Vincent Guiguen
Intervenant - Formateur en écoles d’avocats et en cabinets
Dirigeant-Fondateur de l’agence Exprim Formation

Victor Mollet
Communicant
Directeur de la Communication du cabinet Adekwa Avocats

 
  • 1309 lectures
  • 1ère Parution: 6 avril 2021

  • 5  /5
Guide de lecture.
 

Avocat demain ? Valorisez votre projet et votre image numérique aujourd’hui ! (Partie 2)

Être acteur de son futur projet professionnel et construire et entretenir une image numérique valable et attrayante, c’est minimiser ses chances de faire des choix par défaut et de quitter la profession prématurément, et maximiser ses opportunités d’offres et d’expériences satisfaisantes et épanouissantes. Éléments d’analyse et de perspective.
(Retrouvez la partie 1 ici.)

Au XXe siècle, l’élève-avocat en passe de porter la robe ne jurait que par le sacro-saint binôme "CV - Lettre de motivation" pour valoriser sa candidature. Au XXIe siècle, avec l’arrivée et l’avènement du web, les possibilités se sont largement décuplées et l’avocat en puissance bénéficie désormais d’un atout potentiel supplémentaire : son profil numérique. L’art et la manière d’être efficace dans ses recherches comme dans ses résultats est justement de mêler et marier ces deux univers.

Le double numérique pour une visibilité augmenté.

Pour valoriser sa candidature, exposer son projet professionnel, faire valoir son positionnement, rien de tel que de construire et entretenir une image numérique pertinente et efficiente. Investir la toile fort d’une réflexion préalable quant à ses ambitions, c’est se donner l’opportunité de se dévoiler, de se révéler, de se caractériser autant que se distinguer. Et les enjeux ne sont pas anecdotiques. Ne pas exister en ligne aujourd’hui, c’est se priver d’une visibilité substantielle. Demain, ne pas exister en ligne, ce sera être invisible.

Victor Mollet

De fait, à moins d’avoir un plan de carrière en tête déjà établi jusqu’à la retraite, il serait insensé de se priver d’une telle vitrine potentielle, de surcroît dans pareille conjoncture, qui ne nous permet malheureusement plus véritablement de nouer des relations pérennes et de réseauter convenablement au-delà de nos écrans. En plus d’être un stress-test sanitaire, économique et psychologique, la période que nous vivons est un stress-test numérique.

Hier compétence, le numérique est aujourd’hui un prérequis.

Hier compétence, le numérique est aujourd’hui un prérequis. User décemment de la technologie et savoir en faire un allié est devenu aussi important que lire ou compter. Demain, un avocat qui ne maîtrise pas sérieusement les outils digitaux risque d’être analphabète. Ce constat est d’autant plus prégnant que le nombre d’avocats a littéralement explosé ces trois dernières décennies : 70 000 aujourd’hui, 35 000 en 1995.

Au cœur d’un marché parfois saturé, il convient d’exister pour tirer son épingle du jeu, et porter ses compétences à la connaissance de ses cibles pour vivre aisément de son activité. En l’état, toutes les robes noires ne parviennent malheureusement pas à trouver leur place. 30% des jeunes confrères décident ainsi de quitter la profession moins de dix ans après avoir prêté serment. C’est abyssal et personne ne peut s’en satisfaire. Et souvent, le chaînon manquant entre l’échec et la réussite se trouve justement dans cette quête de rayonnement et de dévoilement. À quoi bon en effet être le meilleur juriste au monde si personne d’autre que vous ne sait que vous l’êtes ? Une présence en ligne murie et réfléchie permettra à l’avocat en gestation de gagner en visibilité (notoriété) et en lisibilité (image).

Vincent Guiguen

Par où commencer ?

Mais par où commencer quand on souhaite se lancer, alors que le web et son océan de données peuvent parfois donner le tournis ? De manière presque contre-intuitive, en ne sollicitant surtout pas l’inscription à un ou plusieurs réseaux sociaux de manière frénétique et automatisée, sans réflexion préalable aucune.

Il existe presque autant de manières d’envisager sa pratique numérique que l’on dénombre de confrères.

La première étape, et non des moindres, consiste en effet à mûrir et nourrir son projet professionnel d’une part, et sa réflexion stratégique d’autre part, l’un et l’autre se répondant. Les actions de l’avocat-internaute en devenir seront alors nécessairement plus adaptées et qualifiées. Il est important d’avoir à l’esprit que ce n’est pas parce que les outils qui sont à notre disposition sont incroyablement simples d’utilisation et formidablement intuitifs qu’il faut absolument céder à ses pulsions et cliquer à tout-va.

Au sein de la sphère professionnelle, a fortiori au cœur de l’avocature, toute prise de parole doit être pensée et mesurée. L’élève-avocat doit s’y préparer, d’autant plus qu’il sera demain soumis à une déontologie ancrée et des principes et conventions rémanents. À l’heure actuelle, le niveau de sensibilité quant à la chose numérique au sein d’une promotion d’élèves-avocats est très souvent hétérogène. Si beaucoup en sont soucieux, très peu en font déjà un usage pertinent au service de leur future carrière.

La deuxième étape, qui précède là encore toute pérégrination sur les plateformes ou qui doit a minima s’organiser concomitamment, c’est le grand nettoyage : c’est effacer toutes les traces et posts nocifs pour son image. Cela permettra de ne pas se tirer une balle dans le pied avant même d’entamer son action sur la toile. Et comme dans son quotidien privé, le meilleur moyen de ne pas avoir à faire le ménage, c’est de ne pas salir. Poster tout et n’importe quoi aujourd’hui, c’est l’assurance de le regretter demain et de passer un temps infini à faire le tri.

Chacun doit avoir à l’esprit que le droit à l’oubli n’existe pas et que nous sommes tous, à des degrés divers, devenus e-mortels. Cette phase d’affinage comprend également le juste paramétrage de ses différents comptes personnels déjà existants, afin que la sphère privée ne rejaillisse pas négativement sur le quotidien professionnel. Une option consiste à opter le moment venu pour le mariage de ces deux univers afin de proposer une symbiose authentique qui mêlera univers personnel et sphère professionnelle. Ce choix peut être judicieux mais s’avère relativement risqué. La déontologie, parfois anachronique, ne le recommande pas.

La troisième et ultime étape, qui est presque la première et la dernière, c’est celle qui verra l’avocat de demain débuter ses actions et sa vie sur une ou plusieurs plateformes choisies. Ici, il existe presque autant de manières d’envisager sa pratique numérique que l’on dénombre de confrères. Passées l’application des deux premières étapes indispensables et l’adoption de quelques us et coutumes numériques de bon sens, il n’existe pas de pratiques figées qui mèneraient directement au succès. Le champ des possibles s’avère tout à fait vaste et immense. Ce qui est indéniable, c’est qu’être présent sur les réseaux sociaux n’est pas un objectif en soi. Il convient de savoir pourquoi on s’y investit et comment. Cette lucidité stratégique permettra en outre de ne pas utiliser plus la technologie, mais de l’utiliser mieux.

Façonner son identité numérique.

À l’heure actuelle, de nombreux futurs confrères ont investi la toile avec mérite, réussite et singularité, depuis plusieurs années ou plus récemment. Maître Eolas ou Frank Berton sur Twitter, Arthur Sauzé ou Eloïse Wagner sur YouTube, Laure-Alice Bouvier ou Nina Potier sur Instagram peuvent notamment servir d’exemple à suivre ou de source d’inspiration. En ayant toujours en tête qu’il est toujours plus pertinent et efficient de suivre sa propre voie en s’appuyant sur son caractère et sa personnalité. « Soyez vous-même, tous les autres sont déjà pris », disait le malicieux Oscar Wilde. En définitive, sur la toile, l’élève-avocat est invité à être lui-même, en mieux.

Sur la toile, l’élève-avocat est invité à être lui-même, en mieux.

Les jeunes générations d’avocats sont aussi insouciantes qu’enthousiasmantes, aussi étourdissantes qu’attachantes. Elles ne demandent qu’à s’exprimer, faire valoir leurs idées, et faire évoluer cette si belle profession du droit, au risque parfois de la brusquer. L’avenir leur appartiendra d’autant plus qu’elles sauront mettre de l’ordre dans leurs réflexions et leurs pratiques. Car maîtriser la construction et la valorisation de son projet d’un côté, et façonner l’adéquation de son identité numérique de l’autre, c’est gagner en liberté et s’ouvrir de nouveaux horizons éclairés.

Cet article fait suite à un module d’enseignement, notamment dispensé par les deux auteurs à l’IXAD, à l’ERAGE et à l’EDASE.

Vincent Guiguen
Intervenant - Formateur en écoles d’avocats et en cabinets
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