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Devenez Magistrat, osez le concours de l’ENM !

Le concours de l’École Nationale de la Magistrature est réputé difficile, et pourtant certains le tentent (et le réussissent), pourquoi pas vous ? Certes, le chemin sera long et ardu, mais avec un parcours d’étude adéquat et de la préparation, ce concours peut devenir accessible. Le Village de la justice propose des pistes d’action et a recueilli les conseils de Sophie, Magistrate [1], pour vous aider à appréhender au mieux le concours de l’ENM.

Le métier de Magistrat est extrêmement riche et varié. Tout au long de sa carrière, un Magistrat pourra découvrir diverses fonctions telles que celle de Juge pour enfants, celle de Procureur, celle de Juge aux affaires familiales, celle de Juge des libertés et de la détention...Certaines des fonctions du Magistrat peuvent être difficiles voire dures, mais toutes sont passionnantes.

Devenir Magistrat(e) : la théorie.

Le Concours :

Pour devenir Magistrat(e), il faut passer le concours de l’Ecole Nationale de la Magistrature (ENM) à Bordeaux.
L’École organise chaque année trois concours d’accès à la Magistrature.

1er concours :
Être titulaire d’un diplôme bac + 4 (master I, diplôme d’Institut d’Etudes Politiques ou anciens élèves d’école normale supérieure) et être âgé de 31 ans au plus.

2ème concours :
Être fonctionnaire ou agent public depuis au moins 4 ans.

3ème concours :
Justifier d’au moins 8 ans d’activité dans le secteur privé et être âgé de 40 ans au plus.

Les candidats pourront tenter 3 fois le concours.

Pour l’année 2019, le dépôt de candidature est possible jusqu’au 14 mars, 17 heures (heure de Paris).  [2].

Attention : réforme des concours pour 2020.

Le décret relatif à la réforme des trois concours a été publié au début de l’année 2019.

Qualifiée de"réforme consensuelle (...) construite avec le monde universitaire, la magistrature, les auditeurs de justice, le jury des concours d’accès et les organisations syndicales" par Emmanuelle Perreux, directrice adjointe de l’ENM en charge des recrutements, de la formation initiale et de la recherche, elle s’articule autour des axes suivants :

  • actualiser les programmes ;
  • privilégier les épreuves permettant de vérifier les capacités de raisonnement des candidats ;
  • favoriser une certaine diversité des parcours universitaires à travers les options à choisir au moment de l’inscription ;
  • prendre davantage en considération le statut de professionnels en exercice des candidats des 2e et 3e concours.

L’ENM vous propose un comparatif des épreuves et des programmes sur son site.

La formation :
Le concours réussi, les lauréats suivront une formation rémunérée de 31 mois au sein de l’ENM à Bordeaux. Ils deviendront ainsi des agents publics de l’État et auront le statut d’auditeur de Justice.
Durant sa formation, l’auditeur de Justice recevra des cours théoriques et fera de nombreux stages pratiques au sien des juridictions et auprès de Magistrats, dans des cabinets d’avocats, en prison...
La formation est sanctionnée par un examen à l’issue duquel, un jury se prononce sur l’aptitude professionnelle du futur Magistrat et il détermine son rang dans le classement pour la sélection du premier poste. En fonction du poste choisi, l’auditeur de Justice suivra une nouvelle formation et un stage axés sur son affectation [3].

Devenir Magistrat(e) : la pratique.

Le concours de l’ENM est un des concours les plus difficiles en France. Pour l’année 2018, 350 personnes l’ont réussi. Sur ces 342 personnes devenues auditeurs de Justice, 245 personnes sont issues du 1er concours ; 28 personnes sont issues du 2ème concours, 6 personnes sont issues du 3ème concours et 71 personnes ont été recrutées sur titre [4].

Dans cette partie pratique, nous allons nous intéresser plus particulièrement aux étudiants souhaitant devenir Magistrat, donc aux personnes qui passeront le 1er concours de l’ENM. 

Voici quelques conseils :

  • Anticiper le concours : les étudiants qui envisagent de se présenter au concours de l’ENM, doivent s’y préparer au moins un an avant. La préparation à ce concours est comme une course de fond, qui nécessite des connaissances et une réflexion globale sur la Justice et le Droit. Il faut travailler régulièrement et avoir de la rigueur (les Instituts d’études judiciaires dispensent à ce titre de bonnes préparations).
  • Avoir une bonne culture générale : la culture générale est peu ou pas du tout enseignée dans les facultés de Droit. Malgré tout, on peut l’acquérir par soi-même. Pour cela il faut avoir un esprit ouvert, lire beaucoup d’ouvrages classiques et de culture contemporaine. Les Instituts d’études politiques (IEP) sont réputés pour transmettre cette culture générale et cet esprit d’ouverture (plus que les facultés de Droit).
  • Avoir un esprit d’analyse et de synthèse : pour ce concours en plus des connaissances en Droit, il est demandé d’avoir du recul ainsi qu’ un esprit de synthèse et d’analyse. Cet esprit là est plutôt transmis par les IEP.
  • Passer par un Institut d’études judiciaires : que les étudiants aient eu un parcours en faculté de Droit ou dans un IEP, même si cela n’est pas obligatoire, il est fondamental de présenter le concours en étant passé par un Institut d’Etudes Judiciaires (IEJ). La plupart des facultés de droit disposent d’un IEJ. Ces derniers offrent aux candidats une préparation intense, ponctuée de concours blancs organisés pour les mettre en condition. En générale, la période d’inscription dans un IEJ se clôt à la fin septembre de l’année précédant le concours. Pour certains IEJ, le recrutement se fait sur dossier. Pour les étudiants qui souhaitent impérativement savoir quel est le meilleur IEJ, pour vous donner une idée, vous pouvez consulter le document de l’ENM présentant le profil des candidats ayant réussi le concours dont leur parcours d’étude.
  • Suivre une classe préparatoire : en complément aux IEJ, certains étudiants suivent une classe préparatoire au concours et les résultats au concours leur donnent raison. Ces classes préparatoires peuvent-être publiques ou privées et représentent un coût certain qui peut être vu comme un investissement sur le long terme. Pour ceux qui n’en ont pas les moyens, l’ENM propose des classes préparatoires au concours pour les étudiants issus de milieux défavorisés (classes préparatoires de l’ENM).
  • Faire des stages : durant son cursus d’étude, il est essentiel de faire des stages en juridiction ou en lien avec la Justice. Cela peut faire la différence notamment lors des oraux. L’ENM propose d’ailleurs un dispositif pour permettre aux étudiants qui préparent le concours de faire des stages en juridiction.

Témoignage d’une Magistrate.

Sophie, quels conseils donneriez-vous à un étudiant en Droit souhaitant devenir Magistrat ?

"Concernant mon parcours universitaire, suite à un bac+4 en Droit, j’ai suivi les cours de l’IEJ de Grenoble (recrutement sur dossier). Je n’ai pas fait de prépa. privée, mais j’ai pu bénéficier des cours d’une connaissance qui, elle, avait fait l’ISP de Paris (bonne prépa, mais très chère).

Un étudiant qui voudrait passer le concours de la magistrature doit en premier lieu s’assurer que c’est bien la profession de Magistrat qu’il souhaite exercer. C’est un métier passionnant dans lequel on ne s’ennuie jamais, mais qui demande beaucoup de force sur le plan psychologique. Nous sommes confrontés régulièrement à la violence, à la misère, à beaucoup de ressentiment, et parfois à ce qui se fait de pire chez l’être humain. Il est essentiel de s’y préparer parce que ça secoue parfois.

Une fois ce point acquis, voilà le plan d’attaque :

  • s’y prendre à l’avance : une préparation de concours, c’est environ 1 an ;
  • se faire un planning précis semaine par semaine, pas trop chargé pour ne pas s’écoeurer et s’y tenir ;
  • aller aux audiences pour se motiver : la motivation représente 50% du boulot accompli ;
  • faire des stages : le plus possible car cela peut-avoir une influence aux oraux (tribunaux, cabinets d’avocat, commissariats, services de probation, greffe des tribunaux, centres de soins en lien avec les suivis judiciaires etc...) ;
  • se tenir informé de l’actualité et développer un oeil critique sur celle-ci (par exemple,pour l’année 2015 par exemple, il fallait avoir de solides connaissances sur le terrorisme, sur l’islam radical, sur l’islam de France, sur la position de chaque pays du monde arabe sur le terrorisme, sur la guerre en Syrie, qu’est-ce que DAESH ; les accidents d’avion, les changements de cartes électorales, le FN et ses implications, les ouvrages polémiques, le féminisme, etc.) ;
  • approfondir sa culture générale : il est essentiel de lire une presse de qualité, et de balayer l’ensemble de la presse d’opinion (du nouvel Obs au Figaro, on digère cette masse d’information et on se fait sa propre idée) ;
  • lors des moments de raz le bol, penser "loisir efficace" : si on va au cinéma, autant aller voir un film d’auteur dont on parle plutôt que le dernier "Schwarzy"... ;
  • se reposer et faire du sport pour se vider la tête ;
  • dans les moments de doute, se faire rebooster par un collègue, ou aller aux audiences publiques.

... Et bien sûr, se dire que sur 100 candidats de reçus au concours, 4% l’auraient eu de toute façon car ils sont brillantissimes, 1% ont eu une chance incroyable, et les autres sont des gens normaux (comme moi) qui ont bossé, et qui étaient très motivés. Alors hauts les coeurs !"

Liens utiles :
Le site de l’Ecole Nationale de la Magistrature.
Le site du Ministère de la Justice.
Document ENM : Profil de la promotion 2017 des auditeurs de Justice issus des 3 concours d’accès et du recrutement sur titre.

Marie Depay,
Rédaction du Village de la Justice.

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Notes :

[1Sophie, Magistrate depuis 2005 et vice-présidente d’un TGI dans le Sud de la France.

[2Voir la page dédiée sur le site de l’ENM.

[3Voir le site Onisep.


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