Fonction : Magistrat et ancien porte-parole du ministère de la Justice, témoignage de Youssef Badr.

L’association Juristes d’influence [1], créée en 2020, a pour objectif de rendre les études de droit et ses débouchés plus accessibles. A ce titre, elle collabore avec différents professionnels (magistrats, avocats, délégués européens, professeurs des Universités, huissiers, OPJ, collaborateur parlementaire etc.) et propose des "fiches de poste" sous la forme de témoignages.
Son objectif est de délivrer des messages positifs aux étudiants en démontrant qu’aucun parcours n’est rectiligne.
Cette initiative rejoignant la philosophie du Village de la Justice, nous nous proposons de partager le témoignage de Youssef Badr, Magistrat, ancien porte-parole du ministère de la Justice et magistrat du parquet.

1) Parcours et matières privilégiées.

« Après mon baccalauréat, j’ai d’abord fait un diplôme universitaire technologique « carrières juridiques » (DUT) à l’IUT de Villetaneuse. Pour être parfaitement transparent, c’est le seul endroit où j’avais été admis. J’ai postulé pour de nombreuses écoles de commerce mais toutes mes demandes ont été refusées.

A la fin des deux années d’IUT, j’ai été admis en licence de droit car mes notes me permettaient de rejoindre la faculté. J’ai fait le choix de rester à la faculté de Villetaneuse (93) jusqu’à la maîrise car j’y avais mes habitudes et je m’y sentais bien.
En maîtrise, je me suis pris de passion pour le droit international privé et j’ai voulu poursuivre mes études jusqu’en cinquième année pour faire un DEA de droit international privé et droit du commerce international. J’ai été admis dans le DEA dirigé par Pierre Mayer à l’Université Panthéon Sorbonne. A l’issue de cette année, je me suis lancé dans la préparation du concours d’entrée à l’Ecole Nationale de la Magistrature. J’ai toujours privilégié le droit privé général à l’exception de la 5è année ou je me suis spécialisé en droit international privé. »

2) Les difficultés rencontrées durant le parcours.

« Si je regarde mes années d’étude à la faculté, je dirais que les deux principales difficultés ont été les trajets et l’argent.

Les trajets car j’habitais à Eragny-sur-Oise (agglomération de Cergy-Pontoise) et que j’allais à la faculté d’abord à Villetaneuse (93) puis la dernière année à la Sorbonne. J’avais d’abord une longue marche à pied pour me rendre du domicile de mes parents à la gare et ensuite le trajet en train jusqu’à la gare d’Epinay-Villetaneuse avant de prendre le bus jusqu’à la faculté. Le même trajet se répétait le soir et cela pouvait être compliqué lorsque j’avais un TD à 19h ou 20h et que je devais ensuite rentrer jusqu’à Eragny sur Oise. Les mêmes difficultés se sont posées pour me rendre à la Sorbonne. A la place du train, je prenais le RER A. Je me suis toujours dit que ça en valait la peine alors j’investissais les trajets en révisant mes cours le matin ou le soir quand je rentrais.

L’argent car les études ont un coût qui se renouvelle chaque année. J’ai un Bac + 5 mais j’ai en réalité mis 6 années à finir mes études car j’ai dû arrêter lors de ma première année de licence. En effet, après l’IUT, j’ai rapidement dû abandonner pour des raisons financières. J’ai trouvé un emploi étudiant en qualité de réceptionnaire dans un magasin où ma mère était femme de ménage. J’ai mis de l’argent de côté et j’ai repris l’année suivante conservant mon emploi à temps partiel. J’ai d’ailleurs conservé cet emploi jusqu’à la fin de la maîtrise. Coup de chance, en 5ème année, j’ai réussi à obtenir une bourse au mérite qui m’a permis de passer cette année sans difficultés. L’argent est à mes yeux le nerf de la guerre quand on fait des études. Et la motivation naturellement. »

3) Une description de l’expérience passée en tant que magistrat du parquet et en tant que porte-parole du ministère de la Justice.

« En tant que magistrat du parquet durant un peu plus de 7 années, mes fonctions étaient multiples. Comme tout parquetier, j’avais un cabinet avec un contentieux spécifique qui pouvait varier au fil des années (violences conjugales, lutte contre les trafics de produits stupéfiants etc) et je traitais les procédures judiciaires qui m’étaient adressées.

A la permanence téléphonique, j’orientais les procédures en flagrance c’est-à-dire les procédures qui concernent les personnes placées en garde à vue à qui des faits étaient reprochés et je décidais de la suite de la procédure : des poursuites (et si oui devant la juridiction compétente), une alternatives aux poursuites ou un classement.

Je représentais le Ministère public à l’audience où je devais prendre des réquisitions contre des prévenus (tribunal correctionnel) ou des accusés (Cour d’assises).

Je suivais des procédures criminelles instruites par des juges d’instruction. Ainsi, je rédigeais des réquisitoires définitifs à la fin des informations judiciaires. Un réquisitoire définitif est une synthèse des faits et une analyse juridique du dossier par le procureur avant que le juge d’instruction ne rende son ordonnance qui viendra clôturer la procédure d’information judiciaire.

En qualité de porte-parole du ministère de la Justice, si je résume au maximum, ma fonction était de répondre aux journalistes (Français et étrangers) sur l’actualité du ministère de la Justice. Les réponses pouvaient se faire soit par écrit, sous forme d’une interview audio ou à la télévision.
J’étais sollicité dès qu’un événement impactait l’activité du Ministère de la justice.
J’assistais aussi le cabinet de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, dans ses activités quotidiennes ou hebdomadaires (projet de loi à détailler et/ou expliquer etc). J’ai passé deux années à ce poste avant de rejoindre l’Ecole Nationale de la Magistrature pour y faire de la formation à destination des magistrats déjà en juridiction. »

4) Quels conseils donneriez-vous aux étudiants pour réussir le concours d’accès à l’ENM ?

« Le premier conseil est de ne pas rater son orientation. Je dis clairement aux lycéens que s’ils ont la possibilité de s’orienter vers un cursus Sciences Po, il faut y aller. Je n’ai pas fait ce cursus mais j’ai constaté lors du concours d’entrée que le niveau entre eux et les étudiants en droit n’était pas le même. Ils avaient acquis une solide culture générale et maîtrisaient parfaitement la méthodologie de la dissertation. Les étudiants en droit n’avaient clairement pas le même niveau.

Pour les étudiants qui ne s’orientent pas vers un cursus Sciences Po et qui s’orientent vers la faculté de droit, je conseille de s’entraîner dès la 3ème année aux épreuves proposées au concours (dissertation, cas pratiques, note de synthèse) et de s’intéresser dès que possible aux grands sujets de société et internationaux. De trop nombreux étudiants qui préparent le concours ne maîtrisent pas la méthodologie des épreuves proposées et perdent un temps important durant l’année de préparation.

Aussi, je crois qu’il est important de faire, si possible, des stages en juridiction pour découvrir le métier de magistrat ou en cabinet d’avocat. Les stages permettent de mieux comprendre les mécanismes de notre système judiciaire et d’avoir un avis plus éclairé lorsqu’on parle de justice. »

5) Pensez-vous que tout le monde peut réussir ou existe-t-il encore des barrières (économiques, territoriales, socio-culturelles, spirituelles) à la réussite ?

« Je crois sincèrement que tout le monde peut réussir même si pour certains le chemin est plus long et plus compliqué. Je crois qu’il faut rêver plus grand pour les étudiants les plus modestes, ne pas se mettre des barrières et tracer sa route lorsqu’on a la chance d’avoir un but professionnel. Même en travaillant à côté, même avec peu de moyens, même avec du retard, tout étudiant peut réussir. Je ne dis pas que ce sera simple mais la réussite est ouverte à tous. Il faut essayer de trouver du soutien auprès de ses proches car c’est un véritable marathon. »

NDLR : Youssef Badr est prêt à apporter son aide aux étudiants qui n’ont pas de contacts dans le monde de la justice, qui ont besoin de conseils et souhaitent s’orienter vers des métiers du droit (notamment magistrat), les étudiants peuvent adresser leurs questions à l’association Juristes d’influence.

Témoignage proposé par Elzame Berady,
Association Juristes d’influence

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