Par Loïc Tertrais, Avocat.
 
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  • Parution : 16 novembre 2020

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Guide de lecture.
 

L’avocat, un bon « anti-déprime » en période de confinement.

Pourquoi le dernier décret d’ urgence sanitaire [1] autorise-t-il les visites à l’ avocat ? On pourrait répondre sous forme de boutade : Parce qu’en période de confinement, l’avocat est un bon antidépresseur. Et si c’était vrai ?

Le premier confinement est tombé comme un coup de massue. Il a provoqué une certaine excitation, des réflexes de survie et la dose d’endorphine qui va avec. Il n’a laissé personne indemne. Des commerces ont fermé, des élèves ont décroché, des malades ont trépassé. Le deuxième confinement tombe comme un de ces mauvais rêves qui revient inexorablement hanter les nuits d’hiver. Il a un air de déjà vu. Le confinement désormais fatigue et charrie avec lui découragement et dépression.

Pour remonter la pente, il y a les promenades au grand air : mais elles sont limités en rayon et en temps. Il y a les amis : mais on ne peut plus les rencontrer.
Il y a le bon vin : mais on ne saurait en abuser. Il y a aussi les visites autorisées. Je recommande une visite à votre avocat. Quel motif justifie une telle consultation ? Votre santé mentale. L’avocat est un antidépresseur. Une heure de rendez-vous au contact de cet auxiliaire de justice constitue un très bon roboratif, un vrai régime anti-déprime.

A quoi cela tient -il ? A la nature de l’avocat. Elle est double : l’avocat est un combattant du malheur et un rêveur sacré.

L’avocat est un spécialiste de la calamité. Le conflit est son terrain de prédilection. Les épreuves fouettent son ardeur plus qu’elle ne le mettent à terre.

L’avocat est aussi un rêveur sacré car le droit est « la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité » [2].

Au combattant, on demande de transférer un peu de son souffle épique et de son enthousiasme indéfectible suivant l’expression de Churchill : « Il est sur cette terre des hommes à qui l’imminence du désastre et de la ruine procure une exaltation aussi farouche qu’à d’autres celle de la victoire » [3].

Au rêveur sacré on demande de donner un peu de l’espérance de ses procès homériques : « Mais le bon prince ne redoutait pas le méchant roi. Il s’élança en hâte sur le pont-levis en repoussant plus de cent gardes et puis, silhouette élégante et pleine de panache dans le soleil de cette fin d’après-midi, il bondit sur le balcon et lança son épée magique sous le mention du roi » [4].

Rencontrer son avocat ! N’y a-t-il pas meilleure ordonnance qui puisse exister en période de confinement ?

Notes :

[1Le décret 2020-1310 du 29 octobre 2020 (JO du 30.10.2020) autorise les déplacements « pour répondre à une convocation judiciaire ou administrative ou pour se rendre dans un service public ou chez un professionnel du droit ».

[2Jean Giraudoux -La guerre de Troie n’aura pas lieu -« Nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. »

[3Winston Churchill - Les Sautes d’humeur de Winston Churchill.

[4Extrait du film - Le Masque de Zorro.

Me Loïc TERTRAIS

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