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Premiers résultats de l’enquête sur les risques psychosociaux chez les juristes.

Nous avons le plaisir de vous présenter les résultats de l’enquête lancée sur le Village de la justice il y a quelques mois, attendus par nombre d’entre vous.

Je voudrais d’abord remercier chaleureusement toutes les personnes qui se sont manifestées. Non seulement pour avoir répondu à ce questionnaire, mais aussi, pour une cinquantaine, pour y avoir ajouté des commentaires faisant souvent part de leur vécu personnel. La sincérité de ces réflexions et remarques ne pouvait que nous toucher, elle transparaissait à travers ce média un peu froid et distancié qu’est internet, et faisait apparaître quelque chose de profondément humain...

Quelle vue synthétique peut-on en tirer ?

Ce qui me frappe en 1er est que plus des trois quarts des professionnels du droit sont souvent ou toujours stressés dans leur travail. C’est beaucoup. La question devient alors : est-ce plus que dans d’autres métiers ?

Si les résultats peuvent être reçus in abstracto, il est très difficile de mettre en place une comparaison avec l’ensemble des professionnels, ou avec d’autres métiers.

Selon les sources documentaires disponibles les plus récentes, en France, plus de 50% des salariés déclarent éprouver du stress au travail (enquête Opinion Way, Octobre 2009). Toutefois, aux termes mêmes du Rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail dit Rapport GOLLAC, 2011), "le système français d’enquêtes sur le travail est de grande qualité, mais incomplet, l’information sur les facteurs psychosociaux de risque étant fragmentée et manquant d’exhaustivité".
Au niveau européen, 27% des salariés estiment que leur santé est affectée par des problèmes de stress au travail (Enquête ESENER de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail Eurofound, Dublin).

Peut-on en inférer que les juristes sont particulièrement stressés ? C’est possible mais pour pouvoir affirmer cette conclusion il faudrait bien sûr comparer les conditions d’administration des enquêtes.

Le 2ème résultat topique me semble contenu dans la question finale. Seuls 33 % des répondants conseilleraient toujours ou souvent ce métier à un jeune. De quoi méditer pendant les congés …

Les résultats détaillés de l’enquête.

Presque 300 réponses ont été reçues. Bien entendu, compte tenu de leur caractère spontané, ces réponses doivent être examinées avec soin. Des biais interviennent nécessairement dans la mesure où ne participent que les personnes qui ont quelque chose à dire, et souvent ce "quelque chose" est un peu négatif. Mais de nombreuses réponses ne sont pas pessimistes.

L’enquête donne à cet égard une vision de l’appréciation des professionnels du droit à l’égard de leur métier.

Les répondants sont en majorité des juristes d’entreprise (53 %), suivis des avocats et collaborateurs (37%) puis d’autres conseil juridiques (6 %). Les autres professions identifiées (magistrats et assimilés, notaires et clercs, officiers ministériels) ne représentent que 4% des réponses.
Nous ont aussi répondu des assistantes juridiques, des documentalistes, des formateurs, des DRH et gestionnaires, des stagiaires, et quelques autres professions …
Les années d’expérience s’échelonnaient de 1 à 38 ans ... Vaste échantillon donc.

A la question chapeau "Vous sentez-vous stressé(e) dans votre travail ?", 22% ont répondu « toujours » (soit presque un quart), 54 % ont répondu « souvent », et 21% « parfois (les autres réponses : « rarement » : 2% et « jamais » 1%). Ce qui signifie que plus des 3 / 4 des professionnels du droit sont souvent ou toujours stressés dans leur travail.

Pour la rubrique "Vous et les moyens de faire votre travail", les réponses ont été majoritairement "souvent " aux 4 questions posées :

Le temps manque-t-il aux professionnels du droit pour votre vie personnelle ? Oui dans 73% des réponses (« toujours » pour 25%, et « souvent » pour 48%).

Ressentent -ils leur temps de travail comme « désorganisé » ? Ils répondent Toujours » pour 16%, et « souvent » pour 45% (« parfois » 27%, « rarement » 11% et « jamais » 1%).

Or le manque d’autonomie et de marge de manœuvre dans le travail a été identifié comme l’une des 6 grandes causes du stress (Rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail dit Rapport GOLLAC, 2011).

71% des répondants estiment « souvent ou toujours » ne pas avoir assez de temps pour faire "de la belle ouvrage" ; pour 20% ce n’est que « parfois », et 8% « rarement ou jamais ».

Enfin, si 43 % des répondants pensent avoir « toujours ou souvent » les moyens de faire le travail demandé, 58% sont d’un avis différent : « parfois » (37%), « rarement » (17%) et « jamais » presque 4%, ce qui est un chiffre suffisamment important pour être relevé !

L’impact sur le stress de la matière juridique elle-même est variable.

La complexité du droit est source d’inquiétude pour 40% des répondants (« toujours » 12% ; « souvent » 28%), « parfois » pour 34% d’entre eux ; 28 % n’en souffrent pas beaucoup (« rarement » 23% et « jamais » 3%).

La lourdeur du formalisme est davantage ressentie comme source de stress : « toujours » pour 13 % des répondants, « souvent » pour 35% ; « parfois » pour 33%, « rarement » pour 17% et « jamais » 1%.

Les incertitudes liées au droit (évolution rapide des textes, décisions des tribunaux) sont sources de gêne pour 39% (« toujours » 11%, « souvent 28%, « parfois » 37%) ; en revanche 21% des répondants ne le ressentent que « rarement », et 3% « jamais ».

Quand à la longueur des procédures, elle peut provoquer de l’agacement : « toujours » pour 12%, « souvent » 28%, « parfois » 37% ; mais « rarement » pour 17%, et « jamais » pour 5% des répondants.

Les professionnels du droit se posent-ils la question du sens de leur métier ? Pour 16% « toujours », pour 37 % « souvent », et « parfois » pour 21 % : la question concerne donc fortement plus de 53 % des répondants.

Le ressenti des relations avec l’environnement humain des professionnels du droit est-il spécifique à leur métier ("Vous et vos parties prenantes") ?

Les pressions internes et le malaise qu’elle provoquent sont bien réelles pour 78 % des répondants (« toujours » 28%, « souvent » 40%) – pour 23% le phénomène n’arrive que « parfois », pour 67% « rarement » et pour 3% « jamais ». Heureux hommes !

En revanche 71 % parviennent à se faire comprendre par leurs clients (qu’ils soient externes à l’entreprise ou internes) (« toujours » : 10% ; « souvent » 61%) ; « parfois » 25% ; « rarement » 5% et moins de 1% n’y parvient « jamais ».

Les relations avec les collègues juristes ne sont généralement pas rendues plus difficiles par la matière : « jamais » ou « rarement » pour 55%, « parfois » pour 27%, « souvent » pour 15% et « toujours » pour 4%.

Les relations avec les confrères sont bonnes dans 61% des cas (« toujours » 4%, « souvent » 57%) ; « parfois » 27% ; « rarement » : 10% ; « jamais » : 3%.

Le sentiment de solitude est « toujours » présent dans 17% des cas, « souvent » dans 40% ; « parfois » dans 25%, « rarement » dans 14% et « jamais » pour 3%.

L’appréciation de la situation des professionnels salariés est moins bonne .

Sur le périmètre des activités, des pouvoirs et de la responsabilité permettant de travailler dans la sécurité, les avis sont assez négatifs : 11% estiment que ces éléments ne sont « jamais » définis, 30 % « rarement » et 20 % « parfois » : 61% des salariés se sentent donc en situation d’insécurité à cet égard. Seuls 31 % ont répondu : « souvent », et 8% : « toujours ».

Le malaise est identique au niveau de la reconnaissance du travail, notamment en termes de salaire : 56 % des répondants ne bénéficient « jamais » ou « rarement » de manifestation de reconnaissance (« jamais » 23 %, « rarement » 33%) – et 23 %, « parfois ». Seuls 19 % en ont « souvent », et 2% « toujours ».

Quand aux possibilités d’évolution, seuls 21 % déclarent n’en avoir « jamais » ou « rarement », 25% « parfois » et heureusement 33 % « souvent » et 21 % « toujours » !

Pour les managers, la profession juridique n’entraîne pas de problématiques particulières au niveau du management : « jamais » et « rarement » : 44%, « parfois » 36%, et « souvent » ou « toujours » pour seulement 20% des répondants.

L’entreprise fournit-elle les formations utiles pour développer les connaissances des professionnels du droit : « jamais » ou « rarement » pour 49% ; « parfois » pour 25% ; « souvent » et « toujours » pour 27%.

Enfin, la question posée en guise de conclusion est éclairante de l’état d’esprit général vis-à-vis de la profession.

A la question "conseilleriez-vous votre métier à un jeune", 10% répondent : « jamais » ; 25 % : « rarement » ; 32 % : « parfois » – seuls 33 % des répondants y sont favorables (26% « souvent » et 7 % « toujours »).

Nous nous retrouverons à la rentrée sur le Village de la justice avec un commentaire des réponses aux différentes questions posées sur les causes du stress, une analyse par grandes catégories de métiers et un survol des 55 commentaires qui nous ont été proposés.

D’ici-là je vous souhaite de passer de bonnes vacances.

Vous pouvez encore répondre à l’enquête sur les risques psychosociaux des juristes, qui pourra éclairer précisément certains aspects de l’exercice du métier de professionnel du droit indépendant.

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Vos commentaires

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  • Le 2 juillet 2013 à 10:06 , par VERONIQUE
    Premiers résultats de l’enquête sur les risques psychosociaux chez les juristes.

    intéressant, j’ai hâte de connaître les éléments qualitatifs du stress évoqué.