Savoir-faire et savoir-être en conciliation de justice.

Christian Badé, Conciliateur de justice, Cour d’Appel de Versailles

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Lorsque l’on évoque la conciliation de justice, indépendamment des règles déontologiques attachées à la fonction, ce sont surtout les savoir-faire et savoir-être du conciliateur qui la caractérisent et font toute la différence dans une situation donnée. Car aucune situation ne se ressemble tant en qui concerne l’objet du litige que la nature des protagonistes.

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I. Savoir-faire et savoir-être.

Si le savoir-faire désigne l’ensemble des compétences opérationnelles liées à l’exercice d’une profession, force est de constater qu’il n’y a pas de compétence hors du contexte dans lequel elle s’exerce.
C’est là que le savoir-être apporte toute sa valeur ajoutée en mettant en œuvre des qualités personnelles et des habiletés sociales conduisant à des actions et des réactions adaptées à l’environnement dans lequel le conciliateur exerce sa mission.
Dans une société où les nouvelles technologies transforment les relations entre les citoyens et creusent un fossé de plus en plus grand entre ceux qui les maîtrisent et les autres, la conciliation fait partie de ces rares exceptions qui privilégient le contact humain et la proximité.

Dans ce contexte, les savoir-être s’avèrent être des alliés précieux qui :

  • sont plus stables et durables que les savoir-faire,
  • apportent une agilité indispensable pour s’adapter et rester performant dans un environnement personnel et professionnel en perpétuelle évolution,
  • renforcent et complètent les savoir-faire en créant de la valeur dans la gestion des interfaces et la résolution de situations plus ou moins complexes.

Savoir-faire et savoir-être ne doivent donc pas être opposés mais au contraire s’articuler et se compléter l’un et l’autre.

II. Le savoir-faire du conciliateur.

Pour un conciliateur - et cette liste n’est pas exhaustive - le savoir-faire réside dans :

  • sa capacité d’analyse et de synthèse d’une situation,
  • sa connaissance des règles de droit, de la jurisprudence voire des usages qui la régissent, non pour « dire le droit » mais bien pour donner des repères fiables au débat, notamment par rapport aux éventuelles argumentations des parties,
  • son habileté à auditionner des tiers ou se faire communiquer des documents dans le respect de la réglementation en vigueur,
  • Sa capacité à travailler en synergie avec toutes les parties prenantes d’une affaire : maire et ses services - urbanisme/ environnement et police municipale, services du département (pour l’eau notamment), avocats, notaires sans oublier le tribunal de proximité et son greffe le cas échéant…
  • Son expérience en matière de conciliation déléguée par le juge et sa rigueur dans la rédaction de procès-verbaux de constats d’accord,
  • Sa maîtrise des outils numériques à sa disposition qu’il s’agisse de messagerie, de recherches sur internet, de l’accès à des bases de données spécialisées ou encore de la formalisation de constats voire de leur signature électronique dans le cadre de conciliations à distance…
  • Son habilité à convaincre les parties de l’intérêt d’une conciliation et en premier lieu le « défendeur » dont ce n’est a priori pas le premier ressenti,
  • Sa détermination à organiser une réunion de conciliation sous les meilleurs auspices et dans les meilleurs délais,
  • Sa faculté à se transporter sur les lieux, etc.

III. Le savoir-être du conciliateur.

Quant au savoir-être du conciliateur, c’est le relationnel qui va accompagner son savoir-faire tout au long de sa mission, et constituer très souvent un élément clé de son succès.

Qu’est ce qui caractéristique un tel savoir-être ?
Des auteurs comme Jérôme Hoarau ou Julien Bouret, tous deux ardents défenseurs des « soft skills », ont établi des listes dont les éléments suivants seraient tout à fait adaptés :

  • la confiance
  • l’intelligence émotionnelle,
  • le contrôle émotionnel et comportemental
  • l’empathie
  • l’écoute active
  • la communication
  • la gestion du temps
  • la gestion du stress
  • la créativité
  • la gestion ou la résolution de conflits
  • l’esprit d’entreprendre
  • l’audace
  • la motivation
  • la vision, la visualisation
  • la présence
  • le sens du collectif
  • la curiosité, etc.

Sans bien sûr oublier la courtoisie ou l’amabilité qui se référent davantage à la forme qu’au fond qui, lui, concerne plutôt le contenu, l’accord amiable en lui-même.
A cet égard, il est intéressant de noter qu’en anglais amiable se traduit par « having or displaying a friendly and pleasant manner ».

Ne nous trompons pas, le mode amiable c’est un processus qui, loin de l’affrontement, doit se faire tout en douceur, en ayant gommé les aspérités relationnelles préexistantes.
De là, sans lapsus, à ce que l’aimable conditionne l’amiable, il n’y a qu’un pas : sans amabilité pas « d’amiabilité » en quelque sorte !

Christian Badé, Conciliateur de justice, Cour d’Appel de Versailles

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  • Dernière réponse : 10 août 2023 à 14:28
    par ZEROUALA Schéhérazade , Le 10 août 2023 à 11:46

    Cher Monsieur,

    Un grand merci et un grand bravo pour cet excellent article lu avec beaucoup d’intérêt et autant de plaisir.

    Avec ma très distinguée considération,

    Schéhérazade Zerouala

    • par Christian BADÉ , Le 10 août 2023 à 14:28

      Merci pour votre soutien, c’est toujours gratifiant surtout lorsque je regarde le rating 2 étoiles de cet article sans pouvoir savoir ce qui le justifie. Cela concerne t’il le savoir faire, le savoir être, les deux ? Il est toujours désobligeant de se voir noter de façon anonyme sans savoir le pourquoi d’une position, contrairement à d’autres sites où un commentaire accompagne la note. Au moins votre message est vivifiant ! Merci

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