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  • Parution : 8 avril
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Épisode n° 1 de La chaine du droit le 10 avril : les thérapeutes de l’entreprise en difficulté luttent contre les préjugés.

Afin de laisser la faillite à l’histoire et promouvoir le droit des entreprises en difficulté, nous devons au préalable vaincre les stigmates de la faillite [1]. On ne peut distiller de nouvelles informations si les bénéficiaires sont trop effrayés pour les écouter. Il faut « commencer par ce que les gens pensent savoir et non par ce que nous voulons qu’ils croient » [2].
Le premier épisode de La chaine du droit combat les préjugés sur les thérapeutes de l’entreprise en difficulté le 10 avril à 17h sous la forme d’un séminaire en ligne.

"Les fantômes du passé sont encore présents, nous empêchant souvent de voir le monde tel qu’il est ou tel qu’il pourrait être"  [3]

Le droit des entreprises en difficulté ne cesse de se réinventer depuis plusieurs décennies. La panoplie thérapeutique proposée au chef d’entreprise se diversifie pour permettre une intervention efficace, ce qui nécessite d’intervenir le plus en amont possible. Lorsque la faillite est née, se rendre au tribunal de commerce menait tout droit à la prison. Maintenant qu’elle est morte, faire appel à ses émissaires peut s’avérer salutaire [4] . Pourtant son aura menaçante perdure, on ne cesse d’invoquer la « peur de la faillite  » [5] particulièrement en temps de crise. Ce croque-mitaine d’un autre temps dissuade les chefs d’entreprise d’aller chercher de l’aide, car il génère une peur viscérale d’être pris dans un engrenage qu’ils ne peuvent plus maîtriser. Dans les esprits, faire appel aux thérapeutes de l’entreprise en difficulté c’est perdre le contrôle, risquer la sanction et l’humiliation.

Le juge est perçu comme un bourreau, comme un juriste incapable de comprendre les vicissitudes du quotidien de l’entrepreneur. Quant à l’administrateur, on fait de lui un vestige du syndic, là pour arracher les clefs de l’entreprise et paralyser l’activité de son ancien dirigeant [6] . Toute la bonne volonté du législateur dans la mise en place de nouvelles méthodes de traitement se heurte au mur érigé par les préjugés. On ne peut légiférer sur les mentalités, «  refouler les propos stigmatisants » [7] ne suffit pas tant ils sont ancrés dans les esprits.

La clef pour agir efficacement contre la paralysie du droit des entreprises en difficulté c’est de focaliser notre attention sur les raisons qui conduisent l’entrepreneur à éviter de demander de l’aide aux tribunaux alors que les procédures sont à présent conçues pour les aider. Il faut identifier précisément les schémas de pensée qui rendent insupportable la perspective d’une procédure collective, d’un règlement amiable et même parfois la seule recherche d’une main secourable.

La mise en place d’une pédagogie nouvelle n’implique pas d’enseigner le corps de règles juridiques applicables aux difficultés d’une entreprise comme il est utile de le faire à un professionnel du droit. En revanche, elle requiert de renouveler le regard des chefs d’entreprise sur les mécanismes juridiques de façon à les encourager à faire appel aux spécialistes. Afin de laisser la faillite à l’histoire et promouvoir le droit des entreprises en difficulté, nous devons au préalable vaincre les stigmates de la faillite [8] . On ne peut distiller de nouvelles informations si les bénéficiaires sont trop effrayés pour les écouter. Il faut «  commencer parce que les gens pensent savoir et non par ce que nous voulons qu’ils croient » [9]. Cela nécessite avant tout de lutter contre les « informations notoirement erronées, discriminatoires et stigmatisantes » [10] . Ensuite seulement, il sera possible de passer à la phase éducative qui a pour objectif « d’informer ou remplacer les mythes » [11] par une information exacte.

Dans ce premier épisode de La Chaine du Droit du vendredi 10 avril à 17h, nous avons invité les professionnels dont l’activité est paralysée par les préjugés afin qu’ils puissent confronter ces idées reçues à la réalité. Nous avons aussi convié des entités impliquées dans l’accompagnement du chef d’entreprise en difficulté.
Inscrivez-vous pour y assister en direct et poser des questions !
https://zoom.us/webinar/register/7515862913747/WN_ptEMP8lzQQS3tKpJhhDVhg

Notes :

[1MAGRAS, C., La constance des stigmates de la faillite : De l’Antiquité à nos jours, LGDJ, 2019.

[2SMITH, M., “Stigma”, Advances in Psychiatric Treatment, 2002, vol. 8, p. 320.

[3Association québécoise pour la réadaptation psychosociale, Agir ensemble contre la stigmatisation liée aux problèmes de santé mentale, Mars 2016, p. 11.

[4MAGRAS, C., La constance des stigmates de la faillite : De l’Antiquité à nos jours, LGDJ, 2019.

[5https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-15345-fr.pdf, consulté le 19/03/2020. MAGRAS, C., « La résurgence du spectre de la faillite dans les discours présidentiels », Linkedin, 19 mars 2020.

[6MAGRAS, C., « Quand les préjugés paralysent l’efficacité des procédures collectives : étude préliminaire sur les conséquences de la stigmatisation intériorisée chez les chefs d’entreprise », Village de la justice, mars 2020, https://www.village-justice.com/articles/quand-les-prejuges-paralysent-efficacite-des-procedures-collectives-etude,34094.html

[7BENOIST, J., « Logique de la stigmatisation, éthique de la déstigmatisation », L’information psychiatrique, 2007, Vol. 83, p. 649 — 654.

[8MAGRAS, C., La constance des stigmates de la faillite : De l’Antiquité à nos jours, op. cit.

[9SMITH, M., “Stigma”, Advances in Psychiatric Treatment, 2002, vol. 8, p. 320.

[10LOPEZ, M., « Moyens de communication, stigmatisation et discrimination en santé mentale : éléments pour une stratégie raisonnable », L’information psychiatrique, 2007, 10, p. 793 — 799.

[11Association québécoise pour la réadaptation psychosociale (AQRP), « Agir ensemble contre la stigmatisation liée aux problèmes de santé mentale », Cahier de lecture pour le participant, Mars 2016, https://aqrp-sm.org/wp-content/uploads/2013/05/cahier-formation-stig-gps.pdf  ; consulté le 06/06/2019, p. 57

Célia Magras
Docteur en droit

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