Christophe ALBERT
Rédaction du village

 
  • 2966 lectures
  • 1re Parution: 2 mars 2021

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Guide de lecture.
 

ClubHouse, le nouveau réseau social qui parle de droit sans en avoir l’air...

C’est le retour de la voix ! Tendance forte depuis quelques mois, "le son" commence à tailler des croupières à l’écrit. Sur les réseaux et sites, nous rencontrons par exemple de plus en plus de podcasts, un "nouveau" format facile à lancer pour les créateurs de contenus, et une écoute qui semble trouver son public. ClubHouse est la suite logique puisqu’il s’agit d’un nouveau réseau social entièrement basé sur l’oral, qui fait le buzz ces temps-ci dans les cercles précurseurs... Le Village de la Justice vous dit tout sur ce sujet avec la #Teamlawyers, trois juristes utilisateurs et défricheurs.

Au coeur des raisons de cette tendance à l’oralité dans les contenus, on trouve une facilité "d’écriture", un ton et un contenu plus "détendus", moins formels, et souvent moins de travail de conception, le tout permettant une "information" plus accessible : l’oral semi-improvisé, comme souvent dans les podcasts, limite naturellement le jargon de par les échanges entre les interlocuteurs qui se complètent, et globalement on utilise à l’oral un lexique plus accessible qu’à l’écrit où les mots sont souvent façonnés avec précision... La qualité du résultat est variable - c’est aussi le cas de l’écrit, mais une chose est sûre, la relation est toute différente à l’oral, et cette proximité qui se crée avec l’auditeur lui-même peut servir le Droit.

Clubhouse vient à point nommé sur ce sujet. Il s’agit d’un nouveau type de réseau basé uniquement sur la voix et quelques fonctionnalités sur une application, pour l’instant uniquement compatible IOS (iPhone et iPad récents, mais l’ouverture vers Androïd est annoncée).
Lorsque vous ouvrez l’application, vous pouvez voir des « salles » ou « rooms » pleines de gens qui parlent et d’autres qui écoutent, salles toutes ouvertes pour que vous puissiez entrer et sortir à volonté, en explorant différentes conversations. Vous entrez dans chaque salle en tant que membre du public, mais si vous voulez parler, vous n’avez qu’à "lever la main" sur votre smartphone et les orateurs peuvent choisir de vous inviter à prendre la parole ou poser une question. Vous pouvez aussi créer votre propre salle et lancer votre discussion.
C’est un bon endroit pour rencontrer de nouvelles personnes, pour témoigner ou raconter des histoires, ou encore expliquer un sujet, poser des questions, débattre, apprendre et avoir des conversations impromptues sur des sujets très divers, comme l’expliquent les co-fondateurs de Clubhouse.

En quoi cela concerne le monde du Droit ? C’est que plus qu’une mode, c’est une petite révolution qui se profile sans doute, et la #Teamlawyers, une équipe de juristes très motivés, défriche le sujet depuis quelques jours et nous dit tout sur leur expérimentation et le potentiel qu’ils devinent.

La #Teamlawyers est constituée pour le moment d’Arthur Sauzé, ancien avocat désormais consultant en innovation et enseignant à l’EFB, Xavier Gattegno, Responsable Juridique au sein du Groupe Partouche (également créateur d’une legaltech et d’un podcast) et Benjamin Messika, avocat chez PWC et enseignant HEC / Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Tous trois ont rapidement adopté ClubHouse en ce début 2021, la vague déferlant juste sur la France... "Tout de suite nous est venue l’idée et l’envie de développer l’accès au droit pour les petites entreprises, une des premières audience du réseau, avec des discussions sur les startup et le RGPD ou bien le procès Sarkozy juste après l’annonce du verdict."

L’interface ClubHouse

Le principe général ? Un ou deux animateurs qui sont les experts qui posent le débat, un modérateur, 20 minutes environ de présentation des fondamentaux exprimés en langage clair, puis très vite des échanges avec la salle, pour une durée d’environ une heure.

"L’idée est de renouveler la pratique juridique, de donner une image différente de l’avocat, pas surannée, en prenant en compte la digitalisation des publics, largement constatée et développée depuis la pandémie 2020.
On touche ici de nouvelles audiences, par exemple les entrepreneurs des startups ou autres entrepreneurs qui n’ont pas accès à l’information juridique, qui ne sont pas accompagnés... Chaque salle est une occasion de transmission de la culture juridique, que l’on voudrait développer chez les entrepreneurs.

On pense avoir trouvé un public avec ce format de conférences didactiques, avec un format pas du tout rigide, dynamique, face aux webinaires un peu figés qui se sont répandus ces derniers mois" (il est fait ici allusion à la dynamique un peu figée de l’inscription à l’avance sur les webinaires, temps de parole assez long entre intervenants, parfois des questions mais gérées de façon un peu unidirectionnelle etc.).

Pendant 10-15 minutes on expose bien le sujet, puis les échanges commencent. Le ton et le langage se veulent accessibles à tous, c’est opérationnel, pratique."

Le son sans image est-il un avantage ? "Et bien sans la vidéo, on a l’impression que les gens prennent la parole plus librement qu’en visio : c’est moins solennel, les participants ont moins peur, et c’est aussi plus simple pour les organisateurs. Au final cela débouche sur davantage d’engagement et d’échanges."

Autre spécificité de ce nouveau réseau, directement lié à son lancement assez récent et son mode d’inscription (voir en bas de page) : "Il n’y a pas de but ou de discours commercial, c’est une spécificité de cette nouvelle plateforme, qui peut renouveler la mise en relation par une nouvelle approche et de nouveaux codes "dans l’air du temps" : le tutoiement par exemple qui est la règle et qui favorise la proximité, le ton on l’a dit non commercial, la courtoisie générale, les questions ouvertes à tous...
Les experts d’un sujet partagent, et les contacts suivants se font plutôt sur un autre réseau en complément, Linkedin notamment. Et ces mêmes experts deviennent dans une autre salle les auditeurs, au hasard des centres d’intérêt de chacun et au coeur d’une large communauté et d’un grand choix de sujets.
"

ClubHouse semble être un formidable moyen de renouveler l’accès au droit...

Revenons à notre domaine du Droit. Les avocats et juristes peuvent-ils investir cette plateforme ?
Pour la #Teamlawyers, c’est oui ! ClubHouse semble être "un formidable moyen de renouveler l’accès au droit (permanences juridiques, FAQ,...) et d’améliorer la sécurité juridique des startup en développant une vraie culture juridique. C’est aussi un moyen de créer de la confiance entre les justiciables et les avocats par une proximité de ton"... et donc pour suivre, de permettre à la fonction juridique de gagner en influence !

Incontournable question, et la déonto dans tout ça ? "On annonce dès le début qu’il n’y aura pas de conseil juridique, c’est de la sensibilisation et de l’information. Pas de prospection, mais plutôt une information qui débouchera peut-être sur des contacts Linkedin ou autre moyen de contact... ou pas. Et les questions des intervenants ne sont pas des demandes de conseil personnalisé, on est en public, on cherche à comprendre les principes et on ne raconte pas son problème personnel de droit".

"Pour le moment on est à la première étape de la relation-client sur ce réseau, on ne vient pas pour l’expertise mais pour la curiosité et l’intérêt pour un sujet...

"C’est plutôt de l’influence, de la mise en relation, de la constitution d’un carnet d’adresses."

Du coup il faut bien comprendre que les orateurs capitalisent sur la construction d’une communauté et pas sur les sujets ou thèmes. Les conférences sont instantanées, c’est plutôt de l’influence, une mise en relation, la constitution d’un carnet d’adresses qui permet de travailler ensuite de nouveaux sujets, de nouer des relations, imaginer des collaborations... On crée des "hubs" en fait, avec d’autres experts qui échangent dans d’autres salles ou d’autres membres du réseau."

Le futur ? "On teste, on verra comment ça va évoluer, l’intérêt est aujourd’hui pour le collectif et le Droit de favoriser le "réflexe juridique", qui demain débouchera peut-être sur plus d’affaires pour l’ensemble des avocats."

Tout est en effet encore à imaginer pour la suite, des salles de discussions proposées par un cabinet à ses clients, des pitchs de legal tech, des cabinets ou directions juridiques cherchant des stagiaires dans un job dating audio de présentation des associés...
"C’est aussi très intéressant en auto-formation, avec des salles multi-thématiques et complémentaires à l’activité des avocats (ex : le marketing, la relation-clients, l’acquisition de client, l’apprentissage d’outils de communication comme le podcast ou le site web...). On est à la fois expert et apprenant, ça ouvre des perspectives par la spontanéité des découvertes. Ça crée du réseau et du lien !"

Retenons que ce réseau plutôt d"early adopters" pour le moment (uniquement sur iOS et sur invitation...) qui s’appuie sur la parole, crée une relation différente d’autres réseaux ou outils plus formels, voire crée une relation de confiance différente : "Oui ce réseau est "cool", donc plus proche des utilisateurs, et finalement les avocats se révèlent plus sympas que ce que de nombreuses personnes pensent. On entre par le sujet, l’intérêt. On désacralise le professionnel du droit, et la notion d’autorité sur ce réseau ne vient que de la légitimité du moment, c’est-à-dire l’intérêt de ce que l’on dit"...
Tout cela constitue une bonne base pour développer la proximité évidemment.
Et en cela ce réseau a une place dans la démarche actuelle du droit, même s’il pose des questions sur l’utilisation des données personnelles - à ce sujet nous vous invitons à la prudence élémentaire, ce réseau étant encore en dessous des standards européens de la conformité semble-t-il...

Quoi qu’il en soit il est fort possible que d’autres initiatives plus accessibles deviennent majeures sur ce modèle, comme le développe Twitter en ce moment (ou d’autres réseaux, Facebook est sur le sujet notamment).

S’inscrire à ClubHouse ?
ClubHouse est encore en accès très limité : il vous faudra avoir un smartphone ou un iPad sous iOS (récent en plus), mais la version Androïd devrait arriver bientôt.
Ensuite il vous faudra être parrainé par un membre pour entrer sur le réseau, c’est ce qui fait que ce réseau fait le buzz : la recherche d’être dans les happy few de cette communauté plutôt élitiste pour le moment. Il y a tout un système de contrôle social (parrainage, bannissement possible...) qui participe à la fois à créer les codes de l’utilisation... mais aussi la rareté d’accès.

Au-delà des précurseurs que nous vous avons présenté ici, il y a de plus en plus de professionnels du secteur du droit sur le réseau, de la Legaltech aussi, et les étudiants y arrivent...
Un réseau à suivre.

Christophe ALBERT
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