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Juristes d’entreprise : comment gagner en influence en 2019 ?

Le campus de l’AFJE qui s’est tenu fin 2018 à Paris, a fait le point sur les dernières évolutions du métier de juriste d’entreprise. Augmentation des champs de compétences, mutation du travail et influence auprès de la direction ont été longuement débattus. Sur ce dernier point, une conférence, présentée par Isabelle Eray et Sarah Leroy, a eu pour objet de donner des conseils pratiques aux juristes d’entreprise pour gagner en crédit dans la vie de l’entreprise.
Le Village de la Justice a assisté à l’événement et vous présente les conseils pratiques prodigués par les intervenants.

« Avec toutes ces nouvelles activités, j’ai l’impression de me disperser dans mon quotidien ». A l’instar de la phrase prononcée par un intervenant du public lors de la conférence inaugurale du campus, les juristes d’entreprises s’interrogent sur leur nouveau quotidien. Avec la démultiplication des normes, la complexification de leur hiérarchie, l’entrée en vigueur du RGPD, la règlementation des nouveaux business models, ou la digitalisation du droit, ils se retrouvent avec de plus en plus de tâches et de domaines à couvrir.

Le juriste d’entreprise doit faire plus avec moins de moyens.

Surtout, ils font face à une pression de leurs directions qui leur demandent plus de productivité en un temps plus restreint. « Concrètement, on demande au juriste d’entreprise de faire plus, plus vite, mieux mais avec moins de moyens. C’est le concept de la direction juridique à plus-value », expliquent Elisabeth Monegier du Sorbier, Christian Harbulot et Véronique Chapuis-Thuault, lors de l’atelier « directeur juridique stratège : placer le droit en élément clé de la stratégie » qu’ils ont présenté conjointement.

Cette augmentation des tâches, les juristes d’entreprise entendent en tirer profit à travers l’acquisition d’une plus grande responsabilité au sein de l’entreprise.
L’objectif étant de mieux faire valoir leur travail, de sortir de l’ombre et de gagner en influence auprès de la direction et des clients.

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Conférence inaugurale du campus AFJE autour de la mutation du travail de juriste d’entreprise. (Crédits : Village de la Justice).

En gagnant en influence, ils ambitionnent légitimement d’avoir plus d’impact dans la vie de l’entreprise, de recevoir une meilleure rémunération financière, et d’être davantage inclus dans ses projets.

Mais pour bénéficier de ces avantages, les juristes d’entreprises doivent adopter une méthode pour mieux convaincre leurs supérieurs hiérarchiques, ainsi que les opérateurs avec lesquels ils traitent, de leur importance. Quelle stratégie adoptée alors pour gagner en poids ? Respectivement directrice juridique, fiscale, compliance et coach certifié, Sarah Leroy et Isabelle Eray ont tenté de répondre à cette question.

Comment influencer la direction ?

Pour les deux conférencières, il est important que les juristes soient d’abord conscients des attentes initiales de leurs dirigeants par rapport à leur travail.

« D’une manière classique, les dirigeants souhaitent être informés des failles juridiques et législatives, des risques d’insécurité juridiques et des nouveautés législatives et règlementaires », affirment Sarah Leroy et Isabelle Eray.
Une grille de lecture simplifiée, indispensable pour les dirigeants afin d’avoir toutes les données et choisir les solutions idéales. « Ils souhaitent disposer de clés pour mieux décoder la complexité du droit », poursuivent les deux spécialistes.

Les dirigeants veulent une vision dynamique du droit.

Cela étant, l’évolution de la pratique fait que les dirigeants ne se contentent plus d’exiger un compte rendu de la situation : ils veulent désormais des solutions. « Les directeurs d’entreprises veulent des propositions, une probabilité de risques et un chiffrage des gains et des pertes. Ils ont une vision dynamique et non statique du droit », analyse Sarah Leroy.

Partant de ce constat, Isabelle Leray conseille trois manières d’agir aux juristes pour répondre au mieux aux exigences de leurs dirigeants. « Il est important que les juristes pèsent dans la prise de décisions, conçoivent et expriment les arguments qui portent, et enfin créent de l’adhésion pour obtenir de la reconnaissance ».

I) Peser dans la prise de décisions.

Pour la coach certifiée, le juriste d’entreprise doit se mettre à la place du décideur quand il a une mission : de quoi a-t-il besoin ? Comment lui faciliter la décision ? « La solution doit être envisagée par le prisme de la stratégie d’entreprise, à la travers la prise en compte des enjeux et des objectifs de la société », détaille Isabelle Leray.
Dans le but de réaliser cet objectif, la coach estime nécessaire que le juriste expurge et simplifie les éléments qu’il transmettra à sa direction, afin que son message soit compréhensible et visible pour tous.
Également, le juriste doit se tenir informé des objectifs de la société, des moyens dont elle dispose, et de l’environnement dans lequel elle évolue, (nature du marché, position sur le marché, importance des concurrents).

II) Concevoir et exprimer des arguments qui portent.

Passée cette étape, il est important que le juriste conçoive et exprime des arguments détaillés et argumentés à ses dirigeants, affirme Isabelle Eray.

« Il est important que les juristes d’entreprise présentent des écrits structurés, sous forme de pages de synthèses et des notes techniques. Aussi, il faut qu’ils chiffrent les économies réalisées, les pertes évitées et les valeurs ajoutées ».

Pour Isabelle Eray, les juristes doivent illustrer visuellement leur raisonnement, leurs propositions et contre-propositions aux différentes problématiques.

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Schéma des conférencières illustrant un modèle de raisonnement du juriste à proposer aux dirigeants (Crédits : Campus AFJE.).

Isabelle Eray les appelle par ailleurs à proscrire les formulations et expressions négatives lors des réunions avec la direction, et de les remplacer par des tournures positives, lors de la présentation de contre-propositions. « Je conseille les juristes à entamer leurs réponses par « oui si », « c’est possible à condition que », c’est systématiquement valorisé par les dirigeants ». Cette posture est également à adopter avec les opérationnels, poursuit-elle.

III) Créer l’adhésion et obtenir de la reconnaissance.

Dernière étape pour les juristes d’entreprise pour acquérir de l’influence auprès des décideurs, la mise en valeur des résultats du service juridique. « A ce stade, il est important que les juristes fassent de la communication. Il faut absolument qu’ils valorisent leurs actions et les résultats de leurs services  » affirme Isabelle Eray.

De ce fait, des notions de marketing et de communication deviennent indispensables pour les juristes, ce qui pose la question de la nécessaire pluridisciplinarité dont ils doivent se faire prévaloir aujourd’hui.

Comment influencer les opérationnels ?

Par opérationnel, les deux conférencières entendent tout professionnel de la vente ou client commercial de l’entreprise.

Vu son importance dans la pérennité de toute société, Sarah Leroy conseille au juriste de nouer des relations privilégiées avec cet acteur.

Pour ce faire, il est impératif que le juriste travaille sur son image. En effet, s’il dégage auprès des clients une image de pompier, rigide, théoricien et de gardien du temple, ces derniers lui reprochent sa lenteur et son manque d’orientation business.

Pour gagner en influence auprès des opérationnels, Sarah Leroy estime que le juriste d’entreprise doit entreprendre un certain nombre d’actions pour améliorer son efficacité. « Il serait utile que le juriste aille à l’essentiel sans donner beaucoup de détails sur le raisonnement, qui peut ne pas intéresser le client ». L’idée serait qu’il réduise le temps de traitement du dossier. Dans la même optique, les solutions et options possibles doivent être présentées de façon synthétique et simplifiée.

Parmi les autres conseils distillés, le fait de sortir du bureau, d’accompagner le client sur le terrain, de clarifier et d’exprimer le but commun.

Nécessité d’améliorer le fonctionnement des services juridiques.

Pour gagner en efficacité, et donc en influence, Sarah Leroy et Isabelle Eray appellent les juristes d’entreprises à « industrialiser » leurs services. L’idée est d’identifier les tâches juridiques reproductibles, afin d’automatiser les contours des réponses, et in fine, gagner du temps dans le traitement des dossiers. Cette plus-value temporelle est particulièrement valorisée par la direction et les clients estiment les deux expertes.

Les services juridiques doivent être "industrialisés".

Les deux conférencières incitent également les directeurs juridiques à assurer l’évolution des membres de leurs services, en leur offrant des formations périodiques sur toute l’année. Aussi, des bilans réguliers sur le rendement du service devront être effectués pour évaluer le fonctionnement de la structure.
Enfin, un plan stratégique sur trois ans doit être mis en place pour fixer les objectifs du service.
Le plan comprend les missions, le champ d’intervention et les moyens mis à disposition de l’équipe pour atteindre ces fins.

Mesdames, Messieurs juristes d’entreprises, vous savez ce qu’il vous reste à faire pour gagner en influence !

Nessim Ben Gharbia.
Rédaction du Village de la Justice.

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