Christophe Albert
Rédaction du Village de la Justice

 
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  • 1re Parution: 15 juin 2021

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C’est confirmé : la transformation du secteur juridique s’est accélérée après la pandémie... Conséquences.

On le pressentait, mais ce n’est plus seulement une intuition : la pandémie mondiale a fortement accéléré la transformation en cours dans le secteur juridique, avec un renforcement des tendances et priorités annoncées en 2021. C’est ce que nous apprend en détails l’édition européenne 2021 de l’enquête Wolters Kluwer, « Avocats et Juristes face au futur  ».

« Au-delà de la pandémie », voilà le titre de l’enquête de l’éditeur cette année, et il place bien le décor : faire un bilan de cette année (et demie) de pandémie pour voir comment les métiers du droit ont été affectés, mais surtout comment ils envisagent l’avenir.

De l’aveu général et c’est d’une ampleur certaine, le besoin de technologie s’est fait très fortement ressentir : 80 % des avocats européens ont attesté que leurs besoins en solutions technologiques avaient augmenté en raison de la pandémie.
Une prise de conscience motivée évidemment par l’urgence en mars-avril 2020, mais nous avons tous constaté que cet état de fait s’était prolongé une année entière, et laisse des traces dans les cabinets d’avocats... Mais dans cette urgence également fortement ressentie en Directions juridiques, l’enquête révèle des écarts importants entre les attentes des services juridiques et la capacité des cabinets d’avocats à y répondre.
Ce décalage aura une incidence sur la satisfaction des clients puisque 24% des services juridiques déclarent qu’ils changeront très probablement de cabinet (contre 13 % seulement en 2020)...

Quelles conséquences de la pandémie dans le monde du droit ?

"La transformation numérique du secteur s’est accélérée comme jamais auparavant."

"La technologie a été une bouée de sauvetage pour la profession juridique" indique fort justement l’étude. "À l’avenir nous comprendrons mieux quels impacts à court terme et quelles leçons tirées aujourd’hui se traduiront par des changements à long terme, mais une chose est sûre : la transformation numérique du secteur s’est accélérée comme jamais auparavant".

Seuls 28 % des juristes estiment que leur organisation était tout à fait préparée. En entreprises, face à la pression générale sur les organisations (mise en place du télétravail, difficultés de circulation ou de réunion, dématérialisation quasi-impérative et immédiate, surcroît instantané de travail...), on comprend tout à fait que 57 % des services juridiques déclarent prévoir d’augmenter leurs investissements dans la technologie au cours des trois prochaines années...
L’enquête relève donc un phénomène de grande ampleur, et sur le plan des équipes et du volume de travail, les directions juridiques envisagent désormais davantage les solutions de résilience : externalisation des activités juridiques ou au contraire internalisation, sous-traitance ou recours à du personnel non-juridique...

Chez les avocats, seuls 32 % des cabinets se disent bien préparés pour utiliser la technologie en vue d’augmenter leur productivité, et 28 % sont "tout à fait préparés" pour utiliser la technologie afin d’améliorer les services fournis au client. Logiquement, 63 % des cabinets d’avocats déclarent donc qu’ils vont augmenter leurs investissements dans les technologies... Au-delà des montants à investir, on le sait, ce sont des organisations à revoir, des équipes à former, des collaborateurs à trouver. Le défi est donc important, et pour y parvenir les avocats sont en train de lever des barrières et envisagent plus qu’avant le recours accru à du personnel non juridique (69 %), le soutien de prestataires tiers ou de sous-traitants (68 %)... Voire davantage de libre-service pour les clients (68 %).

Ce qui est notamment intéressant dans cette enquête (sur laquelle nous reviendrons sur le Village de la justice), au-delà des constats de chacun et des projets d’investissement en technologies, c’est la mise en perspective des difficultés et des projets d’amélioration, à la fois des cabinets d’avocats et des directions juridiques, et l’évolution de leur relation.
L’agilité et la stratégie de chacun a des effets sur leur relation mais affecte aussi la qualité de la prestation de l’un et de l’autre. Les directions juridiques ont besoin de cabinets innovants et attentifs au client, les cabinets d’avocats ont besoin de directions juridiques qui le poussent à l’amélioration et collaborent, et tout cela est au profit des deux parties.
Et ce qui les rassemble, l’étude le montre bien, c’est la volonté d’être plus productifs et de favoriser les collaborations, internes et externes.

Ainsi en terme d’innovations envisagées, cet extrait de l’étude de Wolters Kluwer montre une réelle proximité dans les objectifs :

Ce que prévoient les directions juridiques...
Ce que prévoient les cabinets d’avocats...

Et voici un aperçu de l’innovation effective dans "l’écosystème juridique", pour des structures de taille au moins moyennes, décrit par l’étude :

Source Wolters Kluwer

Un Momentum favorable aux investissement technologiques.

Si les projets d’investissement et d’innovation sont là, dont certains étaient déjà existants, un paramètre devrait pousser à plus d’actions et de réalisations concrètes : la baisse d’activité des cabinets avocats. Il y a un besoin de revenir "à la normale" avant toute croissance, que tous n’envisagent pas immédiatement selon l’enquête : 41 % des avocats l’espèrent d’ici la fin de l’année 2021, 51 % plutôt d’ici la fin de l’année 2022... et 6% "pas avant 2023 ou plus tard".

Il y a un momentum favorable à l’investissement en technologies et à la transformation.

Il y a donc pour toutes ces raisons un momentum favorable à l’investissement en technologies, à la transformation en profondeur des organisations du droit... Si chacun sait trouver les moyens d’investir dans la Legaltech et les ressources humaines !

NDLR : Sur ce sujet signalons qu’Open Law* et le Village de la Justice vous proposent en novembre 2021 les 5èmes RDV Transformations du droit, un congrès réunissant la majorité des acteurs de la transformation actuelle au profit des métiers du droit. Au programme, Legaltech, Legal design, innovation des acteurs publics, Regtech, sujets de montée en compétence et recrutement, sous la forme d’ateliers, conférences et espace d’exposition.

À propos de l’enquête 2021 « Avocats et Juristes Face au Futur  » :
L’enquête annuelle de Wolters Kluwer a été menée pour la première fois il y a trois ans afin de mieux comprendre l’évolution en cours des professions juridiques et de déterminer dans quelle mesure les professionnels du droit étaient prêts à affronter l’avenir.
L’enquête 2021 « Avocats et Juristes Face au Futur  : au-delà de la pandémie » de Wolters Kluwer Legal & Regulatory repose sur des entretiens quantitatifs avec sept cents avocats travaillant dans des cabinets d’avocats, des services juridiques et des sociétés de services aux entreprises, aux États-Unis et dans neuf pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Italie, France, Espagne, Pologne, Belgique et Hongrie) et vise à déterminer dans quelle mesure les attentes des clients, la technologie et d’autres facteurs influencent l’avenir du droit et comment les organisations se préparent aux changements. Elle a été menée en ligne pour Wolters Kluwer entre le 4 mars 2021 et le 18 mars 2021 par un organisme de recherche indépendant.
Enquête à télécharger ici.

Christophe Albert
Rédaction du Village de la Justice

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