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Le grand mensonge du divorce en trois mois.

Par Brigitte Bogucki, Avocat.

Des braconniers du droit à ceux qui frisent avec la légalité et la déontologie, on trouve sur Internet pléthore de promesse de divorce rapide et pas cher... Soyons transparents : rapide c’est de l’arnaque, pas cher c’est du low cost, vous en avez parfois pour votre argent, souvent moins...
Les conséquences sont malheureusement déplorables puisque fréquemment je suis saisie ultérieurement par des époux ayant divorcé dans ces conditions et s’apercevant, mais un peu tard, qu’ils sont loin d’avoir tout réglé et qu’il va maintenant falloir se battre.

Je reçois trop souvent dans mon cabinet des clients qui après avoir divorcé ainsi se retrouvent dans des problèmes insolubles car la situation n’a pas été vue en détail et les solutions qui auraient pu être mises en place simplement ne l’ont pas été. C’est ainsi qu’ils se retrouvent contraints à engager des procédures contentieuses et coûteuses pour pallier l’incurie de leur procédure précédente.

Des braconniers du droit à ceux qui frisent avec la légalité et la déontologie, on trouve sur Internet pléthore de promesse de divorce rapide et pas cher...

Il en va de ces promesses comme de celles de la grande distribution, c’est du marketing, il faut faire attention à ce qui n’est pas dit, sous-entendu ou pas fait du tout.

On sait aujourd’hui que les produits proposés par la grande distribution sont loin d’être l’équivalent des produits naturels et artisanaux, il en va de même de ces divorces discounts qui fleurissent au détour du net.

Quelques rappels

  • Une procédure de divorce, même par consentement mutuel, fait l’objet d’un jugement et l’on n’est pas libre de choisir le tribunal géographiquement compétent ;
  • Le délai pour obtenir une audience devant le tribunal ne dépend absolument pas de l’avocat, ni du client, mais de l’état de retard ou non de l’administration du tribunal, qui varie éminemment dans le temps. Si vous n’avez pas de chance et que le tribunal dont vous dépendez est surchargé vous pouvez attendre une année (voire plus) avant d’avoir une audience et donc d’être divorcé... Il n’y a donc aucun moyen de vous divorcer plus vite...
  • Le divorce est un acte juridiquement complexe dans lequel on doit tenir compte à la fois de votre situation financière, patrimoniale et familiale au regard des règles mais aussi de vos desideratas et possibilités. Cela demande une expertise particulière. Il faut pour cela que vous puissiez avoir des entretiens avec un avocat dont la compétence et l’ancienneté sont avérés ;
  • En l’état actuel de la loi, un divorce se plaide, il faut donc que vous soyez assisté d’un avocat. Le juge a le droit, même dans un consentement mutuel, de ne pas accepter certains éléments. Il est donc important que l’avocat qui vous assiste à l’audience connaisse votre dossier ;
  • Certaines décisions prises lors d’un divorce sont définitives, si vous ne les avez pas bien comprises on ne peut plus jamais revenir dessus ;
  • D’autres sont modifiables mais sous conditions, si vous n’avez pas vu toutes les solutions, cela peut être compliqué d’obtenir un changement ultérieur.

Alors si vous êtes alléchés par ces publicités, lisez-les bien.

Divorcez à partir de x mois et y euros... À partir de, eh oui, si vous habitez dans une région dont le tribunal est sinistré par la surcharge de travail, vous subirez comme tout le monde les délais. En outre pour bénéficier du tarif il ne faut ni enfants, ni biens, ni difficultés, être d’accord sur tout, tout seul, sans même connaître les alternatives en amont, ne pas avoir de comptes à faire ou à partager ni de dettes l’un envers l’autre...

Enfin, votre dossier sera traité sur formulaire, et si vous êtes reçu par un avocat, cela risque fort d’être un « perdreau de l’année », jeune avocat frais émoulu...

Faire appel au low cost est un choix, mais il faut en comprendre et en connaître les tenants et les aboutissants et bien savoir ce que l’on risque.

Serez-vous reçu par un avocat, quel sera son âge, son ancienneté au barreau, sa spécialisation ?
Qui vous assistera lors de l’audience, cet avocat connaîtra-t-il votre dossier, quel sera lui aussi son âge, son ancienneté au barreau, sa spécialisation ?

Démosthène l’a dit bien mieux que moi : « Regardez comme quelque chose d’onéreux non ce qu’il vous en coûte pour vous ... mais ce qu’il vous en coûtera pour ne pas être défendu. »

Me Brigitte BOGUCKI, spécialiste en droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine, Professionnel collaboratif
Avocat à Paris et Lille http://www.cyber-avocat.com -
http://www.adr-avocat.com

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Vos commentaires

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  • Dernière réponse : 8 octobre 2016 à 15:27
    Le 24 septembre 2016 à 11:59 , par une jeune consoeur
    Confraternité

    C’est bien connu les jeunes avocats sont tous des perdreaux de l’année. Confraternité, délicatesse et modération : si les braconniers du droit ne connaissent pas la déontologie, vous oui, en principe.

    • Le 8 octobre 2016 à 15:27 , par EDITH Rossetti
      Perdreaux de l.année

      Les perdreaux de l’année sont souvent plus savoureux que de vieilles carnes.Quel mépris pour ces jeunes confréres.Je n’apprécie pas cet argument....s

  • Le 5 octobre 2016 à 09:22 , par Dominique DEBUT

    au moins les choses sont claires
    merci pour ce bel article qui devrait être affiché dans toutes nos salles d’attente !