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Comment devient-on "Juriste de demain" ?

Blockchain, Legaltech, intelligence artificielle, open data... et si demain ces termes s’enseignaient dans les facultés de droit ? Hypothèse encore farfelue il y a quelques années, l’association de compétences entre le droit et le numérique est de plus en plus prisée par les cabinets d’avocat et les directions juridiques, soucieux de dénicher la perle rare. Face à une certaine passivité universitaire sur cet aspect, plusieurs initiatives privées ont vu le jour, permettant au juriste d’acquérir des connaissances pratiques bien utiles dans le monde professionnel.
Le Village de la Justice vous livre ici des pistes pour devenir un "Juriste de demain".

« Nous, comme bon nombre de Legaltech, rencontrons des problèmes de recrutement. La startup cherche des juristes très formés au numérique... On s’est aperçu qu’il est très dur de trouver les profils qui répondent à nos attentes, alors nous avons proposé de former les acteurs du droit en formation continue ».
En quelques mots, Thomas Saint-Aubin, directeur général de la Legaltech Seraphin Legal, résume le désarroi du monde professionnel face à la pénurie des "juristes de demain", terme utilisé pour décrire les professionnels du droit habiles avec les outils numériques.

Pourtant la création de Seraphin Legal répondait au besoin de repenser le droit dans son nouvel environnement numérique.
En somme, son objet consiste à aider les cabinets d’avocats à avoir une présence fructueuse sur internet (réalisation de la maquette du site, création de service juridique en ligne etc) et à former leurs employés aux transformations numériques de leur travail.

Or, la demande croît de plus en plus chez les juristes soucieux de se mettre à la page au niveau de la technologie, à tel point que Seraphin Legal a décidé de lancer une formation aux enjeux de la Legaltech, séminaire ouvert aussi bien à l’étudiant en L1 qu’à l’avocat qui a plus de 20 ans d’expériences. Cette diversification des activités a automatiquement impliqué un renforcement de l’équipe.

La formation en Legaltech est en passe de devenir une nécessité professionnelle...

Il faut dire que la formation en Legaltech est en passe de devenir une nécessité professionnelle, dans une justice qui semble avancer à grands pas vers la numérisation, à croire les dispositions du projet de loi de programmation et de réforme de la justice présenté en avril 2018 par le gouvernement. Ce constat, additionné à une formation académique jugé trop théorique par les étudiants, explique la demande grandissante du marché pour des formations en Legaltech. Des startups et des collectifs se sont engouffrés dans la brèche, et proposent désormais des formations novatrices dans ce milieu.

Des initiatives privées prometteuses et ambitieuses pour se former en Legaltech.

« Le numérique implique de repenser le rôle du juriste. Dès lors, de nouvelles formations et un socle de compétences renouvelé sont indispensables pour lui permettre de prendre toute sa place dans la société de demain ». Les mots sont limpides, la construction, claire. Ils sont signés par l’association Open Law* le Droit Ouvert, qui regroupe des professionnels du droit, invités à réfléchir au sein de cet espace d’échange et de travail autour de la place et de l’exercice du droit dans des sociétés de plus en plus numérisées.

Bien imprégnés de la thématique de la place du numérique dans le droit, ses membres ont lancé en avril 2017 le programme « Former les juristes de demain », qui devrait aboutir à terme à la mise en place de dispositifs concrets (Mooc, module d’apprentissage en ligne, méthodologie de simulation, livret méthodologique etc.).
Ces produits seront accessibles à tous, conformément à la philosophie d’Open Law.

Donner les clés au juriste pour comprendre les enjeux de demain.

Leur approche choisie se veut pluridisciplinaire et interprofessionnelle, et ce afin d’élargir les perspectives de formation du juriste. In fine, le projet (ouvert à tous) porté par l’association, vise à « donner les clés au juriste » pour exercer sans contraintes dans une société de plus en plus numérique et numérisée.

S’il ne s’agit pas à proprement dit d’une formation au sens classique du terme, ce cycle de réflexions et de travaux permet au juriste d’acquérir des connaissances théoriques et pratiques sur la question à travers un échange continu avec des professionnels venant d’horizons divers.

Toujours sur le thème de démarche pluridisciplinaire visant à familiariser les juristes avec les nouvelles technologies, le Village de la Legaltech réunit professionnels du droit, étudiants et entrepreneurs concernés par les aspects innovations et technologies appliquées au Droit. La troisième édition de l’événement se tiendra les 27 et 28 novembre prochains à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris.

A côté de ces initiatives associatives et interprofessionnelles, d’autres enseignements, plus classiques, sont préparés par des startups et entreprises privées, à l’instar de ce que propose Seraphin Legal.
La startup propose aux candidats sélectionnés de suivre la "Legal Tech Lawyer Academy", une formation certifiée Afnor, axée sur le volet pratique, pour les habituer à manier les logiciels. Elle envisage d’intégrer dans un avenir proche des modules de Blockchain, de Langage juridique clair et de RGPD.

« Les premiers retours que l’on a à l’égard de la formation sont très positifs, les participants nous ont affirmé qu’ils ne regarderaient plus jamais le droit de la même façon, ils estiment avoir changé », se félicite Thomas Saint-Aubin. "Il faut savoir qu’il s’agit de sessions très ramassées, très chronophages et vraiment axées sur le volet pratique avec une forte utilisation des logiciels et des ordinateurs ».

Souvent présentés comme un frein à la formation professionnelle avec les contraintes de temps, les coûts de celle-ci (Il faut compter de 950 euros en formation initiale à 5.000 euros en formation continue pour la Legal Tech Academy) peuvent être remboursés par des dispositifs de financement prévus par la loi. Si le dispositif est complexe de par les conditions de sa mise en place, il permet néanmoins de bénéficier de formations à moindre frais.

La formation professionnelle : un droit accessible financièrement pour les plus tenaces !

La législation relative au travail garantit, sous conditions, au fonctionnaire, salarié ou les personnes exerçant sous le régime libéral le droit à suivre une formation professionnelle, tout en gardant leurs revenus. Autre avantage et non des moindres, les frais de formation, d’hébergement et de transport peuvent être remboursés via des fonds consacrés à cet effet.

Braver des obstacles administratifs pour se former en Legaltech.

Les salariés ont droit à deux mécanismes de formation à savoir, le Congé individuel de formation et Compte personnel de formation.

Pour le premier mécanisme, il a été institué par le décret n°84-613 du 16 juillet 1984. Il s’agit d’un droit accordé au salarié pour s’absenter pour suivre une formation professionnelle.
Si le salarié est en CDI, il doit nécessairement avoir exercé depuis au moins 2 ans (consécutifs ou non), dont un an dans la même entreprise. Pour le salarié en CDD, il doit justifier d’une activité salariale de deux ans minimum (consécutifs ou non), au cours des 5 dernières années, dont 4 mois en CDD la dernière année.

Il est à noter que l’employé, doit déposer sa demande auprès de son employeur 2 à 4 mois avant le début de la formation. Celui-ci dispose du seul droit de reporter momentanément le suivi de la formation pour motif de service ou effectifs simultanément absents.

Dès que l’autorisation d’absence est validée par son employeur, le salarié doit déposer un dossier de financement, à l’organisme auprès duquel l’entreprise verse sa contribution.

Le compte personnel de formation a une vocation universelle puisqu’il s’adresse à tous les actifs depuis la loi Travail de 2016. Il faut que le salarié procède à l’ouverture d’un compte sur le site https://www.moncompteactivite.gouv.fr/cpa-public/ qui recense les formations éligibles et indique le nombre d’heures de formation possible tout au long de la vie active, dans la limite d’un plafond de 150 heures.

Si la formation se déroule sur le temps de travail, le salarié devra obtenir l’autorisation de son employeur, 2 mois avant le début de la session si la formation dure moins d’un semestre et 4 mois avant si elle se déroule sur plus d’une demie année.

Enfin, pour les professions libérales, l’avocat associé ou le notaire à titre d’exemple doit effectuer une demande de prise en charge auprès d’un Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux (FIF PL).

Si les juristes désirant se former en Legaltech devront braver tous ces « obstacles administratifs » pour acquérir des connaissances pratiques, ils peuvent se consoler par le fait que lesdites connaissances ne sont pas demandées systématiquement dans les cabinets de recrutement, conscients de la déficience de la formation universitaire présentée et de l’aspect évolutif de ces compétences.

L’adaptation : clé de voûte de la réussite.

Ce constat est confirmé par Marie Hombrouck, chasseuse de tête, à Paris. « C’est certes pris en compte mais les recruteurs vont plutôt rechercher l’ouverture d’esprit », affirme la recruteuse. « Les défis juridiques de demain, on ne les connaît pas ! Tout est en train de se transformer, les directions juridiques ou les professionnels ont plus besoin d’esprits formés à encaisser de nouvelles évolutions, de nouveaux chocs que de ceux qui accumulent des connaissances. »

Nessim Ben Gharbia
Rédaction du Village de la Justice

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