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L’engagement politique et associatif des avocats tunisiens.

Par Delphine Iweins.

Bien déterminés à ce que la Révolution entamée le 14 janvier 2011 n’avorte pas, les avocats tunisiens ont décidé de prendre part au tournant démocratique de leur pays. Avec en première ligne l’Ordre National des Avocats de Tunisie, dont le président Mohamed Fadhel Mahfoudh est le porte-parole du dialogue national commencé le 25 octobre dernier.

Par Delphine Iweins, qui poursuit son tour du monde des avocats d’affaires.

Force motrice de la Révolution, l’Ordre National des Avocats de Tunisie prend par logiquement au dialogue national entamé entre les syndicats, la Ligue des droits de l’homme de Tunisie et Ennahdah le parti au pouvoir et sensé mener dans les semaines à venir à l’adoption d’une nouvelle constitution, à la démission du gouvernent en place ainsi qu’à de nouvelles élections. « A chaque fois que le peuple tunisien a demandé aux avocats d’être là, nous avons répondus présents et c’est un honneur. Nous n’avons aucune intention politique, notre seul souci est de trouver une issue à la crise et d’installer définitivement un régime démocratique où seront assurés l’alternance et un respect mutuel de toutes les franges politiques. », souligne Mohamed Fadhel Mahfoudh, bâtonnier depuis juin dernier.

L’instance en tant que telle est effectivement totalement indépendante, mais cela n’empêche pas de nombreux avocats de s’investir dorénavant au sein de partis politique. L’exercice peut pourtant montrer ses limites assez rapidement entre des clients mécontents, qui préfèrent des avocats discrets et indépendants, et des partis politiques d’opposition peu structurés. Salah Dakhlaoui, fondateur du cabinet Dakhlaoui Avocats, en témoigne : « Après les évènements du 14 janvier 2011, et voyant la période de transition durer, j’ai voulu personnellement être actif sur le plan politique, j’ai donc été membre du comité central d’un parti durant un an et demi. Finalement, disposant d’une plus grande liberté en gardant mon opinion politique dans la sphère privée, je me suis engagé localement en présidant un club de football. »

Un combat avant tout pour la démocratie

D’autres ont décidé de mettre à profit leurs compétences juridiques afin de soutenir leurs pays dans cette transition démocratique. C’est le cas par exemple de Farah Hached, fondatrice du cabinet Hached, Chaari & Associés et présidente du Labo Démocratique. « A travers cette activité, nous participons à la Révolution. Personnellement, je considère que la Révolution a commencé le 17 décembre 2010 et non avec les événements du 14 janvier 2011, et surtout qu’elle n’a pas encore aboutie. », explique-t-elle. Ce think thank propose entre autre des pistes des réflexions aux autorités sur le droit des citoyens face à une institution sécuritaire, et se posant plus largement la question de « Qu’est-ce que la démocratie ? ». « L’impact politique a commencé en Tunisie, c’est l’occasion d’expérimenté finalement grâce à la chute de la dictature, une nouvelle vision de ce que doit être une démocratie.  », insiste Farah Hached.

A l’époque du régime de Ben Ali, les avocats s’exprimaient dans les prétoires, lors des procès des opposants, profitant de leurs plaidoiries pour défendre les droits civiques et plus largement les droits de l’homme. Aujourd’hui les avocats s’expriment partout, déclinant leur liberté d’expression sous toutes ses formes et ne se cachant plus de leur rôle moteur dans l’avenir de leur pays que cela d’un point de vue politique, économique et social.

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