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Ça bouge du côté des plateformes de consultation d’avocats !

Nous avions fait le point en 2018 sur les sites d’annuaires d’avocats en ligne, que l’on appelle souvent les plateformes de mise en relation. Un domaine qui était précurseur du web mais avait peu bougé ces dernières années en terme de nombre d’acteurs ou de fonctionnalités... et même de succès. Mais les choses semblent évoluer.

La mise en relation est une activité très importante pour les avocats puisque source d’apport de clientèle, et l’on avait annoncé il y a quelques années des "disruptions" ou des avancées technologiques modifiant le modèle de l’annuaire du barreau ou papier, voire le bouche à oreille. De fait près de 20% des Legaltech sont concentrées sur cette mise en relation [1].

Cela n’a pas vraiment été le cas, et l’on a plutôt constaté l’échec des référencements massifs (affaire Alexia), la multiplication des offres sans réelle valeur ajoutée et souvent assez invisibles sur le web, le refus de la notation des prestations d’avocats... et certes le lancement d’une plateforme par le CNB, mais relativement discrète.

Mais la question de fond reste d’actualité, comment augmenter le nombre de mises en relation pour les avocats et pour le public faciliter la recherche de l’avocat qui convient ? Comment “satisfaire" cette moitié du marché du droit non couvert par les professionnels faute de mise en relation simple et peu coûteuse ? On attend toujours le Doctolib du Droit qui mènera le marché...

Est-ce un problème de moyens ? Du côté des levées de fond on est en effet loin du secteur médical (Doctolib a collecté entre 2017 et 2019 61 M€) ou du marché américain (la plateforme américaine de mise en relation avec des avocats Avvo.com serait valorisée environ 850 millions de dollars). En France d’autres Legaltech ont bien réussi à lever des fonds (15 M€ pour Legalstart, 10 m€ pour Doctrine, etc.) mais elles ont une toute autre activité et ont des offres payantes et effectivement vendues, donc un chiffre d’affaires, plutôt orienté "entreprises" et "actes en ligne" (peu d’apports de clientèle aux avocats).

Les nombreuses plateformes pour trouver et consulter un avocat n’ont elles que peu de clients, peu de levées de fonds, donc peu de moyens de communiquer auprès du grand public (cible qui exige quelques millions en marketing chaque année pour conquérir le grand public).

Problème de freins règlementaires ? Il est vrai que le CNB et les Ordres (dont Paris) ont été très vigilants à faire appliquer les mêmes règles à tous sur le référencement, les notations, l’apport d’affaires... Ce qui paraît normal, mais qui a freiné de fait de nombreuses innovations, y compris chez les avocats qui s’en sont souvent tenus au statu quo et à un annuaire à deux ou trois critères simples et sans intérêt réel pour le public.

Problème de technologie ? Elle a eu jusqu’ici peu d’importance dans ce domaine et rien de bouleversant n’a été constaté ces dernières années, en tous cas pas de quoi modifier en profondeur le sujet.

Au fond tous ces sujets montrent que le client est assez peu au centre des développements ; les solutions proposées ne vont pas assez loin pour notre époque.

Mais quelques signaux nous indiquent qu’une autre dynamique se met en place en 2019...

Du côté des avocats, l’offre Call A Lawyer (un avocat par téléphone à 20€ pour 20 minutes, offre lancée et gérée par des avocats) vient de "pivoter", c’est-à-dire changer un peu son modèle, en se tournant vers l’abonnement et le monde de l’entreprise, souvent l’oubliée de ces plateformes mais peut-être plus facile à aller chercher... et avec un potentiel de récurrence plus important, donc faisant espérer une meilleure rentabilité avec moins d’investissement que pour le grand public. La récente et prometteuse levée de fonds de 500.000€ de la société était sans doute conditionnée à ce choix raisonnable.

Du coté des Legaltech, Mon Avocat a fait le choix de la diversification de la visibilité en se tournant vers une plateforme plus interprofessionnelle (pour les comptables notamment, évidemment liés de près ou de loin au droit - et à l’entreprise là aussi, tiens donc...).

Quant à elle, la startup Avostart vient d’intégrer l’accélérateur de Facebook France, qui sélectionne les startup concernées par l’usage de "la data" et notamment les données personnelles, ou ayant un impact sociétal... Le "big data" est en effet un sujet du moment et son potentiel est réel (même s’il s’est réduit tout de même en utopies avec le RGPD et le retour à un peu d’éthique), et le droit est en effet concerné à divers niveaux...

Comment une startup exploitant un site d’annuaire d’avocats et de consultation en ligne peut-elle exploiter ce sujet ? Le patron d’Avostart, Raphaël Jabol, nous a indiqué que son objectif est de construire un algorithme pertinent rapprochant enfin la demande du client et l’offre des avocats en un langage commun. Il s’agirait de prédire en quelque sorte la vraie demande du client et donc de l’orienter vers l’avocat le plus pertinent et disponible pour une consultation. On revient là à la base du problème, rapprocher deux mondes aux langages et pratiques différents, ce qui rendrait un service aux deux parties...

Dans cette optique, Avostart se positionne donc comme un “traducteur", une interface entre clients et avocats, qui permettra de les rapprocher - pour le moment toujours sur le modèle de la consultation téléphonique mais qui demain, imaginons, pourrait "prédire" des réponses simples sur des questions classiques ou pourquoi pas orienter le public avec un chatbot sans avocat...

Cette approche d’algorithme est accessible technologiquement aujourd’hui, mais au fond les vrais sujets sont sans doute d’une part la mobilisation des avocats sur de nouvelles pratiques et flexibilités (consultations juridiques à diverses heures, avec divers outils, sous de nouveaux formats plus courts et formatés -pour lesquels il faut un peu de formation...) et d’autre part la capacité à mobiliser une force marketing importante (donc des moyens) pour capter des centaines de milliers de consultations par an.

L’entrée des données dans le jeu, jusqu’ici ignorées, pourrait motiver de nouveaux investisseurs... car l’automatisation n’est pas loin et avec elle les procédures incluant plusieurs professions ou outils (avocat, huissier, notaires, logiciel de création d’actes, échanges électroniques...).
Il est aujourd’hui tout à fait possible d’automatiser quelques actions à partir d’une demande de conseil courante.

Bref, un marché à suivre.

Christophe ALBERT
Rédaction Village de la Justice

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