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Le Mentorat, nouvelle tendance pour les professionnels du droit ?

En France, chacun connaît le terme de mentor, pourtant les programmes de mentorat semblent inexistants dans le milieu du droit, ou à tout le moins ils ne sont pas (encore) institutionnalisés.
Cependant, la situation évolue sensiblement, notamment en ce qui concerne les avocats et les juristes d’entreprise...

Le mentorat est une relation solidaire et bénévole entre un « mentor » expérimenté et un « mentoré » en demande d’écoute, de soutien ou d’évolution. Cette relation en « binôme » est fondée sur des transferts d’expérience, de savoir-faire, de savoir-être et de la spontanéité.
Le mentorat peut être « informel » pour favoriser l’accomplissement personnel mais il peut aussi être « organisé » entre pairs (pour des étudiants, enseignants, entrepreneurs…), ou « formalisé », à l’intérieur d’une entreprise (on parle alors de programmes de mentorat) pour contribuer à la productivité des organisations.

I. La place du mentorat en France de façon générale.

Au niveau national, le mentorat existe principalement au sein des écoles de commerces et des grandes écoles comme par exemple HEC qui par le biais d’ HEC Alumini (association de tous les diplômés d’HEC) propose un programme de mentorat.

L’Etat reconnaissant les avantages engendrés par les programmes de mentorat au sein des entreprise a mis en place en 2013 une charte nationale du mentorat entrepreneurial afin que cette notion se généralise à l’ensemble des entreprises françaises.
Selon un article des Echos de janvier 2014, 71% des dirigeants d’entreprise ayant mis en place un programme de mentorat au sein de leur société disent avoir amélioré les performances de leur groupe. Malgré tout, l’usage du mentorat reste marginal en France.
Des programmes de mentorat sont mis en place par certaines Chambres de Commerce et de l’Industrie (CCI).

II. Le mentorat dans le monde du Droit et plus particulièrement celui des avocats.

Contrairement à nos "cousins" Québécois où le mentorat fait partie intégrante de la vie des avocats, sur l’ Hexagone, cette forme d’entre-aide professionnelle est peu développée, mais cet état de fait est en train de changer.

Au Québec, le mentorat constitue une activité de formation et ce dans le cadre de l’obligation de formation continue, depuis 2013.
Pour exemples :

  • le barreau de Montréal dispose d’un service de mentorat pour les avocats en partenariat avec l’Association du jeune barreau de Montréal. Le but de ce service est de briser l’isolement de certains avocats en mettant à leur disposition une relation d’entre-aide d’une durée de 6 mois minimum. Cette relation sert les deux parties et renvoie une image positive de l’entre-aide professionnelle au sein de la communauté juridique et à l’ensemble de la population.
  • le barreau de l’Ontario : l’association du barreau de l’ Ontario offre à ses membres l’occasion de partager leurs expériences et d’établir des rapports à long terme entre mentors et mentorés.

Et en France ? Plusieurs actions sont menées au sein de la communauté des avocats et des juristes pour développer le mentorat. 

Pour illustrer cette tendance la rédaction du Village de la Justice a recueilli le témoignage de Me Valérie Duez-Ruff, avocate aux barreaux de Paris et Madrid, Membre du Conseil de l’Ordre de Paris. Elle a mis en place des conventions de mentorat dans le cadre de l’association Femmes & Droit.

Me Duez-Ruff, pour quelles raisons vous êtes-vous lancée dans le mentorat ?
En réalité, je n’ai pas cherché à être mentor, considérant que d’autres personnes étaient bien plus légitimes que moi pour ce faire. Mais lorsque Women Tomorrow m’a sollicitée, j’ai été ravie de participer à l’aventure, ce d’autant que je mettais moi-même en place des conventions de mentorat au sein de l’association Femmes & Droit depuis fin 2012. La possibilité de partager et de transmettre mon expérience afin d’aider d’autres personnes à concrétiser et réussir leurs projets a été un véritable moteur.

Vous-même avez-vous bénéficié d’un mentor ?
Pendant ma campagne pour les élections au Conseil de l’Ordre de Paris, j’ai pu compter sur l’appui de Madame Geneviève Augendre et surtout de Madame Véronique Tuffal-Nerson, dont les avis et conseils ont toujours été précieux et m’ont confortés sur l’utilité voire la nécessité de développer les conventions de mentorat.

Pouvez-vous décrire votre expérience du mentorat ?

La convention de mentorat que j’ai mis en place est fondée sur trois particularités : en premier lieu d’être basée sur l’accomplissement d’un projet (par ex. : création d’un cabinet, rédaction d’un ouvrage, campagne aux élections au Conseil de l’Ordre) plus que sur une durée. En second lieu, elle doit reposer sur un échange entre la mentor et la mentorée, considérant que l’apport peut être mutuel et réciproque entre les connaissances de chacune. Pour qu’une liberté totale s’instaure entre les parties, il convient qu’aucune relation de dépendance (financière ou hiérarchique) n’existe. Enfin la mentorée doit prendre l’engagement qu’une fois la convention terminée, elle devienne à son tour mentor.


Quel regard portez-vous sur le mentorat en France ? Doit-il, peut-il se développer au sein des barreaux français comme c’est le cas au Québec ?
Je suis convaincue de l’utilité du mentorat, particulièrement pour les grands barreaux, comme Paris ou Lyon dans lesquels l’anonymat et l’isolement rendent plus difficile le recours à une aide ou à des conseils bienveillants. Ils sont pourtant nécessaires à chaque étape de la vie professionnelle : lorsqu’on commence son activité, qu’on cherche à s’installer, à s’associer ou pour une multitude d’autres motifs. A plus forte raison que nous savons que le contexte économique actuel pousse les avocats à consacrer moins de temps aux collaborateurs pour les former et les accompagner vers l’installation. D’une certaine façon, le mentor se substitue à l’ancien maître de stage.

Autre action à souligner, celle de l’ Association Avocats Conseils d’ Entreprise (ACE), présidée par Mme Catherine Peulvé qui lance un programme de mentorat de l’ACE afin de développer un accompagnement professionnel sur mesure des jeunes avocats ou futurs avocats, en mobilisant les compétences d’avocats expérimentés. Il sera basé sur la création de binômes.

De même, au sein du Cercle Montesquieu la Commission "DJ au féminin" a conçu un programme de mentoring pour 21 étudiantes en droit, issues des principales formations en droit : Paris I, Paris II, Ecole de droit de Sciences Po, Majeure Droit d’HEC et HEAD.

Autre forme d’entre-aide professionnelle mise en place par certains cabinets d’avocats qui peut se rapprocher du mentorat, le "parrainage d’étudiant". Le principe : un membre du cabinet conseille un étudiant sur une durée déterminée, en quelque sorte devient son mentor.
En exemple le cabinet d’avocats Ngo Cohen Amir-Aslani & Associés.

Au regard de ces actions et du témoignage de Me Valérie Duez-Ruff, il semble important que le mentorat se développe dans le monde du droit afin de rompre l’isolement que peuvent rencontrer certains professionnels. Il représente un gain de temps, de qualité et donc d’efficacité dans la création d’un cabinet, la construction d’une carrière professionnelle. Le mentorat génère bien une amélioration de sa vie professionnelle.

Liens utiles :

Cercle Montesquieu : Commission "DJ au féminin"

Women Tomorrow est un site internet s’adressant aux jeunes femmes, et leur propose un webmentoring pour différentes professions dont celle d’avocate.

Cap mentorat existe depuis 2012, c’est une association qui tend à développer les actions de mentorat en France.

Alga : créé en 2005, cette structure met en place des programmes de mentorat.

Marie Depay,
Rédaction du Village de la justice.

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