Chantage à la webcam : que dit la loi et comment se protéger ?

De plus en plus répandue, l’arnaque à la webcam est une pratique illégale qui entraîne chaque année des centaines de victimes dans le tourment. Face à ce fléau, nombreux sont ceux et celles qui souhaiteraient pouvoir obtenir gain de cause légalement. Malheureusement, il est encore difficile de punir les cybercriminels internationaux et aucun texte de loi ne s’applique précisément au chantage à la webcam. Focus sur cette pratique malveillante, ses solutions et ses sanctions.

1 - Rappel : en quoi consiste le chantage à la webcam ?

Le chantage à la webcam consiste à utiliser des images compromettantes d’une personne dans l’optique de lui soutirer de l’argent. Pour obtenir ces photos ou vidéos, le malfaiteur se fait passer pour une jolie fille sur un site de rencontre, un tchat ou un réseau social. Après avoir échangé quelques mots, le « brouteur » (nom donné aux malfaiteurs) propose à sa victime une rencontre par webcam interposée afin de se soumettre à quelques gestes érotiques. L’escroc enregistre l’échange et menace de le diffuser dans le cas où sa victime refuserait se payer la somme demandée (souvent par mandat cash vers la Côte d’Ivoire ou d’autres pays d’Afrique Noire).

Le malfaiteur agit généralement après avoir réussi à récolter suffisamment d’informations sur sa victime à l’aide des réseaux sociaux.
Il promet de partager les documents compromettants avec l’entourage personnel et professionnel de la victime ; il n’hésite pas à mettre en ligne une partie de la vidéo (avec le nom de la victime en titre) afin de lui faire peur / prouver qu’il est capable de diffuser l’intégralité de la vidéo.

2 – Peines encourues par les cyber-criminels

L’atteinte à la vie privée : un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. S’emparer d’informations privées et les diffuser sans l’accord de l’intéressé relève de l’atteinte à la vie privée. Notez toutefois que le seul fait d’enregistrer et de conserver l’image compromettante d’une personne (sans son autorisation écrite) dans le but de la menacer est passible de 45 000 euros d’amende et un an de prison, et ce, même si les documents ne sont pas diffusés.
L’accès frauduleux aux données personnelles et l’escroquerie : 5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende

Pour parvenir à ses fins, le malfaiteur utilise deux méthodes punies par la loi :

  • il trompe son interlocuteur dans le but d’obtenir un gain financier en utilisant la menace et l’usurpation d’identité (cette infraction relève de l’escroquerie) ;
  • il fait en sorte d’accéder à des données privées (sans autorisation), dans le but de diffuser ses documents et pouvoir exercer son arnaque à la webcam (on parle alors d’accès frauduleux aux données personnelles).

Le chantage

Le chantage implique une demande de rançon. Le maître-chanteur menace de diffuser des informations portant atteinte à sa victime si elle ne cède pas à sa demande : lui donner de l’argent.

Cas n°1 : la victime de cède pas

Malgré la menace, la victime ne cède pas, elle refuse de donner de l’argent au maître-chanteur. Dans ce cas, ce dernier peut être poursuivi pour tentative de chantage et donc, atteinte à la vie privée.

Cas n°2 : la victime cède

La victime cède, le chantage est donc avéré car le maître-chanteur est allé au bout de sa manœuvre illégale ; il encourt 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Cas n°3 : l’escroc divulgue les images compromettantes

Si le « brouteur » met sa menace à exécution, il risque 7 ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Dans ce cas, l’auteur cumule les actes illégaux puisqu’il réalise un acte prémédité avec volonté de briser psychologiquement sa victime.

Ce qu’il faut savoir

Les cyber-criminels sont encore rarement localisés car ils agissent le plus souvent depuis l’Afrique Noire. Ces réseaux d’escrocs utilisent des adresses IP cachées et/ou agissent depuis des cyber-cafés. Leur traque est encore très difficile et il est pratiquement impossible d’appliquer la loi française car il n’existe pas de cyber-police internationale ; les lois des pays priment sur les lois d’Internet.

3 – Conseils de la CNIL en cas de chantage à la webcam

La CNIL prodigue quelques conseils efficaces qu’il est bon d’appliquer dès le début de l’escroquerie.

Ne pas répondre au cyber-escroc

Une fois qu’il aura réussi à obtenir les images qu’il voulait, le « brouteur » va demander de l’argent à sa victime. La première chose à faire est de ne plus lui répondre afin de ne pas perdre de temps et le décourager.

Paramétrer ses comptes sociaux

Le cyber-escroc utilise les données qu’il trouve sur les réseaux sociaux pour menacer sa victime et/ou lui prouver qu’il est en mesure de faire de gros dégâts. Sur Facebook par exemple, il est impératif de retirer le malfaiteur de sa liste d’amis (le plus rapidement possible) et de paramétrer son compte de manière à ne rien laisser apparaître en mode public. Toutes les informations laissées sur un mur Facebook en mode public (entreprise où travaille la victime, statut marital, etc.) peuvent être utilisées à des fins malveillantes par ces cyber-escrocs.

Alerter les autorités compétentes

La plateforme du ministère de l’Intérieur permet de lancer une alerte en quelques secondes : www.internet-signalement.gouv.fr

Il est important d’effectuer des captures d’écran (échanges avec le malfaiteur, photos/vidéos publiées, message de menace, etc.), de les conserver pour justifier la situation et éventuellement porter plainte.

Contacter le service Info Escroquerie au 0811 02 02 17 (prix d’un appel local depuis un poste fixe ; ajouter 0.06 €/minute depuis un téléphone mobile ; du lundi au vendredi de 9h à 18h).

En parler

Être victime d’un chantage à la webcam peut être vécu comme un véritable traumatise, il est donc conseillé de ne pas rester seul et d’en parler avec une personne de confiance. Des télé-conseillers sont gratuitement à l’écoute des mineurs au 0800 200 000 de 9h à 19h en semaine. 

Prévenir son entourage

Sans donner de détails, il est important de prévenir sa liste de contacts afin de se prémunir contre le risque d’envoi de documents compromettants. Pour cela, on peut par exemple mentionner un piratage de compte en précisant qu’il ne faut en aucun cas ouvrir les e-mails mentionnant son nom.

Vérifier sa réputation sur Internet

Pour vérifier sa réputation sur Internet, il suffit de taper ses nom et prénom depuis les moteurs de recherche. Si rien de compromettant n’apparaît, ce sera bon signe. Certaines plateformes proposent de donner l’alerte à chaque fois qu’un nom est mentionné et publié sur la toile, cela permet de bénéficier d’une veille permanente sans avoir à effectuer les recherches soi-même, manuellement.

La vidéo a été diffusée

Si la vidéo est diffusée sur Internet, il existe plusieurs recours :

  • Demander au site concerné de retirer la vidéo gênante (Dailymotion, Youtube, etc.) ;
    Si la vidéo n’est pas retirée dans les deux mois, il est possible de demander gratuitement l’aide de la CNIL.
  • Demander aux moteurs de recherche de déréférencer la page au contenu compromettant.
    Un arrêt de la cour de justice européenne permet aux internautes de saisir les moteurs de recherche d’une demande de déréférencement lorsqu’un contenu est associé à leurs nom et prénom. On appelle cela le droit au déréférencement.

Autres solutions

La victime peut choisir de noyer le lien contenant la vidéo ou l’image compromettante en valorisant son image sur les moteurs de recherche. Pour cela, il faut impérativement créer plusieurs contenus en intégrant ses nom et prénom. Cette méthode permet de faire apparaître son nom dans les premiers résultats des moteurs de recherche et donc, de faire disparaître les vidéos gênantes.
Lorsque les vidéos sont nombreuses et/ou bien ancrées dans les premiers résultats de Google, Yahoo et Bing, il peut être intéressant de faire appel à une agence spécialisée.

Alexandre Chombeau - Expert en E-Reputation

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