Par Papa Alioune Ndao, Etudiant.
 
  • 1079 lectures
  • Parution : 26 février 2021

Guide de lecture.
 

L’intelligence artificielle (IA) ou le pari Pascalien.

Au 17e siècle, siècle du classicisme où plusieurs penseurs sont en pleine interrogation sur la question de l’existence de Dieu face à l’influence de l’Eglise, Blaise Pascal a préféré une manière plutôt originale, le seul à l’époque à avoir l’audace de parier sur l’existence de ce dernier.

Il s’agit d’une démarche hautement téméraire qui consiste à prouver qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en Dieu, que Dieu existe ou non. En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque. Par contre, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l’éternité.

Cette même démarche qui a inspiré Pascal, est aujourd’hui celle que j’emploie en tant que juriste pour aborder la question de l’intelligence artificielle (IA) d’où le titre susmentionné. En l’espèce, notre démarche réside dans le fait de montrer l’intelligence artificielle apporte certes des apports non négligeables pour l’homme mais qu’elle engendre autant de problématiques que les Etats gagneraient à ne pas négliger.

La réflexion que je fais sur l’intelligence artificielle n’est ni un procès incriminateur contre celle-ci, ni un plaidoyer en sa faveur. C’est une réflexion destinée à apporter un coup de projecteur sur les enjeux ô combien importants que l’IA pose. Elle se veut introspective et prospective !

Quand le président russe Vladimir Poutine déclare :

« L’intelligence artificielle représente l’avenir non seulement de la Russie, mais de toute l’humanité. Elle amène des opportunités colossales et des menaces imprévisibles aujourd’hui. Celui qui deviendra le leader dans ce domaine sera le maître du monde. Et il est fortement indésirable que quelqu’un obtienne un monopole dans ce domaine... ».

Au-delà d’une simple déclaration politique, ces phrases doivent sonner comme une alerte retentissante. En effet, ce XXIe siècle est un siècle majeur, une révolution presque dans tous les domaines. On nous parle de progrès technologiques les uns plus fous que les autres, avec l’apparition d’internet, les nouvelles technologies de l’information et de la communication plus performantes et optimisées, et maintenant l’ascension de l’intelligence artificielle qui permet de repenser notre monde de demain.

Pleins de progrès à en avoir le tournis mais qui posent plusieurs défis d’ordre sociologique, juridique et existentiel.

L’intelligence Artificielle et le monde de demain.

Ainsi lorsqu’on commence à se pencher sur la question de l’Intelligence artificielle, on se rend compte que le rapport entre la création et le créateur n’a jamais été aussi grand.

L’intelligence humaine a quasiment tout façonné, notre société, nos habitats, notre confort, notre sécurité, bref quasiment tout, mis à part peut-être la nature, et cela reste à confirmer. En ce sens, elle est capable des meilleures prouesses.

L’homme est capable de bonté, en aidant son prochain, en préservant la nature. Il est capable de vaincre la maladie, par le biais de la médecine, capable de lutter contre les catastrophes naturelles, de les prédire grâce à la technologie. Capable, il est aussi d’explorer la lune, d’y marcher (Neil Armstrong, 1969) et de sillonner l’univers au travers des satellites, télescopes et autres fusées.

Aussi est-il donc capable de mettre en place ce contrat social et le préserver par des règles de droit et de conduite sociale (lois & conventions, morale, religions, coutumes, etc), dirait Rousseau.

Mais ce n’est pas tout car s’il y a bien une chose qui illustre le génie créateur de l’homme, c’est l’IA. Car oui l’intelligence artificielle est également l’œuvre de l’homme, et avec cette dernière tout va changer littéralement changer. En effet, l’IA va ouvrir le champ des possibles. Tous les domaines, secteurs d’activité passeront au crible de l’IA et cela va inéluctablement modifier notre perception, de la médecine au droit en passant par les sciences & technologies, l’agriculture, etc.

Dans le domaine de la Médecine, les applications sont nombreuses (diagnostic de cancer, traitement de cancers avec les nanotechnologies, détection et traitement précoce de Parkinson par le biais de la Computer vision, domaine de la néphrologie, etc). Ainsi l’espérance de vie va augmenter et la population en bonne santé.

S’agissant des Sciences & technologies, l’intelligence artificielle va aiguillonner l’avènement des voitures autonomes, l’émergence des smart cities devient une réalité grâce à l’IA et l’IoT permettant ainsi la gestion de villes entières. En Chine, cela est déjà le cas dans certaines villes de même qu’à Barcelone. Dans les métiers de conception tels que l’architecture ou la robotique, les apports seront tout aussi incroyables avec des perspectives de conception plus évoluées.

De même dans les sciences d’exploration, l’intelligence artificielle pourra aider à améliorer notre perception de l’univers, la découverte de nouvelles planètes ou des alternatives aux énergies non renouvelables.

Cette vague de changements s’accompagne par une recrudescence des métiers du tech (développeurs, ingénieurs, data scientists, data analysts). Cette tendance est confortée dans le monde de l’entrepreneuriat et des startups par la forte demande de ces profils.

L’Agriculture ne sera pas en reste. En effet, les applications de l’IA peuvent permettre une meilleure optimisation des rendements en contribuant à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation de ses effets, en augmentant l’efficacité des systèmes de production par la maintenance prédictive.

L’intelligence artificielle va tout révolutionner.

Elle impacte même le droit. Dans un domaine pourtant très conservateur et rigoriste dans son formalisme, l’émergence des legaltechs dont l’engouement s’est fait sous l’impulsion de la loi pour une République numérique n°2016-1321 du 07 Octobre 2016 avec l’Open Data s’inscrit dans la même optique. Aujourd’hui, dans le secteur du droit et la justice, l’intelligence artificielle est en train de faire mon petit bonhomme de chemin. On associe à cette mouvance le nom de justice prédictive.
Les évolutions sont d’autant plus notables que les opérations de rédaction, de signature électronique de contrats et de recherche jurisprudentielles sont automatisées par les algorithmes de NLP & ML avec des fonctions de mots-clés, de recherche avancée. Des outils qui participent de la digitalisation du droit et à faire des professionnels de vrais « juristes augmentés ».

Elle permet à des plateformes de fournir des services juridiques qui ne requièrent nécessairement pas l’intervention d’avocat. C’est le cas de Legalzoom.

Mais l’impact de l’IA sur le droit ne se limite pas aux legaltechs. Les algorithmes permettent aussi le suivi des travaux d’intérêt général (TIG), l’avènement des smart contracts dans le domaine de la blockchain. De plus, dans certains pays anglo-saxons ils sont utilisés pour prédire la récidive de certains délinquants.

En somme, vous l’aurez compris, notre analyse en termes de progrès social concernant l’IA ne saurait se vouloir exhaustive, car tellement les domaines d’application peuvent être divers.

L’intelligence Artificielle : Une tentative de définition.

A première vue, il peut sembler que l’intelligence artificielle soit une science assez récente en raison de l’actualité du débat autour mais il en est autrement.

Le terme Intelligence artificielle a été utilisé officiellement comme pour la première fois lors de la Conférence de Dartmouth du 31 Aout 1955 intitulée Dartmouth Summer Research on Artificial Intelligence, organisée par Marvin Lee Minsky et John Mc Carthy.

S’agissant de la paternité de l’expression, plusieurs thèses sont dégagées : certaines disent Alan Turing, d’autres John Mc Carthy.

En 1965, Marvin Lee Minsky la définit comme étant

« la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains, car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que : l’apprentissage perceptuel, l’organisation de la mémoire et le raisonnement critique ».

Il est à noter que l’intelligence artificielle est une sous branche de la discipline dénommée science des données. Concrètement, l’IA utilise plusieurs procédés technologiques qui peuvent être regroupés en trois (03) principaux (NLP, ML et DL), les autres procédés étant interdépendants (Computer Vision, Robotics, Statistiques, etc.)

D’abord le NLP pour Natural Language Processing ou le traitement du langage naturel est un procédé qui implique l’analyse intelligente de langage écrit (analyse des sentiments, extraction et collecte d’informations, traduction de texte). Il permet aux algorithmes de comprendre le langage humain.

Ensuite l’acronyme ML pour Machine learning ou apprentissage machine implique l’analyse statistique intelligente généralement utilisée dans les technologie de voitures autonomes, la détection des fraudes, la prédiction de prix. Au sein du machine learning, il existe de trois techniques :
- L’apprentissage machine supervisé (Supervised Machine Learning) : Il s’agit de données labellisées et le résultat donc dépend de la labellisation, de la manière dont celle-ci a été faite,
- L’apprentissage machine non supervisé (Unsupervised Machine Learning) concerne des données non labellisées et de ce fait le résultat n’est évidemment pas le même que SML car il utilise la méthode du cluster qui réside dans le regroupement des données,
- Quant au Reinforcement Machine Learning (RML) ou apprentissage machine renforcé, c’est une technique qui utilise des données semi-labellisées. Autrement dit, il permet d’analyser simultanément des données labellisées comme non labellisées.
Enfin le Deep Learning (DL) quant à lui est en quelque sorte l’étape ultime de l’IA, en ce qu’il permet la simulation quasi-parfaite de l’intelligence humaine. C’est un procédé de sous-couche issu du machine learning simulant l’utilisation d’un réseau neuronal (Recurrent Neural Network, Convolutional Neural Network, …).

Parallèlement, cette intelligence en tant que création a besoin de multitudes de données pour se former et être autonome. Et ces données, c’est l’homme qui les fournit au travers des adresses mail, numéros de sécurité sociale, réseaux sociaux, comptes bancaires, moteurs de recherches, etc. Autant de données (ici données & métadonnées), que cette intelligence factice a besoin pour se consolider.

L’autonomisation quant à elle, est le processus qui suit lorsque ladite intelligence a suffisamment emmagasiné de données pour pouvoir les analyser et par conséquent les prédire des comportements, anticiper voire recueillir elle-même des données.

Siri (Apple), Bixby (Samsung), Célia (Huawei), Alexa (Amazon), Google assistant (Google), Cortana (Microsoft), bref toutes ces technologies de reconnaissance faciale ou d’assistance vocale souvent cités lorsqu’on parle de l’IA, ne sont en réalité que les premiers paliers de l’intelligence artificielle.

On parle souvent de Narrow AI ou Weak [1] pour faire référence à cette IA dépendante de l’humain par opposition au Strong AI.

L’intelligence Artificielle et la problématique humaine (emploi, pauvreté, science & technologie, cybercriminalité, vie privée & libertés individuelles)

Traiter de l’IA, c’est également essayer d’entrevoir la partie invisible de l’iceberg. En effet, tout ne sera pas rose dans le monde de demain étant donné que les algorithmes intelligents apporteront leur lot de bouleversements. Toutefois, le décor n’est pas aussi chaotique que nous le dépeignent les films hollywoodiens même si certains reflètent un certain réalisme tel que le film Transcendance avec Johnny Depp.

Malheureusement, dans le monde de l’entrepreneuriat en général et des start-ups en particulier, tout un chacun brandit l’argument de la startup future [2] avec une solution pratique à base d’intelligence artificielle. L’attrait que suscite l’IA ne fait pas de doutes mais certains entrepreneurs ne mesurent pas l’impact de leurs solutions d’intelligence artificielle.

Il y a des secteurs qui subiront ces bouleversements.

Emploi et Pauvreté.

D’après le cabinet McKinsey Global, l’IA va avoir des conséquences sur 60% des emplois. La recrudescence déjà soulignée des métiers du tech en est la preuve la plus concrète. Ce qui veut dire que la plupart des métiers que nous connaissons sont voués à disparaitre dans un futur proche. Et c’est un fait, une réalité.

Dans les grandes entreprises, de plus en plus de postes sont supprimés au profit de l’automatisation par des technologies basées sur l’intelligence artificielle et la robotique. Quand Watson d’IBM, le superordinateur intelligent est capable de recommander des options de traitement pour les patients atteints de cancer (Memorial Sloan Kettering Cancer Center), de faire une expertise légale (BakerHostetler), de réaliser des audits financiers (ANZ Global) et même créer des application d’intelligence artificielle (API Watson). Il ne fait l’ombre d’aucun doute que l’ère de l’intelligence artificielle sera aussi l’ère de la disparition des métiers accessoires c’est-à-dire ceux qui sont fort manuels, à faible degré de technicité, ou hautement prédictifs.

Les répercussions de l’IA dépassent donc le simple progrès technologique. A chaque fois qu’un secteur est optimisé par une intelligence artificielle, cela entraine aussi directement qu’indirectement la disparition des emplois rattachés à ce secteur.

N’est-ce pas déjà le cas avec les caisses automatiques dans les supermarchés ?
Les qualifications requises aujourd’hui pour un emploi ne seront pas celles de demain. Par exemple, la démocratisation des voitures autonomes fera potentiellement disparaitre le métier de taxi.

Autre conséquence dérivée et logique de l’impact de l’IA sur l’emploi, c’est la multiplication de la pauvreté et du chômage.

Cybersécurité.

Autre secteur qui sera impacté est celui de la Cybersécurité, il est estimé qu’avec le développement de l’IA démocratisée les risques de cyberattaques (cybercriminalité, sabotage, espionnage, etc) vont être décuplés.

DDOS, Backdoor, Botnet, automatisation du phishing et des rançongiciels communément appelés ransomwares, tout y passe.

L’argument est simpliste : une intelligence artificielle ne dort pas, ne mange pas de plus elle dispose d’une puissance de calcul qui permet quasiment de tout faire. Le temps qu’un cybercriminel personne physique peut prendre pour la mise en place de cyberattaque n’est évidemment pas le même qu’une intelligence artificielle dédiée créée à cet effet.

En effet, de plus en plus les cybercriminels utilisent des algorithmes comportant des séries d’instructions de captation de données au travers des attaques de phishing (hameçonnage) sur chatbot. Cette manière de procéder s’allie souvent du Social engineering.

L’exemple de la banque Equifax est une illustration assez éloquente en la matière (cf. vie privée & libertés individuelles).

Par ailleurs, les hôpitaux sont de plus en plus victimes de ces ransomwares. D’ailleurs tout récemment (bien en 2021) les hôpitaux de Dax et de Villefranche-sur-Saône en ont fait l’objet.

Ces menaces ne sont pas donc des cas isolés puis qu’elles ont toutes comme nœud gordien l’IA.

La question de la sécurité des Etats est également en jeu avec les probables risques d’attaques sur les systèmes d’information étatiques, le développement d’armes autonomes (drones, robots, etc). Ce n’est justement pas par hasard si Elon Musk, fondateur de tesla prône pour une réglementation de ces futures armes intelligentes.

Vie privée et libertés individuelles.

Le pouvoir d’influencer notre vie, nos choix, de restreindre nos libertés mais aussi supplanter le génie humain, mettre en doute notre libre arbitre si tant est qu’on en a un, le risque qu’il soit aux mains d’une minorité par exemple certaines multinationales, sa capacité à fixer de nouvelles normes, dont déjà certains signes avant-coureurs avec la multiplication des algorithmes super puissants, des serveurs avec des puissances de calcul hors normes pouvant jusqu’à prédire nos habitudes, la publicité ciblée, etc.

Emergence de nouveaux types de menaces, plus d’immixtion mais aussi réduction de la notion de vie privée, …

Mais en soi qu’est-ce qu’une intelligence artificielle, pour faire simple, c’est une intelligence fabriquée par l’homme en imitation de la sienne pour aider la prise de décisions.

Les conséquences de l’intelligence artificielle pèsent lourdement sur nos droits humains.

On entend maintenant parler fréquemment de la multiplication récurrente des fake news dans les médias (élections présidentielles américaines de 2016, sur les réseaux sociaux, sur internet en général), de la technologie du deepfake utilisée dans le cinéma qui maintenant est capable de faire des effets spéciaux très réalistes que cela effleure le réel.

Mais ce que beaucoup ignorent est que toutes ces choses ont en commun, l’intelligence artificielle. Elle est au cœur de tout un ensemble de transformations. L’inquiétude est que, cela pourrait atteindre des proportions insoupçonnées.

Par ailleurs, le scoring une pratique désormais très récurrente dans le secteur bancaire et du FinTech qui consiste à recourir à des algorithmes en l’occurrence du machine learning ici et du Big data pour décider de l’éligibilité ou non du client à un crédit sous forme de score attribué.

Aux Etats-Unis, la Banque américaine Equifax, pionnière dans le domaine en a fait les frais après la cyberattaque subie en 2017 exposant ainsi les données personnelles de près de 143 millions d’américains et de canadiens.

En outre, on oublie assez souvent d’évoquer avec le scoring, ce sont les nombreux honnêtes individus qui n’ont plus la possibilité d’accéder des banques. Ils n’ont pas cette éligibilité (solvabilité évaluée) entrainant chez eux une certaine défiance envers les banques. De même, l’accès au logement devient en conséquence plus difficile, la multiplication des sans-abris creuse les disparités sociales

En Chine, le crédit social a fait son apparition et sous son sillage l’intelligence artificielle. En effet, il fait nul doute que la Chine est un des pays plus avancés sinon le pays le plus avancé en termes d’intelligence artificielle au monde. Le plus souvent, ce qui fait le plus peur lorsqu’on y réfléchit, ce n’est pas en soi l’IA en tant que telle comme technologie, ce qui fait peur le plus c’est son don d’ubiquité. Cette aptitude de l’intelligence artificielle de demain (strong IA) d’être à la fois partout et nulle part.

La vie de milliards de chinois est aujourd’hui scrutée à la loupe par des intelligences artificielles qui traquent le moindre de leurs gestes (circulation routière, activité économique, pistage sur les réseaux sociaux, orientation & opinions politiques, vie privée, …).

Cela montre que l’intelligence artificielle de demain ne sera pas aussi artificielle que son nom l’évoque actuellement, car la science évolue, la technologie aussi et les développeurs seront de plus en plus aguerris avec des algorithmes plus précis grâce aux des training sets.

Et dans cette optique d’idées, le développement de l’intelligence artificielle n’en sera que plus fulgurant, l’IA sera partout afin d’optimiser l’activité humaine et son besoin de données de plus en plus agrandissant.

Cette dynamique pourra continuer jusqu’à atteindre ce que l’être humain a toujours eu de plus cher, la liberté. Liberté qui a pris de la valeur depuis les privations de libertés opérées lors de la crise de Covid-19 et les confinements successifs.

En Chine, les personnes qui ne se conforment pas aux exigences du crédit social sont fichées sur une liste noire, leur privant ainsi de certains droits et acquis sociaux tels que l’octroi de prêt bancaire, allant jusqu’à la mort civile.

En Allemagne, très récemment (2020) un homme de 54 ans a été condamné pour meurtre à 10 ans de prison après le témoignage d’Alexa (IA de Amazon). Au premier abord, c’est génial puisqu’un criminel est maintenant derrière les barreaux mais aussi surréaliste que cela puisse paraitre, l’avènement de l’IA ne serait-il pas celui de 1984, le célèbre roman assez futuriste de George Orwell.

Surveillance généralisée, collecte massive de données, dictature, privation des libertés individuelles, bref Big brother is watching you !

Il en ressort que les enjeux de l’intelligence artificielle sont insoupçonnés et sa maitrise, aujourd’hui plus que jamais nécessite une règlementation stricte à l’ordre du jour, faute de quoi la liberté deviendra comme un artifice tout comme l’IA.

La nécessité d’une règlementation stricte de l’IA.

S’il y a une chose dont l’IA a besoin pour subsister, ce sont bien des données. En ce sens, une réglementation stricte est plus que nécessaire. Le RGPD est à l’heure actuelle le principal catalogue répressif de référence de la protection des données mais quand il s’agit d’intelligence artificielle, aucune réponse. En effet, le RGPD prévoit uniquement une protection des données dans les traitement automatisés et/ou manuels liés à des fichiers.

Ces traitement doivent être régis par la Privacy by design de l’art. 25 RGPD, principe qui préconise que la conformité des règles de protection des données à caractère personnel dès la conception de l’outil technologique ou du système d’information.

Nonobstant, il n’en est rien avec l’IA, puisque celle-ci a besoin du big data c’est-à-dire les données personnelles ainsi que les métadonnées. De même en cas d’application de la Privacy by design, celle-ci ne consoliderait pas.

Il y a donc un vide juridique car le champ d’application ratione materiae du RGPD n’inclut pas à proprement parler l’IA (cf. art 2 RGPD). D’ailleurs, dans tous les 99 articles du RGPD, aucun ne fait mention du terme intelligence artificielle. Le traitement de données concernant l’intelligence artificielle est actuellement présumé être plus régi par la Privacy by default. Lequel principe opère un traitement qui n’est pas qu’un simple traitement automatisé classique. Il autorise non seulement l’utilisation des données personnelles mais il a accès des données personnelles dites sensibles (données de santé, de biométrie, génétiques, d’origine raciale, convictions religieuses, orientation sexuelle) dont le traitement est pourtant en principe interdit.

Les articles 8 et 9 respectivement de la Loi Informatique & libertés et du RGPD sont pourtant clairs.

Il en découle que la règlementation des technologies basées sur des intelligences artificielles pose des défis et flous juridiques stricto sensu.

Ainsi la problématique qui se pose est de savoir si une IA peut être conçue by design sachant que les principales techniques de Privacy by design (Pseudonymisation & Anonymisation) limitent le traitement de ces données et donc de facto l’efficience de l’IA ?

Parallèlement, le principe d’accountability de l’art. 24 du RGPD, qui impose une documentation du traitement des données, va-t-il pouvoir être appliqué de façon effective dans le cadre d’une intelligence artificielle ?

A cette question, la réponse est elle-même problématique. Les entreprises vont-elles accepter de communiquer les training sets de leurs algorithmes.

En réalité, même les nouveaux droits établis par le RGPD à savoir le droit à l’oubli numérique (art. 17 RGPD), de portabilité (art. 20 RGPD) et de limitation du traitement (art. 18 RGPD) pour renforcer la vie privée vont se heurter à l’IA.

Toutefois, l’Union européenne est en train de réfléchir sur une nouvelle législation de l’intelligence artificielle pour établir une charte éthique au sein de l’Europe. Ce besoin de charte s’explique par le fait qu’on associe notamment à l’IA la nécessité d’une certaine éthique parce que tout comme les biotechnologies (humain, animal, végétal), le développement de celle-ci posera incontestablement des questions éthiques. Par exemple : Tay, le « chatbot » de Microsoft devenu raciste, les questions relatives au clonage et à l’eugénisme, la théorie du « grand remplacement » de l’homme par les algorithmes, etc.

Devant de tels risques de dérives potentielles, une réflexion profonde sur cette éthique doit être mise en place par les Etats. La réglementation de l’intelligence artificielle doit donc aussi nécessairement passer par l’inclusion et une mise en place de garde-fous.

Un livre blanc de l’intelligence artificielle a été publié le 19 février 2020 par Bruxelles pour sensibiliser les citoyens, les entreprises et les Etats sur les défis présents et futurs.

En France, une proposition de loi constitutionnelle a été faite par le député Pierre-Alain Raphan en 2020 pour une charte de l’intelligence artificielle et des algorithmes.
De surcroit, la CNIL a écrit un rapport de synthèse datant de 2017 où elle dégage six (06) recommandations opérationnelles guidées par deux principes : La loyauté et la vigilance.

Quoiqu’il en soit, la règlementation de l’IA doit se faire de sorte que les citoyens, entreprises et les Etats y trouvent un bon compromis pour l’intérêt de tous. C’est la règle de la gouvernance de l’IA

L’IA ou le fantasme de l’autodestruction.

L’idée d’ambiguïté ou de singularité : Quand on aborde la problématique de l’IA, l’une des autres interrogations est de savoir si elle sera en mesure de cerner l’idée d’ambiguïté ou de singularité.

Par ambiguïté ou singularité, on entend la faculté qui donne à chacun des êtres humains, une particularité spécifique. Cela peut être soit une façon de raisonner différente, une manière différente d’exprimer ses émotions, sa créativité, ses choix.

Ainsi la singularité, c’est ce qui nous caractérise et nous différencie des autres. Elle fait que l’on est certain d’être soi-même et pas un autre, même si le réel de notre être nous est inaccessible. Il s’agit d’un concept qui relève de la psychologie.
L’être humain est donc connu pour être un des êtres vivants les plus complexes sur tous les points de vue. Il est à la fois capable d’aimer et d’haïr une chose, de commettre des atrocités puis de se repentir. Toutes les décisions de l’humain ne sont pas toujours raisonnées qu’il n’y parait, certaines sont conduites par notre cœur, d’autres par notre intuition. Au fond la particularité de l’homme a toujours résidé dans cette imperfection, sa capacité de survie, de résilience face aux nombreux enjeux.

Corrélativement, l’écueil de l’intelligence artificielle est de comprendre cette idée de singularité, qui elle-même est caractéristique de notre propre essence. Et donc si nous continuons notre cheminement, on réalise que le monde de l’intelligence artificielle est quant à lui celui de l’optimisation.

Mais peut-on tout optimiser ? La réponse est bien évidemment non. L’homme doit être le maillon fort de la chaine et quel que soit l’effort d’optimisation l’effort humain ne doit être relégué au second plan. Tout optimiser équivaut à tuer l’esprit critique (paresse, pensée inhibée, défaut de créativité, aliénation, …).

En effet, aussi bien programmé qu’un algorithme puisse être, l’IA n’arrivera jamais à cerner la complexité de l’être en tant qu’essence.

Une essence faite de d’interrogations, de questionnements, de doutes, de certitudes, de préjugés, d’étonnements.

Le rôle de la conscience dans ça ?

Face à ces nombreux défis, il est légitime de s’interroger :

Est-ce qu’une intelligence artificielle a une conscience ? Si oui, sa conscience est-elle forcément celle de ces développeurs qui, à travers des milliers de lignes de codes, l’ont créée ? Ou encore si l’on peut se permettre sera-t-elle celle de la multinationale qui en aura le contrôle, ou de l’Etat détenteur ?
Cercle vicieux, Couteau à double tranchant ou Epée de Damoclès ?
Enfin va-t-on brader le génie humain, pour un simulacre ou une pâle copie de l’intelligence humaine.

Autant d’interrogations auxquelles, l’avènement de l’IA démocratisée doit répondre …

Sources & Bibliographie :
- Idriss Aberkane, L’âge de la connaissance, éd. Robert Laffont
- Pr. Douglas Arner & Brian W. Tang, Introduction to FinTech MOOC/Part : The ABCD of the Alternative Finance, edx.org
- Sacha Gaillard, L’Intelligence Artificielle et l’exercice du droit.
- Loi pour une république numérique du 07 Octobre 2016
- Commission Européenne, White Paper on Artificial Intelligence [3], du 19 Février 2020
- Eric A. Caprioli & Isabelle Cantero, Intelligence artificielle et RGPD peuvent-ils cohabiter [4] ?, Usine digitale
- Dr. Raj Ramesh, AI & You : How to think, Transform, and Thrive in an Artificial Intelligence future [5], 2019
- Mckinsey Global Institute, How AI and automation will affect work [6], Executive Briefing, June 2018
- Article de RFI [7]
- George Orwell, 1984
- Pierre-Alain Raphan, Proposition de loi constitutionnelle nº 2585 relative à la Charte de l’intelligence artificielle et des algorithmes
- Siècle digital, Les lois de l’intelligence artificielle : quelle éthique pour l’UE ? [8]
- Article du CNIL, Comment permettre à l’Homme de garder la main ? Rapport sur les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artificielle [9], 15 décembre 2017
- Article du Monde, Tay le chatbot raciste [10]
- Article du Bigdata.fr, IBM Watson : Tout savoir le superordinateur IA et Big Data [11]
- Excellent Documentaire, L’âge de l’IA, Youtube Originals
- Excellent Film, Transcendance avec Johnny Depp « Sur l’intelligence artificielle, ses réussites, ses menaces et sa possible perte de contrôle »
- Films du même thème (Minority Report avec Tom Cruise, Chappie avec Dev Patel, Wall-e, etc)

A lire aussi dans la même rubrique :



Profitez-en !

C'est seulement aujourd'hui sur Le Village de la Justice:

Faites découvrir Kleos et bénéficiez d’1 mois gratuit pour votre filleul et vous !

Demain une autre offre !


LES HABITANTS

Membres

PROFESSIONNELS DU DROIT

Solutions

Formateurs