Pour la Rédaction du Village,
A. Dorange

 
 

La formation des élèves-avocats (à l’EFB) à l’épreuve de la crise sanitaire.

Jeudi 7 mai 2020, à l’initiative conjointe de LexisNexis et du Club des juristes s’est tenu un webinaire à l’occasion duquel Pierre Berlioz, Directeur de l’EFB, a eu l’occasion d’évoquer la formation des quelques 3 600 élèves-avocats en ces temps compliqués. Un bilan-perspectives, alors que nous vivons les premiers instants du déconfinement et que les sources d’inquiétude sont multiples pour les (futurs) élèves-avocats.

Sur la fermeture des locaux. – L’École a fermé ses portes le 16 mars, avec, à cette date, une moitié des élèves en cours, l’autre moitié en PPI (projet pédagogique individuel) et tandis que la promotion entrante (1 850 élèves) en janvier 2019 était en stage final. Après une réorganisation des enseignements dans l’urgence, les premiers cours ont repris, à distance, le 24 mars.

En ce qui concerne la réouverture des locaux, c’est le modèle de l’enseignement supérieur qui est considéré comme « le plus approprié » : les cours se tiendront donc en distanciel jusqu’à fin juillet (date de fermeture habituelle de l’École), avec une réouverture potentielle fin août-début septembre, si la situation sanitaire le permet.

Sur les outils numériques utilisés. – Les besoins étaient extrêmement différents, avec donc des besoins en équipement différents. Il s’agit en effet tantôt d’assurer des cours pour plus de 600 élèves, avec une interactivité limitée, ou de dispenser des enseignements pour des petits groupes, avec une interactivité forte, la nécessité de bien voir l’élève, la manière dont il s’exprime etc.

Pierre Berlioz

Beaucoup de solutions existent sur le marché, mais aucune n’est suffisante pour couvrir, à elle seule, tous ces besoins. Et Pierre Berlioz de souligner, notamment, que la facilité d’emploi ne doit pas occulter les difficultés en termes de sécurité informatique et de protection des données : « dans le choix de nos outils, on devait aussi prendre en compte ces considérations et d’une certaine manière être exemplaires (…) parce que c’est aussi un élément de formation, que de tâcher de choisir le meilleur outil, à la fois pour les besoins et pour les impératifs de sécurité et de protection ».

Sur la tenue des examens. – En ce qui concerne les épreuves du CAPA, « il n’est pas question, en juillet (pour l’épreuve écrite et oraux de langue, le reste des épreuves en septembre-octobre), de rassembler les élèves dans une salle et de les faire composer ». L’objectif est de réussir à réaliser ces épreuves à distance, dès que l’aménagement réglementaire sera réalisé (la Chancellerie en a été saisie par le CNB). Une prise en compte du contrôle continu est certes possible, mais il est important d’avoir des examens de fin de semestre pour se préparer au CAPA, en s’entraînant aux épreuves. Il est donc dans l’intérêt des élèves de les passer, en les aménageant pour un déroulement dans de bonnes conditions, de sécurité sanitaire notamment.

Quant aux CRFPA, le Directeur de l’EFB a rappelé que leur organisation relevait des compétences des universités et dépendait du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. La Commission nationale de l’examen d’accès au CRFPA a d’ailleurs indiqué « qu’à ce jour, les dates de l’examen d’accès au CRFPA sont maintenues du 1er au 4 septembre 2020. Si une évolution de la situation sanitaire devait justifier une modification de ce calendrier, la décision de reporter les épreuves serait prise par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le ministère de la Justice. Les candidats seraient immédiatement informés ».

Sur la reprise des stages. – Ce webinar a également donné la possibilité au Directeur de l’EFB de revenir, assez longuement, sur l’épineuse question des stages qui étaient en cours au moment du confinement (plus de 2 500 élèves concernés).

Un certain nombre de structures d’accueil (cabinet, entreprise…) ont réduit ou cessé leurs activités avec, parfois, pour conséquence des « décisions brutales de rupture de convention ou autres solutions radicales », des pertes de gratification etc. Il a donc fallu gérer au cas par cas, « de vraies situations de crise » pour essayer de réintégrer les élèves ou tenter de permettre le déroulement du stage : « des moments difficiles pour nous et surtout pour les élèves » au regard du « sacrifice des stagiaires » qui, l’avoue humblement P. Berlioz, « nous ont parfois pris de cours et surpris dans leur vigueur ».

Il s’est donc agi, y compris lorsque le Directeur s’est entretenu directement avec les structures d’accueil et les maîtres de stage (parfois avant qu’une réponse soit apportée aux élèves eux-mêmes), de tout faire pour favoriser la reprise des stages et, ainsi, permettre l’achèvement de la scolarité. Lever les blocages donc, y compris, le cas échéant, en faisant intervenir les Barreaux pour rappeler à l’ordre les cabinets ayant suspendu les conventions de manière détournée, voire abusive.

L’importance du stage dans la formation explique que tout doit être mis en œuvre pour que les élèves puissent reprendre dès la levée du confinement. Il est en outre impératif de permettre d’accomplir les stages au maximum, ce qui explique qu’ils pourront avoir lieu durant la période estivale si cela permet d’atteindre les 6 mois requis. Bien sûr, une gestion au cas par cas sera faite en cas d’empêchement (si la structure pose problème ou en raison de contraintes personnelles).

Sur l’engagement dans la profession. – Pierre Berlioz a également souhaité rassurer les élèves-avocats, au regard également de la situation économique de la profession. Les chiffres alarmants, particulièrement angoissants, révélés par le récent sondage mené par le Conseil National des Barreaux (CNB) suscitent des inquiétudes, légitimes pour les futurs praticiens (voir « Les avocats sont dans la tourmente, chiffres à l’appui »). Mais le Directeur de l’EFB est confiant : « il y a une place pour eux dans l’avenir et dans leur futur exercice professionnel  ». Les avocats, comme les juristes, sont des « vecteurs de sécurité et de confiance ». Or il est évident qu’en sortir de la crise, il y aura des besoins de droit, ils seront très nombreux ; il y aura besoin d’être au soutien des particuliers et des entreprises, au soutien de tous. Certes, « la profession souffre, mais elle va sortir de cette crise et en ressortir forte, parce qu’elle sait s’organiser, rebondir ».

Et c’est d’ailleurs l’un des enjeux de l’apprentissage, au-delà des techniques fondamentales du métier : apprendre à réagir, à saisir les opportunités, à être « agile », à avoir l’esprit d’entreprise et à s’adapter aux attentes. Apprendre aussi à s’adresser à son client, à cerner ses besoins et à construire une offre de services conforme. Apprendre encore à connaître aussi le marché du recrutement, pour être capable de proposer ses services non pas nécessairement en fonction de ce que l’on aime, mais aussi de ce qui permet d’avoir une activité qui fonctionne. Si pour la promotion actuelle, il n’est malheureusement pas possible de faire évoluer le programme des enseignements, relativement figés dans le temps (par voie réglementaire), des réflexions sont en cours depuis plusieurs mois avec le CNB pour rendre la formation plus pertinente et plus adaptée aux exigences du marché.

Pour la Rédaction du Village,
A. Dorange

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