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Les legaltech ne sont plus disruptives : elles sont nécessaires.

A leur arrivée en France, les legaltech ont effectivement marqué une rupture sur le marché du droit. Abordant d’une autre manière la prestation juridique, l’organisation des tâches et le rapport aux clients, elles se fondent également sur des technologies qui ont chamboulé de nombreux autres secteurs, ainsi que nos vies personnelles et professionnelles.
Mais le temps de la disruption est aujourd’hui passé, car la simple nouveauté aurait rendue le phénomène éphémère. Leur développement démontre qu’elles sont aujourd’hui nécessaires… surtout aux professions du droit.

Le marché des legaltech est en effet en pleine expansion, et ce de manière accélérée. Il s’agirait ainsi d’un des secteurs les plus prometteurs de la Tech, et les précurseurs dans le domaine s’organisent pour renforcer leur structure et leur offres, comme Legal F, réunissant les quatre start-up du droit qui ont intégré Station F. Ce développement n’est pas un hasard : si les projets et les offres se multiplient, se diversifient, c’est aussi parce que le marché auquel elles s’adressent arrive à maturité.

Si les projets et les offres se multiplient c’est aussi parce que le marché auquel elles s’adressent arrive à maturité.

Pour mieux comprendre cet état de fait, il faut dans un premier temps revenir au travail le plus juridique qui soit : la définition.
Que comprend aujourd’hui ce terme de legaltech ? Il désigne dans un premier temps l’ensemble des technologies au service du droit. Une définition aussi large qu’évasive, mais qui permet d’inclure un très grand nombre d’utilisations, de la rédaction d’actes à l’information juridique, des outils d’analyse aux services d’accompagnement destinés aux particuliers, ou encore des domaines comme la privacy tech (qui concerne la protection des données et de la vie privée), ou encore la civic tech (visant à favoriser le lien entre les citoyens et le gouvernement).
Mais « legaltech » désigne également un écosystème, qui ne se résume plus à des start-up (même si elles restent encore majoritaires). Les acteurs se diversifient tout autant que les services proposés, afin de répondre de plus en plus précisément aux multiples besoins de leurs cibles… la première étant les professionnels du droit.

Un phénomène qui impose aux jeunes générations de repenser leur rôle et la conduite de leur carrière.

Ceux-ci voient en effet leur environnement de travail changer. Les nouvelles exigences auxquelles ils doivent faire face créent chez eux de nouveaux besoins, par exemple en terme d’organisation. Il faut être plus productif, plus rapidement, et à un coût réduit, tout en voyant la quantité de tâches augmentée. Les legaltech représentent aujourd’hui un support indispensable pour en déléguer certaines, en automatiser d’autres, pour gagner du temps et se concentrer sur les fonctions les plus essentielles. Un phénomène qui impose d’ailleurs aux jeunes générations de repenser leur rôle et la conduite de leur carrière : dans les années à venir, ce type d’outils supplantera les fonctions support accomplissant les tâches les plus simples. Le stage ou le premier poste junior ne sera donc plus le même qu’aujourd’hui.
Ce n’est qu’une projection, qui n’a pas encore fait son chemin dans toutes les entreprises ou les structures du monde juridique. Mais elle est à prendre en compte, pour envisager son avenir et ne pas se retrouver au pied du mur.

Car les supports sur lesquels le juriste travaille ont déjà commencé à changer. Les documents juridiques sont digitalisés, et toujours plus nombreux. Il faut les organiser, les analyser, les mettre à jour, les partager, les diffuser… Autant de besoins que les legaltech facilitent, revenant au point de départ du cycle (vertueux ?) du gain de temps et de l’organisation.

Dernier point, mais qui reste majeur : la protection des nombreuses données qu’entraine cette digitalisation omniprésente. Les données les plus sensibles sont vulnérables. Les legaltech ont alors l’avantage d’être adaptées au monde juridique, incluant dans leur développement tous les impératifs de sécurité qu’impliquent les problématiques de confidentialité.

Il n’est donc plus l’heure de se demander si les legaltech sont une menace terrifiante pour le monde du droit. Elles ne sont plus un simple « phénomène », mais en font aujourd’hui partie intégrante, et créent des outils qui sont déjà indispensables aux acteurs traditionnels. Ce qui n’empêche pas de poursuivre la réflexion sur leurs avantages ou leurs inconvénients, les questions d’éthique ou leur respect des professions du droit… au même titre qu’il faut continuer à s’interroger sur la place grandissante que prend le numérique dans notre quotidien.
Car les legaltech sont aujourd’hui, comme le digital, incontournables.

Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

© image Village-justice.com.

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