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  • 1re Parution: 10 novembre 2021

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Guide de lecture.
 

[Nouvelle Parution] "Le candidat idéal."

"Les monstres n’existent pas". C’est le titre qu’avait choisi Ondine Millot pour son précédent ouvrage. Un titre déjà utilisé donc, mais qui cache derrière un sujet qui obsède l’auteure : celui de la violence des Hommes, de la genèse de celle-ci et des raisons qui peuvent pousser chacun de nous à la choisir comme seule issue. Un sujet qui est de nouveau central dans "Le candidat idéal", fruit d’une longue enquête au travers de laquelle la journaliste essaye de comprendre pourquoi Joseph Scipilliti, avocat au Barreau de Melun, a, le 29 octobre 2015, tiré à plusieurs reprises sur son confrère et Bâtonnier, Henrique Vannier.
Le Village de la Justice a interrogé l’auteure de cette enquête dont nous vous recommandons vivement la lecture.

C’est une histoire vraie. Reconstituée minutieusement, faits après faits, témoignages par témoignages. On pourrait l’oublier, dès les premières lignes, tant le caractère romanesque de cette histoire est fort.

29 octobre 2015, tribunal de Melun. L’avocat Joseph Scipilliti tire à bout portant trois balles sur son confrère, le bâtonnier Henrique Vannier, avant de retourner l’arme contre lui.
La journaliste Ondine Millot se trouve dans le tribunal à ce moment là. Dépêchée par son journal (Libération) pour couvrir l’évènement "à chaud", c’est finalement à plusieurs années d’enquête journalistique qu’elle va se confronter.

Car en interrogeant les proches et les confrères des deux avocats, l’auteure va vite se rendre compte que leurs parcours personnels et professionnels se ressemblent. Il lui faut alors comprendre : à quel moment la bascule s’opère-t-elle dans une vie et fait de vous un tueur ? Joseph Scipilliti aurait-il pu être la victime, et Henrique Vannier son bourreau ?
Comment finalement devient on "Le candidat idéal" ?

Ondine Millot se confie ici sur ses motivations à écrire ce livre et sur les gardes-fous qui lui ont permis de transformer un fait divers en une démonstration de journalisme.


Village de la Justice : Pourquoi pensez-vous que votre livre est nécessaire ?

Ondine Millot : "Le 29 octobre 2015, lorsque Joseph Scipilliti, avocat, est entré dans le bureau du bâtonnier de Melun Henrique Vannier, et a tiré sur lui trois balles de Beretta, durant huit longues minutes, à intervalles entrecoupés de conversation, j’étais présente au Palais de justice, à l’étage d’en dessous.

Ondine Millot

Immédiatement, le journal pour lequel je travaillais alors depuis 16 ans (Libération), m’a demandé d’enquêter et d’écrire un article dans la journée. J’ai fait ce que j’ai pu mais, ignorant tout des origines de cette violence, j’avais l’impression d’être incapable de dire ce qui s’était passé. Joseph Scipilliti, l’avocat, s’était suicidé dans le bureau du bâtonnier après les tirs. Il avait voulu emmener Henrique Vannier avec lui dans la mort. Ce dernier avait miraculeusement survécu. Ça, ce sont les faits. Mais les deux hommes se connaissaient à peine, ce rendez-vous professionnel n’était que leur second et, si l’hypothèse d’un harcèlement était évoquée, je ne connaissais aucun harcelé ayant voulu mourir en compagnie de son harceleur.

Quand une violence me paraît incompréhensible, inconcevable ou monstrueuse, comme dans mon précédent livre [1], à propos d’une mère infanticide, j’ai envie de tout faire pour essayer de l’expliquer. Pas de l’excuser, ce n’est pas ma place, à moi aucun tort n’a été fait. Mais d’aider à comprendre, de remonter aux origines, c’est un des rôles du journalisme. Dans l’idée de permettre peut-être d’avancer, d’apprendre à éviter que de tels mécanismes se reproduisent. "

Aider à comprendre, remonter aux origines, c’est un des rôles du journalisme.

V.J : Quel point fort, s’il ne fallait en retenir qu’un, souhaitez vous mettre en avant dans ce livre ?

O.M : "Parler de la profession d’avocat hors des clichés parfois véhiculés par la fiction ou les médias, retracer deux parcours qui reflètent les réalités du métier. Permettre l’identification du lecteur sur un thème qui concerne les professions judiciaires : pourquoi choisit-on un métier en rapport avec la justice ? Mais qui, je crois, parle aussi à tout le monde : quel rôle joue notre passé dans nos choix de carrière, quelle est la part de défi, de revanche, de volonté de perpétuer ou de redresser un destin ?"

V.J : A qui le destinez-vous ?

O.M : "J’espère qu’il peut intéresser les avocats, les professions judiciaires. Et tout lecteur qui s’est interrogé sur ses choix de vie, qui a expérimenté les inévitables tourments de la comparaison, de la compétition avec les autres.

V.J : En rédigeant ce livre, quel cadre vous êtes-vous imposé à vous même (reprise des propos, des noms etc.) ?

O.M : "J’ai appliqué les règles habituelles du journalisme (enquêter, croiser les sources, recouper les informations, donner la parole à toutes les parties, respecter le contradictoire, respecter l’anonymat quand une source le demande etc.) Ma seule « sortie de cadre » est que je confie au lecteur mes impressions, mes questionnements, au fur et à mesure que l’enquête avance - ce que l’on ne ferait sans doute pas dans un article. Ne pas cacher ma démarche, mes ressentis, les liens que je tisse avec les gens, m’a aidé à clarifier mon récit. Le lecteur sait où je me situe, ce qui me trotte dans la tête. J’ai l’impression qu’il est plus libre, ainsi, d’être en désaccord – ou en accord – avec ce que j’écris."

Ne pas cacher ma démarche, mes ressentis, les liens que je tisse avec les gens, m’a aidé à clarifier mon récit.

V.J : Aviez-vous un objectif initial et en avez-vous dévié ?

O.M : "L’objectif initial était d’essayer de comprendre cette violence que je ne comprenais pas, de remonter aux origines. J’ai l’impression d’avoir atteint cet objectif, en tout cas d’avoir réuni des éléments qui éclairent le drame. Mais je n’ai pas voulu asséner au lecteur une vérité. J’ai préféré présenter tous ces éléments, toutes les pistes de compréhension qui se sont ouvertes à moi, et que chacun puisse en avoir sa propre lecture. Personne ne peut affirmer : la violence est arrivée pour telle et telle raison. Elle est, par essence, injustifiable.

V.J : Vous expliquez ne pas avoir voulu juger aucun des protagonistes, en particulier l’auteur des faits, et c’est réussi. Comment avez-vous fait, quelle était votre ligne de conduite ?

O.M : "Dans mon enfance, et plus tard, j’ai passé des moments désagréables auprès de personnes qui étaient très « donneuses de leçons » - qui jugeaient selon des schémas, des modes de pensée préconçus, et imposaient le verdict. Ça m’a marquée. Moi aussi, évidemment, face à une personne ou à un événement, j’ai parfois une idée qui se forme, un a-priori, on ne peut pas s’en empêcher. Mais je me rends compte tellement souvent ensuite que je me suis trompée ! Du coup, pour une enquête qui s’étend sur plusieurs années, cela devient assez naturel de ne pas juger. On dit d’ailleurs que comprendre vraiment, se « mettre à la place de », empêche le jugement. Ça nécessite une petite gymnastique mentale au début, pour repousser ses préjugés, mais ça libère surtout énormément."

Informations techniques :
Titre : Le candidat idéal
Auteur : Ondine Millot
Éditeur : Editions Stock
ISBN : 978-2-2340-8510-7
Prix : 20,90 euros
Pages : 322 pages
Parution : 15/09/2021

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Notes de l'article:

[1"Les monstres n’existent pas.", Paru en 2018 aux Éditions Stock.

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