Propos de Séverine Audoubert et de Kami Haeri recueillis par la Rédaction du Village de la Justice.

 
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  • 1re Parution: 13 décembre 2021

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Guide de lecture.
 

L’avocat en 2050, science-fiction... ou déjà en action ?

A Toulouse le 2 décembre 2021 à la Cité de l’Espace se sont tenus les États généraux de la prospective et de l’innovation organisés par le Conseil National des Barreaux, avec un titre de blockbuster : "L’avocat en 2050 : de la science-fiction à l’action." L’évènement s’est d’ailleurs tenu à guichet fermé, victime de son succès !
Le Village de la Justice a souhaité évoquer cette journée et ses enseignements au travers des regards de deux avocats, à la fois conférenciers et intervenants, Séverine Audoubert [1] et Kami Haeri [2], nos envoyés spéciaux d’un jour...

Kami Haeri, Avocat au Barreau de Paris, Ancien membre du conseil de l’Ordre.

« J’ai trouvé pertinents les propos de Jacques Lévy-Véhel (Président de la société Case Law Analytics), à propos de la justice prédictive, qui a bien rappelé que les données judiciaires pouvaient être des données mathématiques brutes, mais ce qu’on peut en faire - les enseignements à en tirer - relèvent des juristes. C’est un outil, aux juristes d’en tirer les conséquences.

Xavier Beauchamp-Tremblay (Avocat au barreau du Québec et Ex-président de CanLII, Institut canadien d’information juridique), a apporté un point de vue très pointu sur les smart contract et la block chain. Au delà des aspects techniques, il est important de retenir que ces technologies vont régler les problématiques les plus quotidiennes.

Kami Haeri

Il a évoqué également les cryptomonnaies qui vont avoir des impacts financiers internationaux, dont il faudra que la profession tienne compte.

L’intervention qui m’a le plus marqué durant la plénière reste celle de Philippe Damier, Professeur de neurologie, pour le lien fait entre dysfonctionnements du cerveau et criminalité. Selon lui, en 2050 nous parviendrons à identifier des zones de "fragilité" dans le cerveau, avoir une meilleure lecture des troubles neurologiques et établir des liens plus précis avec des facteurs criminogènes.
L’idée ici n’est bien évidemment pas celle d’une sélection (comme dans "Le Meilleur des mondes"), mais d’apporter un soutien et un accompagnement dès que possible, de répondre aux besoins là où les troubles neurologiques sont constatés.

Le panel très intéressant de la première plénière donnait finalement une vision de l’ensemble des conférences.

"En fait pour parler de l’avocat en 2050, il faut d’abord parler de l’Humain en 2050 !"

Autre intervention marquante et passionnante à mes yeux : celle de Clarisse Berrebi, du cabinet d’avocat BOLD, qui a passionné tout le monde (et légèrement phagocyté contre son gré !) l’atelier "L’approche client à l’ère post-numérique" en évoquant comment son cabinet a complétement repensé le rapport aux clients et le traitement des dossiers, en fonctionnant comme une entreprise. Il n’y pas d’allocation spécifique de client à un avocat, pas de client attitré. Le client bénéficie d’un système d’abonnement, avec accès à un service continu.
Avec un avertissement de Maître Berrebi : pour qu’un tel modèle fonctionne, il faut aller jusqu’au bout de la démarche, être cohérent et rigoureux dans sa mise en œuvre.

J’intervenais pour ma part à l’atelier "Avocat et bien plus que ça : quelles activités possibles pour l’avocat en 2050 ? "
Selon moi, la prospective du métier doit s’inscrire dans une prospective plus globale (environnement, économie, social). On ne peut pas partir de la profession d’avocat pour faire de la prospective, mais du cadre dans lequel nous évoluerons en 2050, avec une crise climatique majeure, des phénomènes sociologiques et économiques, des neurosciences qui auront beaucoup progressé.
En fait pour parler de l’avocat en 2050, il faut d’abord parler de l’Humain en 2050 !

Autre aspect très important : la déterritorialisation de notre pratique professionnelle sera achevée, il faudra être une sorte de "chimiste de l’humain" et composer pour chaque dossier, en fonction des besoins et des talents, avec des juristes répartis aux quatre coins de la planète.

2050, c’est déjà là non ?

Sans doute que tout ce qui a été dit durant cette journée est amorcé, et sans doute que tout cela sera opérationnel dans une dizaine d’années seulement. Mais une nouvelle fois la question sera celle du contexte de 2050. »

Sèverine Audoubert, Membre de la commission Prospective du Conseil national des barreaux, Vice Presidente de la Commission Communication Institutionnelle du CNB, Avocate au barreau de Paris.

Sèverine Audoubert

« A mon sens, l’intérêt a été de rendre les thèmes de réflexion tangibles avec des pistes de réalisation à donner. Il a été montré que les scenarii ou solutions existaient parfois déjà à l’étranger (par exemple au Québec sur les passerelles et les doubles-jobs) et que nous devions bouger, avancer !
Les 6 ateliers ont été autant de biais, de pans pour entrevoir l’avocat de demain concrètement, le quoi et le comment (de la relation client, du litige, de l’évolution intrinsèque de l’avocat en tant qu’individu, de l’avocat et des causes exogènes de son d’évolution, de ses rapports avec les autres acteurs de la Justice...). Il était essentiel de ne pas omettre l’avocat dans ses liens avec son écosystème juridique et judiciaire mais aussi avec la société civile et la vie économique tout simplement. Cela correspond à une approche pragmatique de son évolution.
Le choix des intervenants était pour ce faire donc volontairement pluri-disciplinaire.

Nous avons aussi cherché à répondre à la question de savoir si la grille de lecture actuelle de notre profession serait encore valable en 2050.
Bien sûr que non ! Mais dans quel sens va t elle bouger ?

"On est dans la construction, pas dans la démolition."

C’est une vraie bouffée d’air stimulant dans un milieu actuellement anxiogène, permettant de prendre du recul, de la hauteur et de s’inspirer d’outils et pratiques déjà utilisés avec succès ailleurs. Il faut aller de l’avant !
Nous sommes dans la construction, pas dans la démolition.

Et l’innovation dont nous avons parlé s’adresse à tous, pas uniquement aux leaders d’opinion ou innovateurs déjà en marche.
C’est une nouvelle façon de penser, un mindset à diffuser, volontairement connecté à la réalité. Et cela est probablement la force de cet événement, un audit du présent et des propositions pour demain.
Il convient de se projeter, donc d’être positifs et d’avoir de la vision. Comme tout bon leader que sera forcément l’avocat de demain ! »

***
Consultez ici les thèmes de la journée.

(Crédit logo : CNB)

Propos de Séverine Audoubert et de Kami Haeri recueillis par la Rédaction du Village de la Justice.

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[1Audoubert Avocat

[2Associé Cabinet Quinn Emanuel

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Vos commentaires

  • par Huvelin , Le 10 décembre 2021 à 10:46

    Les robots sont plus performants que les médecins pour établir un diagnostic, pour fournir le meilleur traitement médical. Compte-tenu des progrès technologiques, les robots sont capables d’analyser un hors jeu au centimètre et une charge irrégulière, l’arbitre ne sera plus qu’un transmetteur d’informations sur le terrain de football. Nous savons déjà qu’il sera remplacé par un robot. Ce que le robot fait en médecine, il est parfaitement capable de le faire en droit. Pourquoi croyez-vous que nous sommes noyés par une avalanche de normes ? Parce que les algorithmes savent les sélectionner pour les appliquer. Ce qui est impossible avec des principes juridiques à interpréter. Le retour à la simplication est donc absurde. Le texte que je commente révèle
    une chose. Les évolutions technologiques vont plus vite que notre capacité d’adaptation. Là ou une évolution était admise par la suivante jusqu’au XXe siècle, nous avons au 21e, une chronique inadaptation mentale des acteurs, des obstacles sociologiques à pleurer. La place de l’humain n’a pas d’avenir dans la fonctionnalité et l’exécution des tâches productives, y compris dans une part colossale des prestations de service. Pensez autrement en 2021, c’est espérer qu’en 2050 les avocats existeront alors que déjà nous avons laissé le rôle politique que nous avions aux magistrats. Shakespeare faisait dire à Henri VI : "La première chose que nous ferons sera de tuer tous les avocats." Les dictateurs en ont rêvé. Cette fois, c’est devenu inévitable grâce à la technologie. Le traitement des données dont la réglementation sous prétexte de protection de la vie privée blabla et des droits blabla n’est plus déjà maîtrisable parce que des pays les utilisent déjà massivement pour un environnement politique dans lequel notamment le Justice fonctionne comme un vrai pouvoir régalien qui est l’essence de l’existence même du pouvoir : totalement maîtrisé. Le mouvement est irrésistible parce que c’est la voie de la facilité, de l’ordre et que la technologie le permet. Nous pouvons le déplorer. Je peux avoir de la nostalgie pour mon poêle, mon cardex et ma machine à écrire à ruban. L’arrivée du Post-it a été une petite révolution dans les Cabinets, les greffes comme sur les frigos. 40 ans plus tard l’ordinateur n’est plus un outil de travail. Il est déjà un acteur parfaitement plus efficient que nous le sommes. 2050 se fera sans nous. Ne plombons pas le monde de nos petits enfants avec nos vieilles lunes. Avant 2050, les pays dans lesquels les robots n’auront pas toute leur place appartiendront au monde sous développé dans laquelle nous nous enfoncons déjà. Les "sciences humaines", un oxymore, est une base de réflexion politique au service d’une idéologie. Les robots ne connaissent que l’efficacité. Je sais que ça dérange. Parce que c’est l’unique sujet qui devrait être sur la table.

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