Marie Depay,
Rédaction du Village de la Justice

 
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  • 1ère Parution: 10 mai 2021

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Guide de lecture.
 

[Parution] "L’affaire Dreyfus" en roman graphique.

L’affaire Dreyfus est un événement politico-judiciaire marquant de l’histoire de France tant elle a déchainé les passions que ce soit sur le plan politique, juridique, militaire et social. Symbole de l’erreur judiciaire et de la raison d’Etat, elle a une portée universelle, c’est pourquoi elle nous interpelle encore maintenant.

C’est sous la forme d’un roman graphique que Jean-Marie Digout, avocat, revient en détail sur les procès du Capitaine Alfred Dreyfus, il en propose une lecture dépassionnée, plus orientée sur les notions et principes juridiques fondamentaux. Une affaire d’importance car comme le précise l’auteur, "l’affaire Dreyfus a définitivement posé les principes du procès équitable".

A la fois auteur et illustrateur, l’avocat Jean-Marie Digout, nous replonge dans une affaire vieille de plus de 125 ans et qui pourtant suscite toujours autant d’intérêt car elle mêle l’espionnage, la trahison, les enjeux politiques et militaires, le bagne, l’honneur d’un homme, la coexistence entre justice militaire et justice civile et l’importance de la recherche de la vérité dans tout procès.

Affaire pour laquelle à l’époque, des journaux, des intellectuels, des hommes politiques, des militaires, des professionnels du droit se sont passionnés, engagés, affrontés. Affaire pour laquelle la société française s’est scindée en deux camps "Dreyfusard" et "Anti-dreyfusard" de 1894 à 1906.

Cet ouvrage dessiné apporte une meilleure compréhension de cette affaire judiciaire, et notamment sur les nombreux procès qu’elle a entrainé, sur ses différents protagonistes, leur rôles et comment ces derniers ont été touchés par cet événement.

Au travers de ce roman graphique Jean-Marie Digout met notamment en avant le rôle du parquet général et des avocats de la défense. Il souligne également l’importance de la preuve et la place de la Cour de cassation qui par deux fois a cassé le jugement de condamnation rendu par le Conseil de guerre et qui par un arrêt du 12 juillet 1906 prononçait la révision du procès de Rennes en décidant par application du paragraphe final de l’article 445 du Code d’instruction criminelle, qu’aucun renvoi à un troisième conseil de guerre ne devait être prononcé. Cette décision marquait ainsi la réhabilitation d’Alfred Dreyfus, 12 ans après la dégradation militaire et la condamnation de ce dernier.

Si le dessin permet de mettre des images sur cette affaire, cette dernière reste complexe et la Rédaction du Village de la Justice conseille aux lecteurs de se rendre à la page 63 de l’ouvrage pour redécouvrir les protagonistes de l’affaire Dreyfus afin de mémoriser leurs traits, leurs noms et le rôle de chacun avant d’entamer la lecture de ce roman graphique.

Cédons la place à Jean-Marie Digout pour qu’il nous livre l’origine et l’objectif de ce roman graphique.

Quelles ont été les motivations à la rédaction de cet ouvrage et pourquoi avoir choisi l’affaire Dreyfus ?

Jean-Marie Digout.

« Mes recherches déjà anciennes sur le passage des bagnards à La Rochelle et à la citadelle de Saint Martin de Ré avant le grand départ pour la Guyane, m’ont presque naturellement conduit à m’intéresser au passage du capitaine Dreyfus qui y a séjourné 36 jours de janvier à Février 1895.

Tout le monde connaît l’affaire Dreyfus, elle est universelle et enseignée dans le monde entier.
Peu cependant sont capables de la situer dans sa parfaite chronologie et expliquer le rôle précis de tous les acteurs de l’affaire. Pourquoi et à quel moment intervient le « J’Accuse » d’Emile Zola, pourquoi Georges Clémenceau farouchement hostile au début et même ardent partisan du rétablissement de la peine de mort en matière politique s’est il investi trois ans plus tard avec autant de force et de conviction pour la révision ? Quel rôle ont joué les intellectuels et qui est allé les chercher ? Quelle a été l’importance du cercle rapproché, la famille, les amis, les alliés, celui capital de la presse et surtout, rassemblés dans une seule affaire, toutes les notions et principes juridiques fondamentaux, cinq procès sans même parler des procès périphériques (deux fois le Conseil de guerre, la Cour d’assises avec le procès en diffamation contre Zola, deux fois la Cour de cassation), la coexistence de la justice militaire et de la justice civile, les stratégies de défense entre les deux avocats de Dreyfus, Edgar Demange et Fernand Labori, le bagne, la bataille des experts en écriture et toutes les notions qui sont enseignées en droit pénal, la chose jugée, la procédure de révision, la grâce, l’amnistie, la réhabilitation, l’erreur, la raison d’état etc.. C’était un challenge passionnant de s’y attaquer et de l’adapter en bande dessinée. »

Que nous enseigne cette affaire sur le droit français et la justice ?

« La justice n’est pas sortie indemne de l’affaire au moins les premières années, (la condamnation de Zola, le stupéfiant acquittement du traître Esterhazy, l’insupportable nouvelle condamnation de Dreyfus à Rennes par la justice militaire).

« La prééminence du droit et la recherche constante de la justice et de la vérité. »

Mais l’affaire nous enseigne deux choses essentielles. La prééminence du droit et la recherche constante de la justice et de la vérité.
Affirmer cela c’est saluer le courage de quelques hommes qui dans un contexte difficile et hostile, malgré les pressions et les menaces sont allés au bout de leurs convictions.

Les magistrats d’abord et en particulier le parquet général qui a revendiqué la totale liberté de parole à l’audience et a œuvré de façon magistrale pour la révision. C’est à l’honneur de ces juges d’avoir publiquement condamné l’antisémitisme et d’avoir affirmé qu’une condamnation obtenue illégalement devait être « brisée » !

C’est encore à leur honneur lorsque saisis d’horreur et d‘indignation devant les machinations, les trahisons et les falsifications, d’avoir osé proclamé que l’autorité de la chose jugée n’était pas un dogme et qu’il convenait de réparer une condamnation ignoble.

Les avocats ensuite, qui constamment menacés, au péril de leur carrière et de leur vie (le lâche attentat de Labori au procès de Rennes !) et malgré des stratégies de défense différentes ont toujours porté très haut les droits de la défense.
La justice dans l’affaire Dreyfus a définitivement posé les principes du procès équitable tirés de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789. »

Quel est l’atout majeur de l’ouvrage s’il fallait n’en retenir qu’un ?

« Tout un chacun et les jeunes en particulier doivent connaître l’affaire Dreyfus et ce qu’elle nous enseigne encore aujourd’hui 125 ans plus tard, c’est-à-dire la lutte constante contre la haine, la lâcheté et l’antisémitisme mais aussi le courage, l’engagement, la recherche de la justice et de la vérité, la liberté d’expression, le dépassement de soi le respect des droits de l’individu... tout simplement parce que ce sont des valeurs éternelles et républicaines, fondement de notre démocratie.
Les jeunes lisent peu, mais l’image qui a fait ses preuves depuis longtemps constitue un moyen ludique et parfois plus efficace pour faire passer des messages. C’est aussi le moyen de raconter et de rendre accessible de tels moments d’histoire aussi complexes et de susciter pourquoi pas l’envie d’approfondir la découverte de cette affaire politico judiciaire hors du commun qui a fracturé le pays en son temps. »

Information techniques :
Titre : L’affaire Dreyfus ;
Auteur : Jean-Marie Digout ;
ISBN:979-10-699-5160-0 ;
Sortie : 2è trimestre 2020 ;
Pages : 64 ;
Prix : 25 euros.

Marie Depay,
Rédaction du Village de la Justice

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