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Directeur des Services de Greffe Judiciaire : assumer et assurer le service public de la justice au quotidien.

Ils s’appelaient avant "Greffiers en chef" et sont devenus en 2015 des "Directeurs des Services de Greffe Judiciaire ". Derrière ce titre, que l’on a déjà pris l’habitude de raccourcir par les intiales DSGJ, se cachent plusieurs fonctions, voire finalement plusieurs professions.
Blandine Peyronnard nous raconte comment elle a accédé à cette fonction, comment elle l’a vu évoluer, et comment elle l’exerce au quotidien.

Sur le concours...

Village de la Justice : Comment l’avez-vous préparé ? Avez-vous suivi une prépa ? Est-ce un concours que vous qualifieriez de « difficile » ?

Blandine Peyronnard : "J’ai passé et réussi le concours en externe au début de l’année 2008, pour le recrutement des greffiers en chef des services judiciaires "au titre de l’année 2007" (c’est la formulation officielle).

Je n’avais suivi aucune préparation spécifique au préalable mais j’avais présenté l’Ecole Nationale de la Magistrature (ci-après ENM) l’année précédente et suivi la préparation de l’IEJ de Grenoble pendant un an. 2007 fut un échec pour la magistrature. En 2008, j’ai retenté l’expérience mais par précaution, j’ai présenté d’autres concours de catégorie A, dont celui de greffier en chef, qui comportaient des épreuves similaires à celles de l’ENM à savoir des compositions de nature juridiques et une épreuve de culture générale.

Je ne connaissais absolument pas la profession de greffier en chef à cette époque. Statistiquement, la réussite au concours me semblait d’ailleurs peu probable. Cette année-là, l’arrêté portant organisation du concours ne prévoyait que 23 postes ; le ratio entre le nombre de candidats inscrits (2249 - mais finalement 1009 présents) et le nombre de postes offerts (23) était bien inférieur à celui de l’ENM. 

Du point de vue des épreuves, ce concours n’était pas plus difficile qu’un autre mais les places étaient très restreintes. En arrivant à l’École des greffes, j’ai néanmoins pu constater qu’une trentaine de candidats supplémentaires avaient été retenus sur la liste complémentaire."

Quelle(s) qualité(s) doit avoir un DSGJ ? Quels conseils donneriez-vous à un candidat ?

"Comme dans tout concours, les membres du jury recherchent des personnalités avec qui ils auraient envie de travailler."

"À mon sens, un bon DSGJ doit avant tout être organisé, savoir prioriser ses actions et avoir le sens des relations humaines.
Les DSGJ sont avant tout des managers qui doivent composer avec une hiérarchie bicéphale puisqu’ils agissent sous l’autorité et le contrôle de deux chefs de juridictions, à savoir celui de leur propre juridiction et celui de la Cour d’appel dont ils dépendent. En outre, responsable du greffe (les personnels et le bâtiment), ils travaillent en lien étroit avec les magistrats.

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Blandine Peyronnard

Les conseils que je donnerais à un candidat sont simples : travailler son droit pour être au point sur le volet juridique qui fait la spécificité de la profession et faire preuve de bon sens et de pragmatisme dans les épreuves orales, lors des mises en situations. Comme dans tout concours, il faut bien se dire que les membres du jury recherchent avant tout de futurs collègues, des personnalités avec qui ils auraient envie de travailler."

Côté profession...

Quelle évolution cette profession a-t-elle connu selon vous depuis que vous l’exercez ? Le changement de nom a-t-il juste été symbolique ?

"De mars 2010 à septembre 2015, j’ai exercé en tant que greffier en chef des services judiciaires. Depuis lors, nous sommes tous devenus des "directeurs des services de greffe judiciaires".

En pratique, ce changement de nom n’a pas eu d’impact véritable sur la profession mais cela a permis d’entériner un changement qui avait déjà eu lieu avant que je ne débute : il y avait une époque où le greffier en chef était davantage considéré comme un "super greffier" que comme un gestionnaire. Il pouvait tenir des audiences, au même titre que les greffiers.

"Le cœur du métier a changé : le DSGJ doit manager des équipes et organiser la gestion des services."

Aujourd’hui, il possède toujours une spécificité juridique, que l’on retrouve de façon plus prégnante dans les tribunaux d’instance sur des matières telles que la nationalité et la gestion des comptes de tutelle, mais le cœur du métier a changé.
Au même titre que les autres directeurs des autres administrations, le DSGJ doit manager des équipes et organiser la gestion des services d’un point de vue plus administratif que juridique. Ce nouveau nom correspond donc plus précisément aux fonctions que nous sommes amenés à exercer, aussi variées soient-elles.

En effet, un DSGJ peut aussi bien être amené à exercer en administration centrale qu’en juridiction ou dans un service administratif régional voir en tant que chargé d’enseignement à l’École Nationale des Greffes (ENG) [1]. Il peut ainsi être nommé rédacteur au ministère, chef de service ou directeur de greffe en juridiction ou encore responsable de gestion au sein d’un SAR sur des domaines aussi variés que l’informatique, le budget, l’immobilier, les ressources humaines ou la formation.

La formation initiale dure deux ans et se partage entre l’ENG et les juridictions. Théorie et pratique sont ainsi mêlées, sur tous les domaines que couvre la profession. Lorsqu’on quitte l’École, on est astreint à une formation continue obligatoire de 10 jours par an pendant les cinq premières années suivant la titularisation. Cette formation continue a récemment vu son socle s’élargir puisque désormais, les DSGJ bénéficient en plus de 5 jours obligatoires, sur deux années consécutives tout au long de leur carrière."

Sur les conditions de travail...

Manque de moyens, justice en crise : au quotidien comment le vit-on ? Vous associez-vous aux mouvements de grève et de protestation ?

"Au quotidien le manque de moyens s’impose bien évidemment aux DSGJ comme aux autres acteurs de la justice. Peut-être même plus encore, dans la mesure où c’est à eux que revient la tâche de faire fonctionner des services en souffrance sur le plan des ressources humaines, avec des moyens matériels parfois limités. Un esprit créatif peut alors aussi être un plus, dans ces circonstances !

"Faire fonctionner des services en souffrance sur le plan des ressources humaines, avec des moyens matériels parfois limités : avoir un esprit créatif est un plus !"

Les DSGJ forment un petit corps au sein du ministère, il est donc rare que les mouvements de protestation soit à leur initiative. A l’occasion de grèves touchant le ministère, les DSGJ peuvent rejoindre les greffiers et adjoints administratifs mais je ne connais pas les pourcentages de grévistes dans la profession lors des différents mouvements sociaux. En tout état de cause, dans une petite juridiction, si une grande majorité des agents est en grève, c’est au directeur (ou chef) de greffe que revient la tâche d’assurer la continuité du service public."

Sur les legaltech et la « justice du futur »...

Est-ce que ces débats arrivent jusqu’à vous, et si oui sous quelle forme ?

"Nous sommes encore loin de ces débats-là ! Les considérations sur la justice prédictive touchent par exemple davantage le corps des magistrats que celui des DSGJ même si les colloques organisés sur le sujet sont ouverts aux personnels de greffe.
Les legaltech et la "justice du futur" ne sont pas une priorité pour les DSGJ qui cherchent en premier lieu à organiser au mieux les "juridictions actuelles" pour réduire les délais de traitements des procédures avec les ressources dont ils disposent et améliorer la qualité du service public de la justice."

Propos recueillis par Nathalie Hantz
Rédaction du Village de la justice

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Notes :

[1L’Ecole Nationale des Greffes est située à Dijon.