La chronique des risques psychosociaux chez les juristes (2).

Suite de notre nouvelle une série de chroniques sur ce sujet sur le Village de la justice. Chroniques qui seront notamment alimentées par les résultats de notre enquête sur les problématiques psycho-sociales dans les métiers du droit (participez en cliquant ici), enquête à laquelle nous vous invitons à participer anonymement dès maintenant. Réfléchissons ensemble !

L’histoire de Patrick (voir ma chronique n° 1) vous a sans doute « parlé ». Pas nécessairement de vous, mais elle vous a fait penser à un collègue, à un confrère, à une connaissance...

Nous sommes tous un peu des Patrick …

Patrick est proche du burn out. Le burn out est une forme de stress, qui fait partie des risques psychosociaux.

Le stress est défini comme "un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement professionnel et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face".

Le burn-out est un état de fatigue intense, un épuisement, une forme de tétanie. On le nomme aussi syndrome d’épuisement professionnel ou stress cognitif.

Il se manifeste lorsque toutes les ressources d’un individu sont épuisées par le travail. L’image est celle d’une bougie qui finit de se consumer. Au stade extrême c’est le karoschi du Japon : la mort par la fatigue au travail.

Lié à engagement mental et temporel excessif du salarié, à une frénésie d’activité, il se manifeste extérieurement par un appauvrissement des réactions de l’individu, une disparition des signes d’émotion, comme une hébétude. Il traduit un ralentissement intellectuel, une difficulté à se concentrer, à apprendre, à comprendre, à mémoriser, à décider. Il peut être complété par des attitudes négatives envers les autres, voire une perte d’estime de soi.

La personne qui le vit n’en est pas nécessairement consciente. Elle observe bien sa très grande difficulté à se concentrer, son zapping intellectuel d’une question à une autre, mais sans comprendre ce qui se joue. Elle en en souffre sans le savoir. Lorsqu’elle en prend conscience, seule ou grâce à des tiers qui mettent des mots sur les ressentis, elle entre souvent dans le déni de son état, et des causes possibles. Si l’épuisement continue, peut-être ira-t-elle, sous prétexte d’autres problèmes, consulter un médecin, qui lui prescrira, suprême honte, un repos de quelques jours. Si au retour, la pression perdure et continue d’être acceptée, le burn out s’ancrera et le process sera proche du point de rupture. L’issue risque d’en être une dépression, beaucoup plus grave et longue à guérir. Il semble heureusement que le burn out ne génère que rarement des envies de suicide.

Les conséquences au niveau de l’entreprise ne sont pas dans un 1er temps faciles à percevoir. La fatigue extrême peut provoquer des approximations, des erreurs … Le travail peut être ralenti, ou se manifestent une certaine confusion, des oublis. Parfois s’installe le présentéisme (le salarié est présent sans être efficient).

Au stade ultérieur, si un arrêt s’avère inévitable, le congé peut être pris de façon inopinée, à contretemps. Si un médecin consulté prescrit un arrêt de travail, la mesure est d’autant plus problématique que le salarié occupe des fonctions-clés ou détient seul la compétence et le savoir nécessaire pour des dossiers importants ou sensibles. Lorsque le salarié est totalement épuisé, si une dépression s’installe, les conséquences sont encore plus graves.

Quelles en sont les causes ? Elles sont multifactorielles et tiennent de la rencontre entre une organisation et une personne. L’organisation visée est celle du contexte du travail, le juriste concerné fut-il seul.

Côté organisation, c’est l’association d’une charge de travail de plus en plus lourde et de délais de plus en plus serrés qui est responsable du burn out. Des attentes trop grandes, trop peu de temps, de ressources, de coopération. La pression est trop élevée, qu’elle vienne d’une entreprise personnifiée par un manager (les mots hiérarchie ou chefs sont devenus désuets..) ou de clients : il s’agit de satisfaire au mieux, et toujours plus.
Du côté du salarié se trouve l’incapacité à gérer la pression liée au travail demandé.

Il semblerait que certaines personnes soient plus susceptibles que d’autres de connaître le burn-out pour des raisons tenant à leur caractère, à leurs souhaits, à leurs représentations. Parmi ceux-ci on pourrait citer le besoin de reconnaissance sociale, le lien fait entre réussite professionnelle et estime de soi, le surinvestissement dans le travail au détriment de la vie personnelle ou sociale, la peur extrême de perdre son travail, l’abnégation attachée à l’éducation...

Les juristes auraient-ils une prédisposition particulière au burn out ?

Il n’existe pas, à ma connaissance, d’étude épidémiologique sur le sujet. Avec le Village de la justice nous avons, dans cette optique notamment, lancé une enquête sur les problématiques psycho-sociales dans les métiers du droit (si vous souhaitez y participer - l’enquête est anonyme - cliquez ici).
Peut-être cette enquête viendra-t-elle avec votre aide corroborer les hypothèses que j’émets.

On peut noter que les études juridiques exigent pour la plupart des étudiants un effort intellectuel constant, faisant lourdement appel à l’attention et à la mémoire. Ceux qui persévèrent et réussissent sont habitués à fournir une lourde charge de travail, à se contraindre. Ils l’acceptent et s’y habituent.

En outre à un certain niveau leurs études les obligent non seulement à connaître le droit mais à en intégrer les fondements moraux de notre société. Or la valeur travail est très prégnante dans notre société, et conditionne les comportements.

Comment tirer à temps la sonnette d’alarme ? Comment réduire, supprimer le burn out ? Une des premières conditions est d’en prendre conscience, de l’admettre, même si cette prise de conscience heurte vos valeurs et vos désirs. Votre environnement amical ou professionnel peut y aider... Dès lors des pistes d’action sont ouvertes. Vers le travail, l’entreprise, faire savoir que ce travail est excessif, inhumain... Aider à en trouver les causes, proposer des solutions, des réaffectations, des réorganisations, des délégations.. Bref en parler, parler de ce sujet que l’on veut garder intime, qui est considéré comme indigne.

Pour soi-même, afin de garder dans le temps l’énergie de la réaction, se faire aider. Proches, amis peuvent remplir cette mission, s’ils sont présent affectivement et s’ils le souhaitent et en ont la compétence. Un professionnel peut aussi vous aider à passer cette épreuve.

Au plaisir de vous retrouver...

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