Jane Kochanski
Expert traducteur
Cour d’appel de Paris

 
Guide de lecture.
 

Le traducteur juridique face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

La traduction automatique ne cesse de progresser et le secteur de la traduction juridique ne sera vraisemblablement pas épargné !
Si nous retraçons les origines de cette évolution, nous constatons que par un procédé de deep learning, en 2016, Google a mis en ligne une nouvelle version de son système de traduction automatique, Google Translate et en 2017, la société allemande Linguee (maintenant connue sur le nom DeepL) a conçu un système de traduction automatique très performant, utilisé par des millions de traducteurs juridiques tous les jours, en cabinets d’avocats ou à titre indépendant.

Nous constatons une courbe montante dans le secteur de la traduction juridique, qui a beaucoup évolué avec la prise en compte des traductions des contrats internationaux et le système de l’intelligence artificielle permet aux traducteurs juridiques travaillant dans le secteur du droit international privé ou encore dans les dossiers d’arbitrage internationaux de partager en ligne des traductions en temps réel, souvent sur des projets très volumineux et complexes. Une traduction d’un mémoire en arbitrage international peut représenter des centaines de pages, ce que n’est pas anodin pour un seul traducteur !

D’ores et déjà nous pourrons observer que l’émergence de différents outils de traitement automatique constitue une étape essentielle dans l’évolution des outils de traduction automatique. Par exemple, tous les outils CAT pour les traducteurs juridiques souhaitant travailler sur des projets communs et volumineux. Ces outils se basent sur l’intelligence artificielle. Ces outils sont très utilisés par des agences afin de partager un travail volumineux pour rendre plus rapidement un dossier au client, souvent pour satisfaire les exigences des cabinets d’avocats et des notaires.

La question qui vient à l’esprit est d’évaluer dans la balance les « bénéfices-inconvénients » de l’intelligence artificielle dans le domaine de la traduction juridique. Certes, l’intelligence artificielle permet une traduction simultanée en plusieurs langues et cela dépassera la vitesse humaine, d’où sa grande utilité dans l’arbitrage et les traductions des contrats internationaux complexes.

Cependant, les nuances et les finitions des clauses juridiques sont moins évidentes à traduire par la machine. Le traducteur juridique reprend sa juste place pour les traductions des clauses des contrats spécifiques et également dans des secteurs du droit ciblés, tel que les traductions des procès-verbaux et des interrogatoires en droit pénal par exemple.

Cependant, malgré ces avancées, peut-on réellement imaginer un service de traduction juridique entièrement gouverné par la machine ?

Cette question repose sur plusieurs axes d’argumentation. Par exemple, la traduction juridique reste tout de même protégé malgré la mise sur le marché du logiciel ALEXA, une création torontoise, qui a une capacité de détecter la syntaxe et le contexte d’une phrase d’un contrat type, très utile pour la traduction des modèles de contrats juridiques, notamment pour les contrats commerciaux, les contrats de licences informatiques ou bien les contrats de travail. Cependant, l’intelligence artificielle ne peut pas remplacer l’esprit du traducteur et le style linguistique de l’homme. Donc, le traducteur juridique primera sur le travail effectué par la machine !

Mais pour combien de temps et doit-on considérer l’intelligence artificielle comme une opportunité ou comme un danger pour le traducteur juridique ? Le secteur juridique est pour le moment au creux de la vague…

Ces questions restent à l’esprit. Nous avons certes besoin des logiciels CAT pour gérer nos bases de données et pour assurer un travail collaboratif homogène, mais occasionnellement et non pas quotidiennement. Un traducteur ne traduira pas un mémoire en arbitrage international tous les jours !

Alors, peut-on aller jusqu’à dire que la guerre technologique vient à peine de commencer… ?

Jane Kochanski
Expert traducteur
Cour d’appel de Paris

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Vos commentaires

  • Dernière réponse : 8 février à 15:38
    par Aboubekeur ZINEDDINE , Le 5 février à 20:01

    Merci Chère Jane pour cet article intéressant et technique !
    Je viens de finaliser un article sur la traduction juridique et la traduction automatique pour publication ici lundi prochain.
    Je n’ai pas du tout la même approche : à l’aide d’un exemple tout simple, je démontre à quel point les erreurs de la TA peuvent être graves et surtout dans le domaine juridique on ne peut pas faire confiance à la TA, même avec post-édition.

    • par Anna Pozdneva Ripon, traductrice-interprète expefrt en langue russe près la CA de Versailles , Le 8 février à 15:38

      Chère consoeur,
      Le sujet est d’une importance capitale pour l’avenir de notre métier et pour la place qui sera celle des traducteurs juridiques à l’avenir. Je pense qu’il est opportun de souligner que la TA ne marche pas bien avec toutes les combinaisons linguistiques (en russe, par exemple, le résultat est mauvais et je vois de suite, en lisant deux-trois premières phrases si la traduction a été faite dans les règles de l’art ou par une machine, la post-édition consiste donc à refaire la traduction entièrement...).
      Ceci étant, il est évident que pour des gros projets tous les traducteurs travaillant sur le projet doivent adopter une terminologie cohérente (voire la même).
      Ma conclusion : il faut que les clients (avocats, notaires, agences, particuliers) fassent preuve de l’intelligence et de discernement et ne soient pas omnibulés par la seule composante du prix à payer : si l’affaire est importante, les enjeux et le volume de la documentation à traduire conséquents, oui, cela a un prix si l’on veut une traduction juste et fidèle. Les outils de TAO peuvent être une aide à tenir les délais, mais une traduction juridique digne de ce nom ne peut pas être exécutée entièrement par une machine, car chaque traducteur apporte une plus-value consistant en son expérience professionnelle, en connaissances emmagasinées durant des années de formation afin de transposer le plus fidèlement possible le droit étranger sur le terrain du droit français (souvent différent). Si c’était pas le cas il y a bien longtemps que les traducteurs auraient été remplacés par des machines.

  • par Jon Berger , Le 8 février à 16:01

    Le problème pour le traducteur est qu’il doit vérifier tous les résultats produits par le logiciel. En effet, il est payé pour assumer la responsabilité professionnelle de la traduction et il n’a pas le choix en la matière. Pourtant, comme nous le savons tous, une machine peut produire des résultats qui paraissent parfaits à un non-expert mais qui en réalité contiennent de terribles erreurs. Et voici le vrai problème : le client final ne comprend pas que le traducteur doit toujours effectuer la même quantité de travail avec la post-édition qu’avec une traduction classique. Ainsi, l’ensemble de l’activité devient simplement une autre façon de payer moins le traducteur.

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