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Art oratoire et confiance en soi : l’expérience d’une lauréate d’un concours de plaidoirie francophone.

L’Agence universitaire de la Francophonie et le Bureau Haïtien de Défense des Droits Humains (BDDH) co-organisent un concours de plaidoirie à destinations des étudiants en droit haïtiens. Les quatre finalistes (sur 28 candidats au départ) de la quatrième édition se sont affrontés le 22 mars 2019 à la Cour de cassation d’Haïti, et c’est Esther Grégoire qui a finalement remporté ce concours, grâce à sa plaidoirie sur un thème brûlant d’actualité : le recours à la violence dans les luttes sociales.
Le Village de la justice a eu envie de l’interroger sur son parcours et sa motivation.

Village de la Justice : Tout d’abord, voudriez-vous vous présenter ?

Esther Grégoire : Je suis née à Port-au-prince en 1993, je suis la cadette d’une famille de quatre enfants.

Si pour certains, je suis tenace, dévouée et déterminée, je me considère comme une fille simple et joviale qui s’est toujours distinguée par son sens du sérieux et de la responsabilité, ce qui m’a permis d’être souvent première à l’école et lauréate de ma promotion en troisième année. J’ai notamment été lauréate dans la catégorie étudiant du concours du texte et de reportage organisé par l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) en 2018. J’ai compris très jeune que le travail était la meilleure façon de réussir. J’ai intégré la fac de droit juste à la suite de mes études classiques, et j’ai décroché parallèlement le DELF (diplôme d’étude en langue français).

V.J : Pourquoi avez-vous décidé de participer au concours de plaidoirie ?

E.G : Je pense que la première année, c’était par témérité. Je désirais m’aventurer en terrain inconnu, m’ouvrir à de nouveaux horizons, pour avoir l’occasion de pratiquer l’art oratoire, avoir le plaisir de m’amuser avec les mots, et convaincre. Mais cette année, ce fut par défi. Je voulais redorer l’image que j’avais laissée de moi l’année dernière. Alors j’ai tentée l’expérience une seconde fois, pour me montrer que j’étais capable de me dépasser, de repousser mes limites. C’était une question d’amour propre. Je pense que cela m’a donnée plus de détermination pour arriver à la finale et remporter le concours.

Dans un concours de plaidoirie, il y a des paramètres que l’on ne maitrise pas complètement.

V.J : Pensiez-vous remporter le concours ?

E.G : J’ai abordé le concours avec beaucoup d’engagement et de détermination. Dans un concours de plaidoirie, il y a plusieurs enjeux : le sujet à débattre, la position adoptée, l’adversaire, la conviction du jury. Ce sont des paramètres que l’on ne maitrise pas complètement. On ne peut donc pas imaginer que l’on va gagner dès le départ. Ce serait d’ailleurs un piège de surestimer ses compétences et de sous-estimer l’adversaire. Je ne peux donc pas dire que dès le début je pensais gagner. D’autant que de très bons débatteurs se sont révélés match après match.

V.J : Qu’est-ce que cela vous a apporté de participer à ce concours ?

E.G : Sur la forme, je maitrise mieux les techniques de plaidoirie, l’art oratoire, les techniques de persuasion et les manières de convaincre. J’ai aussi plus d’estime et de confiance en moi. J’apprends à gérer le stress, le trac que l’on ressent quand on prend la parole en public. Et sur le fond, les recherches sur les sujets proposés ont agrandi mon champs de connaissance sur des thématiques que je ne maitrisais pas comme le droit de grâce, la gestation pour autrui, le droit de grève.

Ce concours m’a par ailleurs mis sous le feu des projecteurs. J’ai désormais un nom, un capital social, une réputation.

Cela m’a enfin permis de confirmer ma volonté de pratiquer le droit puisque je me suis découvert une passion pour la prise de parole en public. Alors que je trainais avec mon mémoire de sortie, je suis maintenant pleinement investie dedans.

Représenter Haïti au concours d’éloquence de l’université Panthéon-Sorbonne est une occasion de valoriser l’image du pays.

V.J : Allez-vous participer au concours d’éloquence de l’Université Panthéon-Sorbonne pour représenter Haïti ?

E.G : Je pense que la question ne se pose pas. Représenter son pays à l’étranger, avoir la possibilité de remporter un titre international est une opportunité rare. Haïti participe pour la première fois à ce concours. J’ai donc la possibilité de réaliser quelque chose d’extraordinaire, d’inédite. Ce sera une expérience unique. C’est avec fierté que je ferai flotter le drapeau haïtien au Panthéon.

V.J : Comment abordez-vous ce nouveau challenge ?

E.G : Je me vois comme une ambassadrice qui a la lourde responsabilité de porter notre drapeau bicolore au Panthéon. Ce concours est une occasion de valoriser et soigner l’image du pays à l’extérieur. Je dois toutefois admettre que je suis un peu stressée face à ce nouveau défi, et je pense travailler davantage afin de mieux soigner mes prises de paroles. Je sais qu’il me faudra plus de motivation et de détermination, que la quête n’est pas aisée et que la route sera longue, mais je compte m’atteler à la tâche.

V.J : Quelle importance accordez vous à l’art oratoire ?

E.G : Dans la profession d’avocat, l’art oratoire occupe une place de premier rang. L’organisation du discours, le style, l’aptitude à incarner son discours (gestuelle, voix, intonation) sont indissociables de l’exercice de la profession. La maitrise de la parole est nécessaire pour quelqu’un qui se destine à la carrière juridique.

L’image que l’orateur donne de lui et sa capacité à soulever les émotions sont aussi importantes que l’argumentation.

L’image que l’orateur donne de lui-même dans son discours et sa capacité à soulever les émotions sont tout aussi importantes que l’argumentation stricto sensu. Pour moi, l’art oratoire est un outil majeur permettant d’affûter le sens critique.

V.J : Que conseillerez-vous au candidat de l’année 2020 ?

E.G : J’invite tous les étudiants en droit à se lancer et à participer à ce concours. C’est une expérience qui permet de découvrir des choses sur soi, que l’on n’aurait sûrement pas découvertes ailleurs. Qui plus est, vous n’avez rien à perdre à participer !

Propos recueillis par Julie Bruneaux
Rédaction du Village de la Justice

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