Propos recueillis par :
Christine Méjean et Isabelle-Eva Ternik, Avocates.

 
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  • Parution : 29 août 2019

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Guide de lecture.
 

[Chronique] Avocates, inspirez-nous ! Entretien avec Nolwenn Leroux (1).

"Avocates, inspirez-nous !" est une initiative de Christine Mejean et d’Isabelle-Eva Ternik qui a pour objectif le partage d’expériences professionnelles à travers des entretiens menés avec des avocates aux profils et parcours diversifiés, que le Village de la Justice a eu envie de relayer.

La première à se livrer avec enthousiasme est Nolwenn Leroux, avocate en droit de la famille depuis 15 ans et formatrice au Droit collaboratif au sein de l’Association Française des Praticiens du Droit Collaboratif (AFPDC).

"Avocates, inspirez-nous" : les origines du projet.

La loi du 1er décembre 1900 a permis aux femmes d’exercer la profession d’avocat. Olga Balachowsky-Petit a été la première femme à prêter serment le 6 décembre 1900 et Jeanne Chauvin a été la première femme à plaider dans une affaire de contrefaçon de corsets en 1907.
118 ans plus tard, en 2018, les avocates sont plus de 36.000 en France et représentent plus de 55% de la profession d’avocat [1]. Cependant, seules 24,5% d’entre elles sont associées dans les 100 plus grands cabinets d’affaires et leurs revenus moyens sur l’ensemble de leur carrière sont inférieurs de plus de 50% à ceux des hommes [2].
Apprenons à les connaître ! Comment les avocates appréhendent-elles leur métier ? Quelles sont leurs clefs de succès ? Quelle(s) transformation(s) apportent-elles au sein de la profession ?


Nolwenn Leroux, avocate en droit de la famille.

(Crédit photo : Isabelle-Eva Ternik)

Ses attentes du métier d’avocat :

« Je souhaitais être avocat-conseil en droit de la famille. À l’époque, ça n’existait pas vraiment. Je voulais conseiller. Plaider ne m’intéressait pas trop. Lors de ma première collaboration, je ne faisais que du contentieux. Je me suis sentie fatiguée au bout de deux ans seulement ! »

Le sens qu’elle donne à son métier aujourd’hui :

Mon rôle est celui d’un facilitateur.

« Mon rôle est celui d’un facilitateur. Mes clients sont englués dans leurs problèmes. Je vais faciliter l’issue avec des outils de communication, de négociation et de droit. Mon but est de rendre la situation moins difficile qu’elle n’est déjà. J’accompagne mes clients vers la sortie. Je les amène à regarder le passé, gérer le présent et se projeter vers l’avenir. »

Sa philosophie de vie professionnelle :

« Travailler sérieusement sans se prendre au sérieux. J’exerce sereinement, en bonne énergie, apaisée avec moi-même et avec les autres, dans la jovialité (rires) ! »

Son installation :

La solitude est un handicap dans la profession.

« L’installation, c’est une histoire d’argent et d’ego ! Comme je suis joueuse, j’ai parié ! Cela a été une vraie épreuve. J’ai été lâchée dans le grand bain sans bouée et même avec des poids. Le bureau installation de l’Ordre a tenté de m’en dissuader, certains confrères attendaient que je me prenne les pieds dans le tapis et ma famille ne comprenait pas et ne m’a pas vraiment soutenue. J’ai fait partie d’un réseau d’affaire (BNI) pendant six ans. Cela m’a peu apporté côté business ; en revanche, cela a été très enrichissant d’échanger avec d’autres personnes qui étaient dans une dynamique d’entrepreneuriat. La solitude dans la profession, c’est un handicap. [3]

Ses caractéristiques d’exercice :

« L’écoute c’est 80% de mon exercice en droit de la famille. Je mets le dossier à plat avec le client. Si la situation est noire, on constate ensemble qu’elle est noire. Je ne suis pas une magicienne. J’accompagne le client ; je ne me substitue pas à lui. On regarde ensemble la réalité, puis on voit ce qu’on peut faire juridiquement.

Je travaille majoritairement avec la négociation raisonnée et le processus collaboratif.

Aujourd’hui, je travaille majoritairement en mettant en œuvre la négociation raisonnée et le processus collaboratif qui permettent aux clients de trouver une solution coconstruite à l’amiable. »

Ses trucs et astuces pour réalimenter le moteur au quotidien :

« Je fais beaucoup de sport. Je prends soin de moi : sorties, voyages, etc… Et, quand j’ai un coup de mou, je pars me ressourcer loin de Paris. »

Son équilibre vie pro – vie perso :

« Ne pas avoir deux façons d’être : avocate dans la vie professionnelle et femme dans la vie privée. Il faut une cohérence globale. »

Son avis sur : être une femme est-il un atout dans l’avocature ?

Entre femmes, pas besoin de rouler des mécaniques.

« En droit de la famille, il faut beaucoup d’empathie. Une femme est clairement moins gênée par les relations humaines et par les émotions. Certains avocats hommes ne prennent pas en compte ces aspects qu’ils considèrent en dehors de leurs fonctions. Il faut du recul. Être une femme avocat est plutôt un atout pour l’accompagnement des clients en droit de la famille.
Au sein du cabinet, entre femmes, on n’a pas besoin de rouler des mécaniques, on ne fait pas de chichi, on n’a rien à se prouver. C’est plus authentique. »

Son témoignage sur des attitudes sexistes dans son métier :

« Certains clients sont dans la provocation. Ils vous racontent leurs expériences sexuelles de manière détaillée et explicite dans le but de faire réagir la femme plus que l’avocate. Dans ce cas, je fais de la reformulation. Je leur renvoie leurs mots. Ça remet une juste distance tout en restant très professionnelle. »

Ses conseils aux étudiants :

L’avocat qui n’a pas pris le virage des modes amiables, il est grand temps qu’il se lance ce nouveau défi !

« Le métier d’avocat ce n’est pas ce qu’on voit à la télé. On ne va pas se mentir : c’est un métier dur à tous points de vue. Il faut faire des stages pour se frotter à la réalité durant ses études. »

Ses conseils aux jeunes avocats :

« La place, il va falloir se la faire. Personne ne vous attend ! Les jeunes avocats sont nombreux à arriver sur le marché. Il faut faire preuve d’adaptabilité et de flexibilité. Le métier évolue beaucoup. Il faut être ouvert et avoir une vision grand angle. Il ne faut rien lâcher, y croire, avoir de l’humilité ou alors on l’apprend à ses dépens ! »

Sa vision de l’avenir du métier :

« L’avocat en droit de la famille qui ne fait que du contentieux n’existera plus dans 5 ans. Celui qui n’a pas pris le virage des modes amiables, il est grand temps qu’il se lance ce nouveau défi ! Les juges ne veulent plus voir les avocats, plein de choses sont contractualisées. Pour ma part, je trouve que c’est une bonne chose. Mais il faut que les citoyens aient encore le choix entre justice privée et justice publique. La médiation ne fonctionne pas si elle est imposée par le tribunal. La démarche doit être volontaire, comme tous les modes amiables d’ailleurs. Ceux qui font les réformes doivent tenir compte des retours du terrain ! »


Pour plus d’échanges et de rencontres, vous pouvez vous joindre aux « Rendez-vous des avocates » : des petits-déjeuners bimestriels entre professionnels libéraux du droit et du chiffre, dans une ambiance conviviale, bienveillante et solidaire, pour aborder des thématiques telles que le développement commercial, la communication, le mieux-être au cabinet, les techniques d’argumentation, de management, de travail collectif, de négociation...

Notes :

[1Source : www.justice.gouv.fr

[2Source : Rapport Haeri 2017.

[3Voir à ce sujet notre article : "La solitude des avocats : on en parle ?"

Propos recueillis par :
Christine Méjean et Isabelle-Eva Ternik, Avocates.

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