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Président de TGI, à la fois juge et "manager".

Qui se cache sous la robe du magistrat ? Les magistrats sont régulièrement cités au quotidien, mais connaissons-nous réellement cette profession pour laquelle il existe une diversité de postes et de personnes ?
Le Village de la justice vous propose de découvrir cette profession au travers d’une série d’entretiens de personnes passionnées et passionnantes.
Rencontre avec un Président de Tribunal de Grande Instance du Sud de la France [1].

Le Président de juridiction avec lequel le Village de la Justice s’est entretenu, dirige un tribunal composé de 18 magistrats (14 au Siège et 4 au Parquet), au lieu des 21 nécessaires, pour une population de 300.000 habitants [2].

Pour quelles raisons avez-vous choisi de devenir juge ?

"En raison des fonctions qu’il occupe : le magistrat a une fonction de régulation sociale, qui me paraît très importante dans notre métier, au-delà de l’intérêt que je porte naturellement à la matière juridique."

Quelles sont les étapes et qualités requises pour accéder au poste de Président de TGI ?

"Le Président de TGI a un rôle de manager."

"La nomination à un poste de président passe par une sélection par le Conseil Supérieur de la Magistrature, devant lequel les candidats sélectionnés sont entendus par un jury, puis choisis par ce dernier.
Le président d’un tribunal a un rôle de manager, et il doit avoir une réelle appétence pour la gestion des ressources humaines et l’organisation.

L’accès au droit du justiciable est aussi une des priorités du Président de Tribunal.

En outre, il doit s’intéresser aux questions plus générales de l’accès au droit du justiciable, afin de diligenter des actions sur le département à l’attention des usagers. En effet, le président d’un tribunal départemental exerce aussi la présidence du CDAD (Conseil Départemental d’Accès au Droit)."

Quel est l’aspect de votre fonction qui vous plaît le plus ?

"La gestion des ressources humaines, ainsi que le développement de l’accès au droit par divers moyens dans le département, par le biais du CDAD (par exemple : points d’accès au droit économiques, dans les maisons d’arrêt, dans les services d’accueil du public…)."

Quel regard portez-vous sur la justice restaurative ? Souvent mise en place à titre expérimental, ce processus peut-il devenir un outil quotidien de nos juridictions ?

"Il faut s’y atteler avec beaucoup de précautions, car la mise en place même à titre expérimental nécessite une formation des volontaires dans les associations d’aide aux victimes, et dans les services d’insertion et de probation ; c’est pourquoi, elle doit être expérimentée dans un premier temps pour la justice post-sententielle (soit pour les condamnés uniquement, et sans contrepartie aucune ensuite de leurs engagements).

"La mise en place de la justice restaurative nécessitant une formation des volontaires, il faut s’y atteler avec précaution."

Elle peut consister à réunir des auteurs et des victimes (de dossiers différents) mais sur des infractions similaires, afin de redonner de l’humanité à l’auteur, qui prend lui aussi conscience des conséquences de l’infraction ; ces rencontres sont préparées en amont par des entretiens individuels.

Comment l’ouverture des données et l’émergence des intelligences artificielles pourraient générer des outils utiles à votre profession ?

"Nous sommes à l’ère de l’internet, et du traitement informatisé des données, par l’intelligence artificielle et les algorithmes qui engendrent des solutions immédiates conformes aux exigences inavouées de ce 21ème siècle.
Il ne peut être contesté que toutes ces techniques permettront certainement d’améliorer nos moteurs de recherche et l’intelligence artificielle pourrait être une aide à la décision.

"L’IA pourrait être une aide à la décision, mais prenons garde à ce qu’elle ne nous transforme pas en "juges robot"."

Mais prenons garde notamment à ce que l’intelligence artificielle ne nous transforme pas en "juges robot", ceux là mêmes qui devraient s’aligner sur une jurisprudence moyenne, qui ne serait plus adaptée à la personnalité des justiciables, ni à leur situation. Il ne faut pas que l’IA se traduise par la mise en place de plateformes privées internet, qui remplaceraient à la fois l’avocat et le juge.
Prenons garde également à ce que la déjudiciarisation programmée et les plateformes de "réponses judiciaires automatisées" ne soient pas un moyen d’entraîner un appauvrissement de la réponse judiciaire.

Le justiciable doit avoir à tout moment un libre accès au juge, cet accès devant être facilité, dans le cadre d’une justice de proximité qui reste gratuite et donc accessible à tous."

De part votre fonction, quel regard portez-vous sur la société française ?

"Elle est en mouvement et doit aussi s’adapter aux nouvelles technologies, et à l’immédiateté dans la réponse qu’elles induisent.
Pour l’y aider, il faut conserver l’accessibilité au juge, partout en France. Le maillage territorial est une priorité, et les tribunaux doivent être présents sur tout le territoire."

Propos recueillis par Marie Depay,
Rédaction du Village de la Justice.

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Notes :

[1De part sa fonction, le magistrat interviewé a souhaité rester anonyme.

[2A noter que la moyenne nationale est de 10,5 magistrats pour 100.000 habitants, et que la moyenne européenne est de 20 pour 100.000 habitants.