Lydia Zunino
Juriste corporate et enseignante en droit et en communication.

 
Guide de lecture.
 

L’innovation dans la formation des juristes.

Que signifie exactement « innovation » pour la formation d’un juriste ? Quelle place est réellement donnée à l’innovation dans la formation des juristes de demain ? Quelles sont les attentes réelles du marché et des clients vis-à-vis du métier de juriste et comment ces attentes façonnent ou façonneront-elles la formation du juriste d’aujourd’hui et de demain ?
J’ai tenté d’apporter des éléments de réponses à ces questions en menant une enquête auprès de cabinets de recrutement, de directions juridiques, d’éditeurs de plateformes juridiques en ligne, de responsables pédagogiques d’école de commerce, d’éditeurs et de centres de formation juridiques.
Voici les enseignements que j’ai pu en tirer.

Des évolutions majeures ont frappé l’écosystème juridique ces dernières années :
- Les modes de consommation du droit changent ; les consommateurs souhaitent plus de réactivité, plus de clarté, plus de praticité de la part des fournisseurs de services de droit ;
- Le positionnement des juristes a fortement évolué. Désormais véritable partenaire stratégique, ancrant son expertise juridique dans une parfaite compréhension du business de l’entreprise, le juriste doit développer au delà des qualités techniques et pragmatiques une vision transversale de la matière et maitriser les soft skills. Cette évolution implique une formation adaptée. Le juriste est également de plus en plus souvent présent dans les Comités de direction et Comités Executifs, ce qui génère de nouveaux enjeux de visibilité, de valeur ajoutée et de communication ;
- L’avènement des Legal Techs, le changement des modes de consommation des services, l’inflation règlementaire impactent fortement la pratique du droit et les attentes vis-à-vis des praticiens du droit. La Covid a également propulsé au-devant de la scène les juristes, plus que jamais urgentistes conseils et gardiens du temple ;
- Enfin, la dernière décennie a vu naitre de nouvelles problématiques et nouveaux enjeux (Compliance, data, digitalisation, etc) qui ont bouleversé le rôle de conseil du juriste et son rapport à l’innovation.

Ces évolutions structurelles permettent de voir émerger un nouveau profil de juriste, le juriste « augmenté », doté aussi bien de compétences juridiques que de compétences comportementales, business et digitales. Un juriste augmenté sera ainsi un très bon expert, capable d’être aussi bien un chef de projet, d’interagir avec d’autres professions, de comprendre ce que le digital et le numérique peut apporter à son métier, et de comprendre de façon fine les enjeux business de ses clients.

Ces évolutions impactent également les modes de délivrance des services juridiques et la pratique du métier de juriste et doivent donc nécessairement se refléter dans la formation délivrée aux juristes.

L’innovation passe par la mise en place d’une diversité dans les lieux et méthodes d’apprentissage du droit. Elle passe également par la mise en valeur dans les parcours de formation d’une approche pragmatique, stratégique et pluridisciplinaire du droit et par une réflexion et une modification profonde des modes de délivrance des contenus juridiques.

Force est de constater que l’Université n’est plus le seul lieu ou l’on apprend le droit. Les enseignements universitaires ne sont plus dans leur format traditionnel adaptés aux attentes des cabinets d’avocats et des directions juridiques. Les écoles de commerce et instituts privés ont investi ce marché et proposent des formations plus accès sur la pratique du droit dispensées majoritairement par des intervenants professionnels.

A l’image de la création il y a deux ans de l’Institut Supérieur du Droit à Paris, dont l’ADN est de se focaliser sur la pratique du Droit.
Amandine Sarfati, avocate et Directrice de l’ISD le rappelle

« l’ISD propose des formations professionnelles, qui allient la théorie, la pratique et tout un travail autour du savoir être, de la prise de confiance en soi. Les intervenants sont des professionnels du droit en activité pour des enseignements ancrés dans la réalité du terrain, des enjeux business des clients, de la pratique. Les formations sont des cursus en alternance. L’objectif est de faire des juristes opérationnels dès la fin du parcours ».

Les étudiants s’y voient immédiatement délivrés des formations pratiques et ont entre les mains des dossiers de plaidoirie, des contrats, des actes de procédures. Plongeon immédiat dans le grand bain opérationnel pour ces étudiants dont le nombre a considérablement augmenté lors de la seconde édition de l’ISD, témoignant ainsi de l’engouement pour ces formations.

Et sur ce point les recruteurs sont unanimes : le juriste doit avoir une vision pragmatique et business de son métier et avoir une parfaite compréhension des enjeux économiques et une bonne connaissance des attentes des opérationnels.

« Il doit être un business partner, alerter sur les risques, et proposer des solutions. Les juristes ont même tendance à rattraper les fiscalistes qui ont souvent une compréhension fine en matière économique et financière »

précise Angélique Lansalot, fondatrice du cabinet d’Executive search Atlantic Talent.

Les formats d’apprentissage aussi évoluent.

L’ouverture de plateformes de contenus juridiques, comme Le Juriste de Demain, témoignent également de la modification de consommation des contenus juridiques et connexes.

Le Juriste de Demain se positionne sur les compétences para légales, proposant ainsi des modules en ligne sur trois grandes thématiques : business du droit, soft skills, technologies et droit et ainsi de consommer à des tarifs maitrisés des formations et masterclasses sur les legal chatbots, l’intelligence émotionnelle des avocats, la gestion du temps, le B to C et tant d’autres sujets.

Meysa Sy, créateur de la plateforme témoigne :

« La plateforme Juriste de demain se positionne sur la complémentarité des compétences du juriste. La question n’est pas de former des avocats sur ces compétences, c’est déjà trop tard, l’idée est de former les étudiants au moment où ils structurent leur voie, ou ils sont encore dans une démarche d’acquisition (c’est-à-dire dans leur 3e année d’étude) ».

Il y a encore une recherche d’efficacité dans la démarche pédagogique.

« En France, actuellement on tâtonne, il y a un problème de maturité pédagogique, la pure logique de transposition du présentiel vers le distanciel n’est pas possible. »

Selon lui, un changement majeur doit être opéré dans la façon de délivrer les contenus.
Il conclut

« le design thinking devrait être la solution. On devrait inverser les tendances et partir de l’étudiant, de ses besoins ».

Une réflexion avait déjà été entamée avant la Covid sur l’hybridation des formations : distanciel et présentiel. La Covid a accéléré cette réflexion et sa mise en pratique.

Posant également de nouveaux enjeux pédagogiques : comment restituer l’expérience utilisateur d’un étudiant, l’atmosphère d’un campus et la qualité des échanges informels qui s’y nouent si le distanciel prend le pas sur les autres modes d’enseignement ? Egalement, dans ces conditions, les écoles peuvent -elles raisonnablement proposer les mêmes tarifs qu’en plein présentiel ?

Nelly Kerascaven, Directeur de l’offre et de la pédagogie, et Ebtichar Trabelsi, Responsable Pédagogique chez Francis Lefebvre Formation (FLF), acteur majeur de la formation des juristes et des avocats, soulignent l’importance d’éviter les enseignements académiques purs. L’accent est mis chez FLF sur le parcours d’apprentissage, l’interactivité, les mises en application et cas pratiques, et le suivi des apprenants. Cela passe nécessairement par une pédagogie innovante et un travail de ciblage, de séquençage et découpage des formations sur plusieurs semaines permettant une intégration optimum des connaissances, et la mise en place d’activités entre les sessions et de forums pour pouvoir échanger.

FLF applique avec conviction le « blended » : module learning avant la formation, cas préparatoire pour harmoniser les niveaux avant la formation, quizz, classe virtuelle post formation pour échanger avec l’intervenant pour les difficultés suite à la mise en application, et la pédagogie inversée : contenus en ligne mis à disposition pendant un mois en asynchrone puis ateliers en présentiel pour échanger sur la mise en pratique des enseignements. Ces formats connaissent un réel succès chez les juristes.

Le profil de l’étudiant en droit s’enrichit.

Une ouverture sur d’autres matières et un réel enrichissement des parcours : l’innovation passe par un mixage des compétences et un mixage dans le séquençage des apprentissages.

Les doubles formations sont toujours privilégiées par les étudiants en droit mais on note une évolution du tandem habituel droit français /droit étranger, vers une double formation droit/finance ou droit et une autre compétence, une ouverture sur une autre matière complémentaire.

Une première formation ne relevant pas du droit !

Le profil de l’étudiant en droit est en pleine mutation. Comme l’explique Christophe Roquilly, professeur de droit à l’EDHEC Business School, et Directeur du LegalEdhec Research Centre :

« On voit arriver de plus en plus des étudiants qui ont d’abord suivi un premier cursus en art, en lettres, en finance et qui se forment au droit dans un deuxième temps. A l’image des étudiants anglosaxons, cela leur donne une ouverture et un esprit critique acérés. Dans un second temps, une formation en droit leur est délivrée, plus ramassée et plus ouverte sur d’autres matières, comme la finance, la gestion de projets, la stratégie ».

A l’image de l’Ecole de Droit de Sciences Po dont la formation d’excellence en Master, ouverte aux étudiants n’ayant jamais fait de droit, offre une formation complète et autonome en droit en cohérence avec leur premier cursus. L’École de droit accueille ainsi un nombre significatif d’étudiants qui ont, avant d’intégrer l’École, suivi un cursus en finance, sciences, lettres ou histoire.

Même constat chez les recruteurs, Eléonore Fouquet, Manager Exécutif Michael Page, indique :

« La logique est parfois inversée ! Certains profils demandés par nos clients, en M&A par exemple, sont des profils « financiers » qui se sont formés au droit par la suite ».

Angélique Lansalot renchérit

« Certains cabinets d’avocats ont tendance à recruter des profils qui ont fait HEC puis l’école du barreau ».

Cette dynamique permet de développer une vision stratégique du droit et de ses enjeux, à l’instar du MBA Exécutive Intelligence Juridique de l’Ecole de Guerre Economique porté par Véronique Chapuis qui permet aux professionnels du droit et de la finance de se doter de compétences nouvelles pour faire évoluer la pratique de leur métier.
Véronique Chapuis nous explique :

« L’intelligence juridique c’est la manière de mettre en avant la dimension stratégique du droit. Eviter la consommation statique du droit : "je décide, vous juristes transcrivez". L’avantage de l’intelligence juridique, en utilisant les méthodes de l’intelligence économique, est de créer des grilles de lecture, des présentations plus claires, plus pragmatiques et à établir un dialogue inter-métiers pour décrire les enjeux opérationnels, les options, les lignes rouges, et de construire avec les décideurs une stratégie prenant en compte en amont des enjeux juridiques rendant ainsi possible une consommation dynamique du droit ».

Même démarche également pour la toute nouvelle double Licence Science éco/science po de l’Université de Montpellier, formation sélective se voulant résolument pluridisciplinaire. Le parcours ambitionne de répondre aux exigences des nouveaux métiers porteurs, notamment dans les domaines de l’environnement, de l’énergie, de l’aide à la décision, des projets de développement ou encore de la gouvernance transnationale et de la régulation des sociétés complexes.

L’importance des soft skills.

Le centre de recherche LegalEDHEC a menée fin 2019 une enquête auprès de 100 leaders du droit pour identifier les compétences clés du « juriste augmenté », en partenariat avec l’Association Française des Juristes d’Entreprise.

L’étude suggère que pour s’adapter à un environnement VUCA [1], les praticiens du droit doivent développer des intelligences et compétences multiples. Il en résulte que les compétences prioritaires pour être recruté au sein d’une direction juridique sont les soft skills, et notamment la capacité à gérer son stress en situation d’urgence, à accepter et émettre des retours d’expérience et à communiquer.

Angélique Lansalot le confirme, les soft skills sont clés dans le recrutement des juristes :

« A un certain niveau de séniorité, l’erreur n’est pas possible ».

Elle ajoute :

« on demande aux juristes d’avoir des compétences de plus en plus transversales, donc naturellement les soft skills jouent un rôle fondamental dans la maîtrise de cette transversalité. Ce sont souvent elles qui font la différence entre deux candidats. Le recrutement est une histoire d’intégration et de compatibilité ; les entreprises sont comme des familles, le partage d’une même vision et la maîtrise des soft skills importantes pour l’entreprise scelleront un recrutement ».

Et la place du digital dans tout cela ?

Si les soft skills sont considérés comme des prérequis pour être recruté, les digital skills apparaissent comme incontournables pour se démarquer.

En effet, pour progresser et performer, en revanche, ce sont les compétences digitales qui ont été plébiscitées à 74%, à savoir la connaissance des outils technologiques et la capacité à identifier, analyser et déployer des solutions digitales au sein de son entreprise.

Toutefois, les cabinets de recrutement font tous le même constat : à l’exception de quelques profils atypiques dans les gros cabinets d’avocats ou quelques profils de legal operation officer dans des grosses directions juridiques, ils n’ont pas encore identifiés de la part de leurs clients des besoins récurrents en compétences digitales pointues. Ce besoin devrait selon eux certainement se préciser dans les toutes prochaines années.

Simon Winter, Responsable commercial chez Wolters Kluwer, nous indique

« dans les directions juridiques, il y a encore beaucoup d’illectronisme, un réel manque d’appréhension des outils digitaux ».

Il poursuit

« la formation initiale pèche actuellement, et même chez les juristes juniors, la gestion de projet est une matière nouvelle pour eux. Les compétences digitales minimum pour un juriste c’est la curiosité technique, le juriste augmenté est celui qui arrive à parler avec un développeur ».

Selon Simon Winter, aujourd’hui un tiers des juristes sont augmentés.

Point positif, Simon Winter

« constate actuellement un accroissement significatif des demandes de formation sur la transformation digitale sur les petites et moyennes structures, qui auparavant fonctionnaient "à l’ancienne" ».

Il témoigne aussi de

« l’apparition de juristes devenant gestionnaire de projet, notamment gestionnaire de projets informatiques. Il s’agit de l’application du concept de "legal ops", des juristes qui changent de compétence, qui deviennent des porteurs de projet, il y en a quelques uns, mais cela reste encore l’exception ».

Point fort, on assiste depuis quelques années à un fleurissement de formations innovantes en legal tech, innovation légale et droit du numérique, Diplôme Universitaire ou Master, preuves concrètes de la prise en compte en amont de ces nouveaux enjeux et besoins dans les formations des professionnels du droit. A titre d’exemple, la « Licence pro Paralegal tech » de Cergy Pontoise portée par Benoit Chaffois , formation innovante s’adressant aux paralegals très souvent porteurs des projets de digitalisation des directions juridiques et cabinets d’avocats.

Autre exemple, la faculté de droit de l’université de Montpellier vient de créer un Diplôme Universitaire LegalTech & Law Innovations entièrement dématérialisé. Ce diplôme, porté par Simon de Charentenay et Gaelle Come, ouvrira en février 2021.

Son ambition est de former et d’accompagner dans l’appropriation des nouvelles technologies juridiques et mettre en valeur la capacité des étudiants à optimiser la « fabrication du droit » et à se différencier sur le marché de l’emploi.

Dans le même esprit, l’objectif de la mention Droit, sciences et innovation (L1,2 et 3) proposé par l’Université de Paris Saclay consiste à former en trois ans des juristes qui bénéficient d’une vision large et conceptuelle du champ disciplinaire ainsi que de ses liens avec les autres disciplines des sciences exactes et expérimentales : biologie, chimie, physique, informatique. Ils auront acquis la capacité de faire l’interface entre les innovations techniques et leur mise en œuvre réglementaire et juridique, et seront aussi aptes à mieux penser l’innovation en termes de valorisation.

Simon Winter nous le rappelle

« ma formation codeur juriste m’a donnée des armes folles pour la suite ».

Armes folles et métiers de niche à l’image des juristes codeurs, juristes data, juristes privacy ou chef de projet legal tech de la legaltech Seraphin Legal qui forment notamment les directions juridiques de la fine fleur de la Tech française. Ces profils innovants, riches et rares, restent encore aujourd’hui l’exception.

De son côté, Francis Lefebvre Formation constate une prise de conscience réelle et une réelle évolution des directions juridiques et cabinets d’avocats sur le nécessité de se former sur les enjeux de la digitalisation.
Ebtichar Trabelsi indique

« Au début, en interne les juristes avaient peur, ils se faisaient retoquer quand ils présentaient une demande de formation sur la digitalisation, aujourd’hui, il y a une réelle prise de conscience et une maturité ; des événements dédiés à l’innovation et au Legaltechs comme le Village de la Justice ont particulièrement aidé. »

Pour répondre à ce nouveau besoin, l’offre pédagogique de FLF a été structuré en trois familles :
- Les formations dédiées aux compétences connexes des juristes : business partner, comment manager une équipe de juristes ;
- Les formations digitales « par spécialisation » : contrats digitaux, contrats informatiques, signature électronique ;
- Le digital intégré aux formations techniques, comme le droit des sociétés par exemple.

Bien que restant encore marginales (FLF reste une formation du droit et chiffre), Ebtichar Trabelsi note une réelle progression des demandes de formations innovantes, notamment sur le legal design.

Côté formation initiale des juristes, sans devenir des experts en informatique, les étudiants doivent être sensibilisés aux évolutions technologiques. Mais beaucoup n’ont encore aujourd’hui jamais entendu parler ni de legaltech, de blockchain ou d’intelligence artificielle au cours de leurs études.

« Certains professeurs mènent des projets intéressants dans lesquels ils cherchent à expérimenter de nouveaux formats. Les nouvelles technologies sont placées au cœur de leur cours. Il n’empêche que ce n’est pas encore assez suffisant, la reconnaissance des universités ou des doyens de ces besoins d’évoluer n’est pas assez importante »

admet Bruno Dondero professeur à l’Ecole de droit de la Sorbonne à Paris 1.

Pour pallier le décalage entre les formations et les savoirs attendus dans le monde professionnel, l’école d’avocats de Paris (EFB) s’est aussi saisie du sujet et a mis en place le « LAB ». C’est un module obligatoire pour toutes les nouvelles promotions afin de les sensibiliser sur la transformation numérique de leur profession. « On aide les futurs avocats à adopter les outils numériques pour qu’ils soient meilleurs, plus productifs, on les remet au 21ème siècle », déclare Alexis Deborde, responsable pédagogique du LAB EFB.

Mais il soulève tout de même un problème : « c’est seulement à la fin de leurs études de droit, quand ils sont sur le point d’être avocat, qu’on leur donne des clés pour exercer autrement ». Marine, étudiante à l’EFB fait le même constat : « en fin de parcours, l’utilité de ce module est très limitée ».

Ancienne ou nouvelle école, les universités ont encore beaucoup à faire.

Comme le précise Christophe Rocquilly,

« le digital pour les juristes est aussi - et avant tout - une culture à développer. Sans culture de l’innovation, il n’y a pas d’innovation, ou alors c’est du "one shot" ».

En ce sens, l’Innovation for Law Studies Alliance (ILSA) est une initiative intéressante aidant les universités à adapter leurs programmes afin de fournir à leurs étudiants les nouvelles compétences et connaissances et doter leurs enseignants des outils nécessaires pour mieux servir leurs étudiants. La mission de l’ILSA est de générer des synergies entre les universités du monde entier, de favoriser la collaboration entre les facultés de droit et de technologie et d’autres organismes qui peuvent contribuer à l’interdisciplinarité nécessaire. L’ILSA soutient l’échange de bonnes pratiques et le processus d’innovation de ses membres en organisant des événements sur l’innovation, la transformation numérique et LegalTech : conférences, des forums, des webinaires et des groupes de travail.

Une gestion innovante des compétences et des talents des juristes ?

Premier référentiel de compétences en ligne destiné à accompagner le marché du droit dans la gestion de ses talents.

L’enquête menée en 2019 par Edhec a permis d’aboutir à un premier référentiel de 150 compétences clés du juriste augmenté : sur la base de ce référentiel-marché EDHEC ouvert, directions juridiques, cabinets d’avocats et autres structures d’exercice du droit, peuvent constituer leur propre référentiel-équipe et conduire des évaluations de compétences.

L’objectif est de fournir aux recruteurs comme aux juristes un outil de Talent Management en droit.

La prochaine étape pour LegalEDHEC consistera donc à développer un outil d’évaluation de compétences en ligne et à déployer une certification qui sera délivrée par l’EDHEC Business School.

Dernière étape, le recrutement agile ?

L’Edhec lance des programmes de recherche opérationnels sur le recrutement juridique. Sur le recrutement, la tendance à la reproduction des pratiques historiques et les biais cognitifs inhérents à l’humain peuvent être contre-productifs en matière d’agilité. Et si le recrutement juridique augmenté était une solution ?

« La fonction juridique a besoin d’agilité mais peine à l’évaluer, la former, la détecter et la certifier pour une meilleure mobilité des talents. Dans nos protocoles “Agilité des équipes Juridiques”, nous intervenons sur le triptyque : outils, processus/rituels, talents (culture, croyances, compétences, comportements, leadership). Or, le Droit est avant tout un métier de talents. La caractéristique “Talent” du protocole est donc clé »

nous explique Christophe Roquilly.

« Un recrutement augmenté est un recrutement basé sur les compétences, les potentiels tout autant que les diplômes ; un recrutement augmenté est aussi un recrutement qui concilie l’humain et la machine dans le processus de recrutement.
C’est la solution proposée par le partenaire de l’Edhec Goshaba - solution de recrutement qui révèle les potentiels et mesure les soft-skills d’une manière scientifique
 »

conclut-il.

Conclusion.

Le métier de juriste et sa formation s’enrichissent de compétences connexes afin d’accompagner au mieux la complexité croissante du monde économique et de bénéficier à ceux qui s’engagent dans cette voie d’une employabilité pérenne.

Comme le précise Mélanie Parnot, Directrice Legal Tech chez Droits Quotidiens :

« Le droit est en train de vivre une forte digitalisation, les juristes vont perdre une partie de leurs missions et il restera les missions les plus juridiquement complexes, techniquement élaborés, celles qui ne sont pas standard, celles qui nécessitent le plus de créativité, d’empathie, d’astuces, et de capacité à résoudre des problèmes complexes. Aujourd’hui, si le juriste ne développe pas ces softs skills, il sera en incapacité de servir le marché la ou on va avoir besoin de lui ».

Ainsi, à l’ère de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, l’intelligence émotionnelle devient une compétence clé et une belle opportunité pour les juristes ; selon Daniel Golmann, psychologue américain et spécialiste du sujet,

« un avocat intelligent émotionnellement aurait une valeur économique 127 x plus importante qu’un avocat sans intelligence émotionnelle ».

Lydia Zunino
Juriste corporate et enseignante en droit et en communication.

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Notes de l'article:

[1Ndlr : VUCA pour Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity.

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Vos commentaires

  • par Jean-marc Brulé , Le 20 janvier à 14:04

    Bravo pour votre article complet. Le tabou sur le cursus de formation des avocats est désormais levé. Les prochaines générations de juristes bénéficieront de formations plus appliquées et transverses. Un enjeu important consiste à accompagner les avocats en exercice afin de ne pas les laisser au bord du chemin en les transformant en dynosaures inadaptés au nouvelles attentes des consommateurs de droit.

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