[Grands Prix de l’innovation des Avocats] #5 « Digital by design : digitalisation de la relation-client et organisation en plateforme collaborative ».

Le Village de la Justice vous présente cette semaine le cinquième Finaliste des Grands Prix de l’innovation des avocats 2020.

Inscrit dans la catégorie « Management », le cabinet Constellation Avocats, spécialisé dans le droit des affaires, propose un nouveau modèle d’organisation de structure. S’appuyant sur les outils numériques créés par le cabinet ou par ses partenaires, l’objectif est d’offrir de nouveaux services et un nouvel accompagnement à ses clients entreprises, tout en proposant aux avocats un réseau en plusieurs strates selon le degré de maturité de leurs projets individuels et le niveau d’implication souhaité dans le cabinet. Co-fondateur du cabinet qui réunit un an après sa création une quinzaine d’avocats et juristes, Pierre Callède nous en dit plus sur ce cabinet nouvelle génération, puis nous vous présentons notre analyse sur la proposition de valeur.

Vous pouvez sur inscription assister aux pitchs publics qui verront s’affronter les six finalistes 2020, et participer au vote en direct.

Comment avez-vous pensé ce nouveau modèle de management de cabinet ?

Je pense qu’il est né de la confluence de deux expériences : d’une part, avec l’accompagnement de sociétés du numérique depuis une vingtaine d’années, qui forcément vous amène à vouloir comprendre leur fonctionnement, leur innovation, leur écosystème ; d’autre part, l’expérience que nous avons pu accumuler dans d’autres cabinets français, internationaux, avec les avantages et les inconvénients des différentes structures, ou l’exercice individuel pour certains.

Nous avons essayé de voir comment nous pouvions relever les défis de la digitalisation de notre métier, en utilisant les outils et les pratiques des entreprises du numérique tout en composant avec les besoins et les limites de l’exercice de la profession d’avocat. Nous avons souhaité repartir d’une page blanche car il est très difficile de faire évoluer un cabinet existant sur les pratiques collaboratives et les outils numériques. Il est plus simple de repenser dès le départ l’organisation, les outils, la relation-client.

Quels retours avez-vous eu sur ce nouveau fonctionnement de cabinet ?

Nos clients sont principalement des entreprises du numérique, ou des entreprises plus traditionnelles mais en pleine mutation numérique, donc très ouverts, et ils comprennent très bien notre logique. Ils sont même étonnés de voir que les avocats peuvent avoir ce type de démarche. Nous sommes donc tout à fait légitimes face à des entrepreneurs, des créateurs, des entreprises, et nous avons un niveau d’échanges avec eux qui dépasse le rôle classique de l’expert.

« Nous avons un niveau d’échanges avec nos clients qui dépasse le rôle de l’expert. »

Du côté de nos confrères, nous avons des réactions très favorables. Ceux qui ont réagi sont dans la même démarche intellectuelle que nous, dans la même volonté de surfer sur la vague de la digitalisation des métiers, pour optimiser leur pratique et ne pas rester sur le bord du chemin. Nous avons initialement pensé Constellation comme un cabinet dont les associés et les partenaires sont des créateurs de legaltech, et nous avons identifié les attentes et les problèmes de ces avocats qui sont aussi porteurs de projets numériques, c’est-à-dire des avocats qui ont envie de continuer à faire leur métier de façon optimisée et simplifiée, en faisant coexister les deux activités tout en intégrant les innovations développées dans notre pratique professionnelle. En tant que créateur de legaltech, nous sommes confrontés à la solitude de l’entrepreneur, et nous savons très bien qu’on ne peut pas porter un projet d’innovation seul. Il est vital de développer et entretenir un écosystème collaboratif pour développer, tester, intégrer et rentabiliser l’innovation numérique en matière juridique.

Aujourd’hui, dans cette petite communauté, c’est très important de pouvoir discuter et travailler ensemble, et expérimenter en pratique ce qu’on développe comme outil.

Est-ce qu’adopter ce nouveau modèle de management de cabinet permet d’attirer de nouveaux talents ?

« Cela couple le développement numérique, le développement d’une pratique professionnelle d’avocat, tout en restant indépendant. »


Oui, nous en sommes convaincus. Nous avons aujourd’hui des populations assez diverses, et notre développement commence seulement. D’ailleurs depuis que nous avons candidaté, plusieurs avocats se sont rapprochés de nous. Nous avons plusieurs populations, d’une part des avocats déjà expérimentés, qui sont conscients de ce besoin de renouveler leur pratique, sans pour autant tomber dans les écueils habituels de l’exercice en commun de la profession d’avocat. Et puis il y a des confrères plus jeunes, qui démarrent ou qui sont installés depuis peu de temps, qui se disent que c’est exactement ce qu’il leur faut pour développer leur expérience : être au coté d’autres avocats, et des avocats qui se jettent dans l’appropriation des outils numériques dans un souci permanent d’offrir le meilleur niveau de satisfaction client.
Cela couple le développement numérique, le développement d’une pratique professionnelle d’avocat, tout en restant indépendant. Tous les avocats qui ont un peu de pratique connaissent les frustrations liées à l’inefficience de certains modes d’exercice collectif voire les traumatismes occasionnés par les associations avortées, qui sont quand même très répandues.

Par la suite, notre modèle d’expansion est un modèle de plateforme : nous proposons un modèle d’organisation qui permet de faire interagir de manière plus efficace les clients et les talents – avocats et partenaires technologiques – pour optimiser l’accès au droit des affaires, et le rendre plus facile pour les entreprises. Nous voulons d’abord nous étendre sur de nouveaux sites en région, et nous travaillons également à des rapprochements à l’échelle européenne. L’idée est effectivement, à terme, de bâtir au niveau européen un modèle d’organisation, qui soit une alternative durable au modèle de la law firm anglo-américaine. C’est une grande croisade que nous entreprenons, mais nous allons avancer par étape.


Le point de vue de la Rédaction :

La problématique : Il n’est pas aisé pour un cabinet d’avocat existant, avec son histoire et ses pratiques réglées, de relever le défi de la digitalisation du métier mais aussi de celle des clients. De même nous savons tous que les avocats forment une profession hétérogène, chacun ayant ses domaines, méthodes, typologies de clientèle... Dans ces conditions relier un collectif et muter vers de nouvelles pratiques est souvent difficile.

La solution choisie : Repartir de zéro ! Recréer un nouveau cabinet "sans histoire commune" pour repenser dès le départ l’organisation, les méthodes collaboratives, les outils, la relation-client, et proposer plusieurs niveaux d’intégration des avocats sur une base commune, mais avec des objectifs business différents, pour ne pas nier les différences.

La proposition de valeur : Le cabinet se définit lui-même comme une plate-forme de services juridiques optimisant l’interaction entre les talents (avocats et partenaires technologiques) et les clients. Et c’est bien la valeur ajoutée proposée ici : organiser les talents et les nouvelles pratiques, pour plus d’efficacité et apparemment de plaisir de collaborer. Très attractif pour attirer les jeunes avocats de talents, souvent des "digital native" !

Propos recueillis par Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

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