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Le processus de médiation familiale.

Par Alain Bouthier

Le médiateur familial permet la déconstruction des conflits et des contentieux du couple conjugal, et favorise le maintien du couple parental. La réorganisation familiale qui touche les enfants entraîne souvent des conflits avec un risque de rupture de liens de l’un des parents, ou le risque de voir les enfants pris comme otages.

Au cours d’un processus de médiation familiale, la parentalité est abordée avec la recherche de la pacification du dialogue et des relations interparentales, jusqu’à l’élaboration d’un accord dans l’intérêt de l’enfant.

C’est presque toujours une mésentente dite conjugale qui va conduire des conjoints à chercher un remède à leur séparation. Ou bien les conjoints font le choix de la séparation de fait sans y être autorisés par une décision judiciaire, ou bien, à la demande d’un conjoint, un juge peut autoriser la dissolution ou le relâchement du lien conjugal et prononcer alors le divorce ou la séparation de corps.

Cependant, qu’ils soient mariés, concubins, pacsés, la déconstruction du couple est souvent conflictuelle et appelle à consulter le corps médico-social et le corps judiciaire. Dans les nouvelles formes d’unions se développent de nouveaux types de conflits conjugaux que l’institution judiciaire ne peut régler seule, car les conjoints qui se séparent placent souvent en principal enjeu la relation de chaque parent avec l’enfant.

Que les naissances aient eu lieu hors du mariage ou non, que l’enfant soit en adoption simple ou plénière, la relation entre parents est celle qui veut être préservée avec l’enfant après leur séparation conjugale. La filiation est le lien de droit qui unit l’enfant à son père et à sa mère.

Du fait de l’établissement de ce lien de filiation, l’enfant entre dans la famille, s’inscrit dans un ordre généalogique, s’insère et s’identifie au sein d’un groupe familial. Cette filiation produit des effets juridiques variés et importants, tant en matière extrapatrimoniale (le nom) qu’en matière patrimoniale (l’obligation alimentaire).

Le droit se préoccupe des relations entre l’enfant mineur et ses parents. En raison de sa faiblesse, l’enfant a besoin d’être protégé, doit être élevé, aussi bien pour son épanouissement personnel que pour favoriser son intégration dans la société, par ses père et mère, ses deux parents, qui doivent participer pleinement à son éducation et assurer son entretien, et de ce fait, exercer l’autorité parentale.

Cette recherche de la parentalité, du fait de l’évolution des textes qui confèrent aux parents une reconnaissance de leur statut de détenteur de l’autorité parentale conjointe, fait grandir une forte demande de médiation familiale. Au travers de son processus, elle permet de prendre le temps nécessaire à l’élaboration des accords parentaux allant dans l’intérêt de l’enfant. Si besoin, ils peuvent être formalisés pour officialisation et homologation par le juge aux affaires familiales.

Quand arrivent la rupture et la séparation, les pertes qu’elles entraînent touchent tous les domaines investis par la relation, qui pour certains représente tous les investissements. L’écroulement qui s’ensuit est à la mesure de la difficulté à se retrouver seul sans son/sa partenaire et sans cette entité « couple » à laquelle on était identifié.

La réorganisation familiale qui touche les enfants entraîne souvent des conflits avec un risque de rupture du lien avec l’un des parents ou le risque de voir l’enfant otage du conflit.

La médiation familiale est donc une démarche d’accompagnement de la rupture et de la séparation du couple. Elle invite les personnes à entrer dans un processus qui leur permettra à la fois, en se déliant, de se différencier l’une de l’autre, de reconnaître l’autre comme différente de soi.

Des liens nouveaux vont apparaître. Au travers des étapes du processus, le médiateur familial accompagne l’émergence de l’individuation et de la pensée de chacun. La rencontre dialoguée, dans un cadre sécurisant devant un tiers, la reconnaissance des différences de points de vue et des ressentis, amènent la singularité de chacun dans la famille et peut transformer les relations entre les personnes.

Libéré des passions négatives, des troubles émotionnels et des altercations qui engendrent angoisses et colères, le couple conjugal, qu’il se réconcilie ou se délie, peut laisser place à la création d’un espace privilégié de dialogue responsable. Les deux parents dépassent leurs crises d’affect, leurs conflits intérieurs, partagent les responsabilités parentales, donnant un contenu vivant à la co-parentalité effective et à la co-responsabilité parentale.

Le médiateur familial aide les deux parents à retrouver le cap de leur autorité parentale conjointe et des prérogatives qui en découlent, à se comprendre et à communiquer sur des modes et avec des codes nouveaux, au lieu de les plonger dans des procédures judiciaires aux règles strictes et lourdes qui, parfois, s’éternisent et paupérisent davantage encore les situations familiales.

Dans l’intérêt de l’enfant à bénéficier de liens avec ses deux parents, le processus de médiation familiale et de pacification des relations parentales ouvre le vaste champ des possibles dans leurs existences respectives.

Basée sur l’autorité parentale conjointe, une autre forme de relation peut s’instaurer au fur et à mesure que le deuil de la relation conjugale avance et que les individualités des conceptions éducatives et des affects parentaux à l’égard de l’enfant s’affirment.

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