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Les juristes spécialistes en Compliance sont une denrée rare !

En 2018, les entreprises ont été confrontées à la mise en conformité avec plusieurs textes importants (RGPD, loi Sapin II). Beaucoup d’entre-elles ne sont pas prêtes et voient cela comme des chantiers chronophages et coûteux, d’où la nécessité de recruter un spécialiste en compliance. C’est là qu’interviennent des consultants comme Amélie Lobry, responsable de la pratique Juridique, Fiscale & Compliance au sein du cabinet de recrutement Robert Walters à Paris. Le Village de la Justice l’a interviewée.

Village de la Justice : De par votre expérience en cabinet de recrutement, quels sont les profils des candidats que vous recherchez ?

Amélie Lobry : "Nous cherchons des profils juridiques expérimentés, disposant d’une quinzaine d’années d’expérience minimum à leur actif et titulaire a minima d’un Master 2 en droit, voire plus (CAPA, Executive MBA…). Les managers avec lesquels nous collaborons habituellement ont eu l’occasion d’évoluer au sein de groupes de tailles différentes, de cultures d’entreprises différentes (certains disposent d’ailleurs d’expériences significatives à l’étranger). Ils sont par conséquent à même d’apporter une synthèse de tout cela à l’entreprise qui va les recruter en mission, de façon à être immédiatement opérationnel.

Ce sont des profils très pragmatiques, n’ayant pas vocation à exécuter des ordres, mais bien à apporter leur pierre à l’édifice et délivrer de réelles solutions pratiques aux équipes.

"Le management de transition est la prime à la séniorité !"

Au-delà d’un bagage juridique solide, certains y ont associé en parallèle un diplôme en école de commerce. De nombreux managers sont et/ou ont également été avocats - cela peut être un plus - mais je privilégie avant tout les candidats qui sont passés en entreprise et qui ont par conséquent cette dimension et orientation professionnelle terrain. L’expérience est d’autant plus importante que le management de transition est la prime à la séniorité ! Il peut s’agir d’anciens directeurs juridiques, directeurs compliance et/ou d’anciens compliance officers, dotés d’une expérience longue et riche."

Quelle plus-value apportent-ils dans un marché en pleine mutation ?

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Amélie Lobry.

"C’est du « gagnant-gagnant » pour tout le monde ! Ils vont partager leur savoir-faire et leur expertise, ce qui va permettre d’apporter une valeur ajoutée immédiate à l’entreprise. Aussi, ces profils ont tout à fait la capacité de former et sensibiliser les opérationnels en matière de compliance. Cela enrichit d’autant les équipes, tout en développant des compétences qu’ils n’ont pas forcément en interne."

Il y a 15 ans ces profils n’existaient pas, comment faites-vous pour les dénicher ?

"Ce sont pour la plupart d’anciens correspondants informatiques et libertés - CIL (salarié qui était chargé de veiller, avant l’entrée en application du règlement général sur la protection des données (RGPD) le 25 mai 2018, au respect de la loi Informatique et Libertés au sein de l’entreprise, du groupe, de l’association ou de l’administration qui l’avait désigné). Il s’agit de juristes qui se sont formés sur le terrain, qui ont passé pour la plupart la certification Data Protection Officer, et qui sont capables d’être immédiatement opérationnels en compliance. Aujourd’hui, des formations en protection des données personnelles sont dispensées en universités. Si cet acquis théorique est important, notre cabinet privilégie l’expérience pratique sur ce type de fonctions. A compétence égale, c’est l’implication sur le terrain qui prime ! De plus en plus de candidats suivent une formation complémentaire ultérieure en protection des données personnelle en vue d’améliorer leurs connaissances théoriques."

Y a-t-il des exigences particulières qui reviennent dans les demandes des entreprises ?

"Les entreprises exigent bien entendu un anglais courant impératif, la documentation étant le plus souvent rédigée en anglais. Le RGPD ayant par exemple une dimension transfrontalière, cela a donc des impacts dans plusieurs pays. L’expérience pratique dans le cadre de la mise en conformité du règlement, du déploiement et de son suivi est également exigée."

Le marché français est-il en pénurie du juristes spécialistes en compliance ?

"Le respect de la vie privée et la protection des données est crucial aujourd’hui ! Nous l’avons notamment récemment constaté avec le montant des sanctions prononcées par la CNIL à l’encontre de Google. Les enjeux sont énormes, les entreprises ne peuvent pas se permettre de ne pas faire appel à un juriste qualifié en compliance. C’est la raison pour laquelle ces profils sont très demandés et donc payés assez chers.

"Les spécialistes en Compliance sont sur-sollicités."

Il s’agit d’une denrée rare, un marché de niche. La demande est d’ailleurs plus importante que l’offre. Ils sont sur-sollicités. Aura-t-on besoin un jour de recourir à des juristes européens pour combler à cette pénurie ? C’est possible, mais il y a une problématique de coût, les juristes anglo-saxons étant souvent bien plus chers, il faut pouvoir s’aligner. Pour l’instant, les entreprises ne sont pas encore dans cette logique, mais je n’écarte pas cette tendance à l’avenir."

Propos recueillis par Nessim Ben Gharbia.
Rédaction du Village de la Justice.

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