Rédaction Village de la justice

 
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  • Parution : 3 septembre 2012

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Guide de lecture.
 

Risques et opportunités du “Bring Your Own Device” (BYOD) pour les métiers du droit...

De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la tendance qui se propage très vite consistant à utiliser sur lieu de travail son “terminal” personnel (smartphone ou tablette par exemple). En mêlant usage perso et pro.
A la fois opportunité et risque, c’est de toute façon un fait. Avocats, juristes, notaires... Comment faire avec ?

Je préfère mon iPhone ou ma tablette au PC vieillissant - et tellement fixe - de mon cabinet.” Voici la formule fondatrice de la tendance qui voit les employés être de plus en plus nombreux à préférer travailler avec leur “terminal personnel”, qu’ils connaissent, maîtrisent et emportent partout.

A la fois présent à la maison et au bureau, mais aussi dans les transports et en week-end, ce terminal personnel est souvent un smartphone ou une tablette, chargée de numéros de téléphonies, emails, applications... personnalisé donc. Ils sont de plus en plus nombreux à préférer choisir leur outil de communication, et vous voyez désormais vos collaborateurs vous envoyer un mail avec leur smartphone perso ou suivre une réunion avec leur tablette.

Pourquoi ? Et bien ils préfèrent leur outil personnalisé et trouvent souvent que leur employeur va bien trop doucement dans l’adoption d’outils modernes (ils ont raison d’ailleurs, l’adoption par le grand public des smartphones et tablettes est effectivement plus rapide que dans nombre d’entreprises). Avant, on prêtait un ordinateur portable à un employé et il s’en servait un peu pour sa vie personnelle. Désormais c’est de plus en plus souvent le contraire !

Plus encore : la génération Y (celle née après 1980) considère à 70% [1] l’accès permanent à son réseau personnel comme un droit, et ne se sépare donc pas de son smartphone... et l’utilise en permanence, même au bureau, préférant ensuite fort logiquement utiliser un seul appareil.

Quant au cas particulier des avocats en collaboration libérale, ils sont déjà habitués à ce mélange des genres quotidien entre leur activité “professionnelle mais personnelle” et celle pour le compte du cabinet... Toujours difficile à arbitrer.

Plus globalement, les employés sont 59% [Etude BVA/Syntec 2012] en France à considérer le prêt d’un mobile professionnel comme une menace pour leur vie privée... En utilisant leur propre appareil, sans doute pensent-ils donc se mettre un peu à l’abri.

Ajoutons enfin que le développement des applications légères et pratiques pour la vie professionnelle et personnelle (suivi des trains et avions, bouchons, trajets, lecture rapide des mails etc) et les accès distants à des logiciels professionnels (bases de données juridiques, logiciels de gestion pour les avocats etc) favorisent aussi l’utilisation quotidienne des terminaux portables.

Opportunités pour l’employeur...

Evidemment en premier lieu la gratuité - pour l’employeur - de l’objet, qui a moins à gérer un parc, des investissements et de la maintenance... mais il serait malin et diplomate de montrer que l’on a noté cet engagement personnel et de participer, tôt ou tard, à la survie de l’objet... Si vous lui offriez en fin d’année un étui ?

Les responsables informatiques sont aussi globalement satisfaits de cette tendance, car finalement les utilisateurs connaissent parfaitement leur terminal et font peu d’appels à l’aide... et ces terminaux sont très faciles à utiliser pour la connexion internet par exemple. De fait, les collaborateurs sont souvent plus efficaces avec leur propre appareil qu’avec “le Blackberry-du patron-qui-l-a passé-à-son-collaborateur-après-3-ans-et-auquel-on-ne-comprend-pas-grand-chose”...

Et les risques ?

Revers de la médaille, le développement de l’informatique mobile (et donc notamment de l’utilisation mi-privée mi-professionnelle d’un terminal) suscite une forte augmentation de la délinquance numérique, et des risques. Si la tablette de votre collaborateur contient des mails confidentiels et qu’il part en vacances avec, comment protéger les données sensibles ?
Les applications malveillantes sont aussi légions sur les “appstores” des deux principaux acteurs, Google et Apple.
Le vol est toujours possible également... Une parade sera d’installer un logiciel permettant de bloquer à distance un appareil, mais le collaborateur l’acceptera-t-il ?
Bref, de quoi donner des sueurs froides aux responsables informatiques...

Risques d’organisation aussi : Cela peut très facilement amener l’employé à travailler n’importe où, n’importe quand... et les abus sont connus, du fait de l’employeur ou même de l’employé. Il faut savoir arrêter !

Risques juridiques encore : Lorsque la personne quitte son entreprise, son appareil personnel contient des informations professionnelles (clients, mails, enregistrements sonores...).
A qui appartiennent les données, qui va les évaluer et trier ensuite ? Comment apprécier le caractère personnel ou professionnel d’un contact sur un réseau social de type Viadeo ? [2]

La Cour de cassation a récemment cassé une décision de licenciement d’une salariée ayant utilisé sa machine à dicter personnelle à des fins professionnelles - l’employeur avait à tort écouté ces enregistrements en son absence [3].

Ce n’est qu’un exemple de décision, il s’en trouve plusieurs récemment montrant que l’objet personnel utilisé en entreprise n’est pas toujours jugé comme professionnel...

La solution sera probablement dans la démarche préalable qu’aura mise en place l’entreprise, qui devra donc être pro-active et claire. Si le collaborateur utilise son terminal personnel pour nouer des contacts professionnels avec l’accord - voire le soutien financier par des abonnements à Viadeo Premium par exemple - les informations seront plus facilement qualifiables de professionnelles et susceptibles d’être supprimées de l’appareil en fin de collaboration. A l’inverse, l’employeur qui fait comme s’il ne savait pas, risque gros... Comment pourra-t-il prouver quoi que ce soit et prouver un détournement de fichier client par exemple ?

La charte informatique est de ce fait encore plus nécessaire [4], la réflexion technique primordiale et le cloud devient quasi-incontournable [5].

Tendance à suivre !

Notes :

[1Une étude Fortinet (2012) annonce que 70% des 20 à 29% "considèrent le BYOD comme un droit”.

[5Voir un exemple en cabinet d’avocats : http://ds45.blogspot.fr/2012/05/vmwarev-view-se-met-au-byod.html

Rédaction Village de la justice

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