur métier, dans leurs façons de penser et de gérer leurs affaires. Ils le sont tout autant en ce qui concerne la réglementation.
Les pouvoirs publics devraient donc nous laisser évoluer par nous-mêmes et laisser au CNB le soin d’exprimer les besoins de la profession, notamment en termes d’évolutions économiques et réglementaires. »

À titre personnel, qu’est ce qui vous a incité à vous diriger vers la profession ?

« J’aimais l’histoire, l’économie et le droit, même si l’on enseigne très peu le droit au lycée. Issu d’une famille où il n’y avait ni juriste, ni avocat, j’ai toujours eu le sentiment que c’était trop beau pour moi. J’ose dire qu’inconsciemment, je rêvais d’être avocat mais je ne l’exprimais pas. Pour moi, il était très naturel d’entreprendre des études de droit et il est dans mon tempérament d’avancer étape par étape. C’était vraiment ce métier-là que je voulais faire ; je l’ai donc fait et j’en suis aujourd’hui très heureux.

Le Barreau de Marseille où j’ai débuté ma carrière est un barreau chaleureux et très ouvert, à l’image de la ville où la diversité et le sens de l’accueil vont de pair. On peut y être un avocat pleinement épanoui. Je suis en outre un homme de valeurs et ce sont ces mêmes valeurs que je retrouve, que j’exprime et que j’accomplis quand j’exerce ma profession. »

Fort de vos valeurs, vous avez donc entrepris un parcours qui, dix ans plus tard, vous a mené à la tête du CNB.

« Il y a effectivement un parcours. En toute objectivité, et sans fausse ou vraie modestie, accéder à la présidence du CNB implique différentes étapes à franchir.
Il faut en effet qu’il y ait une formation, une initiation à la vie de la profession, à son fonctionnement et à la compréhension des confrères. En ce sens, les participations au Conseil de l’Ordre sont importantes. La fonction de bâtonnier me paraît elle aussi essentielle parce qu’elle apporte une connaissance complète de la profession et de ses différents métiers, des institutions, des syndicats. Le tout réuni contribue à ce que l’on soit particulièrement à l’aise pour comprendre ce à quoi aspirent les confrères, les institutions, les groupements d’avocats.

Ce parcours est également un parcours d’élections où l’on doit rien à personne, sinon à ses qualités, ses défauts et, bien-sûr, à ses électeurs. Je n’ai pour ma part accompli que des mandats pour lesquels on m’a désigné. De délégué des élèves avocats à président du CNB, toutes mes fonctions ont été électives. J’ai donc toujours su humblement, mais avec conviction, me présenter devant les confrères pour solliciter leurs suffrages, en expliquant en quoi et pourquoi je souhaitais atteindre telle ou telle fonction. »

Vos fonctions parisiennes vous permettent-elles de poursuivre votre activité d’avocat à Marseille ?

« Maintenir l’activité permet de garder les pieds sur terre et de dire aux confrères que je suis toujours parmi eux. »

« J’ai un petit cabinet où je n’ai plus d’associé et j’ai toujours considéré que je pouvais continuer à exercer mon activité. C’est un peu plus difficile aujourd’hui parce que je suis souvent à Paris, mais les moyens modernes de communication permettent d’y parvenir. L’important est de préserver le lien étroit avec les clients.
En pratique, je suis un jour et demi par semaine à mon cabinet et j’exerce essentiellement en droit, très spécialisé, du travail. Cette activité revêt notamment deux aspects. L’un est économique parce que je ne souhaite pas que disparaissent mes trente années d’exercice, mon savoir-faire et ma relation avec les clients. Je veux également – et il s’agit là d’un challenge personnel – pouvoir dire aux confrères que je suis toujours parmi eux, que je suis toujours avocat en exercice et que je suis sensible à leurs problématiques.

C’est d’ailleurs pour moi un grand plaisir d’assister aux audiences à Marseille où les confrères s’étonnent de ma présence et se moquent parfois un peu de moi. Mais ils me voient aux audiences que j’assure encore parce que c’est nécessaire. Je suis donc très solidaire de mes confrères et c’est un bon signal qui leur est donné.
Maintenir l’activité permet en outre de garder les pieds sur terre et de pouvoir dire, en cas d’éventuelles critiques, que je reste, comme eux, avocat, toujours attaché aux côtés merveilleux - mais parfois difficiles - de l’exercice de la défense et du conseil, de la réflexion du client et de la gestion d’un cabinet. »

Votre agenda vous permet-il de disposer du temps libre des loisirs ?

« Le contexte sanitaire actuel impose des conditions qui forcent à beaucoup travailler. Les loisirs sont toutefois pour moi importants et j’ai plaisir à partir m’aérer à la montagne ou dans les calanques dès que je le peux. Je suis un passionné de randonnées et j’essaie toujours de m’accorder un peu de temps pour respirer dans la nature avec les miens, même si cela devient de plus en plus difficile. »

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le cinquième numéro de la revue Actus des Barreaux.

Propos recueillis par Alain Baudin pour la revue Actus des Barreaux

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