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La résolution positive des conflits.

Par Ahlem Hannachi, Docteur en droit.

Les conflits font partie de notre vie. Ils sont inévitables dans les relations humaines en raison des différences existants entre les individus. Dans le domaine de rupture et de divorce, les conflits se produisent fréquemment, et il est précis de leurs attribuer un sens et de les surmonter de façon constructive plutôt que de les éviter ou de les ignorer, tendance de la majorité des individus.

La plupart des individus associent le mot conflit au mot crise, bataille, guerre, dispute et violence, qui sont considérés non seulement indésirables, mais surtout préjudiciable. En conséquence, il doit être résolu. Le concept chinois qui désigne le mot conflit est composé par deux signaux superposés : un qui veut dire danger et l’autre opportunité. Le danger est de demeurer dans une impasse qui retire toutes les énergies individuelles ; l’opportunité consiste à considérer les options qui s’ouvrent à de nouvelles possibilités qui vont permettre de nouvelles relations entre les individus et créer les moyens capables de résoudre les problèmes quotidiens.

La conception du conflit a pris plusieurs variations à travers le temps. Robbins (1974) a identifié trois manières différentes à examiner : l’époque traditionnelle, l’époque béhavioriste et l’époque moderne. Dans la conception traditionnelle les conflits sont indésirables et sont à éviter à tout prix. L’époque béhavioriste les considère comme inévitables, mais ne devant jamais être encouragées. Enfin, la conception moderne reconnaît la nécessité du conflit comme un élément de qualité de la vie et de l’organisation.

Ainsi, le conflit ne doit pas être ni évité ni supprimé, mais géré efficacement. Selon l’actuelle vision, le conflit n’est ni négatif ni positif, mais naturel et inhérent à la vie, et la question principale est de savoir comment le dénouer d’une manière efficace et productive.

C’est dans ce sens, que la médiation familiale offre une nouvelle méthode de résolution des conflits basée sur leur utilisation positive.

La typologie des conflits

  • Conflit réel : Deux situations sont fondamentalement en opposition et un compromis ne peut être trouvé à moins qu’il existe un arrangement entre les parties.
  • Conflit contingent : le conflit n’est pas encore reconnu par les parties en litige.
  • Conflit déplacé : le conflit est détourné vers des points qui ne sont pas les véritables raisons de la discorde.
  • Conflit manifeste : c’est un conflit déclaré, bien qu’il puisse exister un autre caché.
  • Conflit latent : l’objet du conflit n’est pas encore identifié.
  • Le faux conflit : aucune raison objective ne le justifie ; il se base sur une information ou une communication erronée.

Il est important de noter que les conflits ne surgissent pas nécessairement des objectifs différents. Par exemple, les parents peuvent avoir le même objectif, à savoir, le bien-être de leurs enfants, mais diverger d’opinions quant à la manière d’y parvenir. Le défi du médiateur est d’aider les individus à maîtriser leurs désirs de vengeance et agressivité pour réussir la conciliation ou pour trouver la manière compatible pour réaliser les objectifs communs.

Les objets du conflit

La première étape dans la gestion efficace du conflit est de le reconnaître. Lévesque présente un tableau élaboré par Wehr (1979) dans lequel il identifie les objets du conflit, les causes et les moyens d’intervention.
Pour le médiateur, il est important d’évaluer les objets du conflit avant de choisir une méthode d’intervention appropriée.

Face à un conflit, les individus réagissent différemment. Cette différentiation des réactions dépend de leurs expériences de vie, leurs personnalités, leurs croyances et valeurs, et enfin, d’une série de facteurs qui déterminent une manière particulière d’essayer de régler les problèmes. Chacun a son propre style ; certains sont pragmatiques, ou extravertis, d’autres conciliateurs ou analytiques.

  • Le type pragmatique : n’aime pas perdre le temps. Il est pratique et prend des décisions rapides basées sur des faits qu’il connaît. Il n’hésite pas à formuler ses opinions, aime la dichotomie gagnant /perdant.
  • Le type extraverti : il est positif, chaleureux, sociable et convaincant. Il expose son opinion avec facilité et adore influencer les autres.
  • Le type conciliateur : il cherche avant tout l’harmonie et l’accord, désire que tout le monde soit heureux et évite toute sorte confrontation. Il n’exprime pas facilement ses opinions.
  • Le type analytique : a besoin de faits et d’informations avant de prendre des décisions. Il aime trop les détails et ne donne pas beaucoup d’importance aux relations interpersonnelles.

Pour une bonne intervention dans un conflit, il est très important que le médiateur identifie les personnalités qui se confrontent afin de faciliter la communication entre les parties.

Les méthodes de résolution des conflits

Il existe différentes méthodes d’intervention et de résolution des conflits qui facilitent aux parties de parvenir à un accord, mais ces méthodes sont différentes entre elles quant au mode d’obtenir un accord. L’arbitrage, la conciliation, la négociation et la médiation sont quelques unes de ces méthodes, dont les principales caractéristiques sont résumées ci-dessous.

  • L’arbitrage : est un processus dans lequel les parties en conflit demandent volontairement à un tiers impartial et neutre de prendre une décision à leur place. L’arbitrage ne favorise pas le dialogue direct entre les parties. Par exemple, le juge tient le rôle d’arbitre.
  • La conciliation : est un processus que vise une relation positive entre les acteurs impliqués et la diminution de l’impact du conflit. Elle favorise l’établissement d’un climat de confiance et une meilleure communication. Le conciliateur peut imposer ou conduire l’accord et ne se préoccupe pas de la satisfaction de ceux qui sont impliqués dans la résolution du conflit.
  • La négociation : est un ensemble de discussions entre les parties en conflit qui se réunissent volontairement et temporairement avec l’intention de résoudre les points en litige. Si la communication est rompue, la négociation peut être faite avec l’aide d’un tiers, en général un avocat ; il s’agit alors d’une négociation par l’intermédiaire de représentants.
  • La médiation : est un processus de gestion des conflits qui implique l’intervention sollicitée et acceptée d’un tiers impartial, mais les prises des décisions restent sous la responsabilité des personnes impliquées dans le conflit. Les parties (ex. les conjoints) sont les négociateurs et le médiateur facilite la discussion. Ce dernier est responsable du processus et les personnes impliquées sont responsables du résultat. Le terme de l’accord est établit par les parties elles-mêmes et rédigés par le médiateur.

Le règlement du conflit familiaux

Les attitudes des personnes ont tendance généralement à éviter, augmenter, maintenir ou réduire le conflit. Haynes (1989) s’inspire de cinq points de la psychologie sociale pour comprendre comment les individus tentent de résoudre un conflit :

  • Se retirer : lorsqu’une ou les deux parties évitent de parler des différends existants dans la relation. L’intérêt de la médiation, dans ce cas, est d’aider par exemple le couple à trouver une solution consensuelle et durable.
  • Minimiser : lorsque les deux parties minimisent le conflit. L’intérêt de la médiation dans ce cas est de découvrir ce que le couple par exemple tente d’éviter. Le médiateur ne cherche pas à analyser le conflit latent, mais de plutôt de le faire accepter comme légitime. Dans ce sens, le médiateur travaille sur des solutions possibles et acceptables par les parties. Il est normal ici que surgissent l’agressivité, les peurs cachées. Le médiateur oriente la discussion pour clarifier les points.
  • Imposer : lorsque la partie la plus forte use de son pouvoir pour remporter la victoire. Dans ce cas, si le médiateur ne peut pas modifier l’approche du conflit conjugal par exemple, à savoir, s’il ne peut pas changer le comportement en faveur d’une relation de forces égales, il vaut mieux que le couple soit renvoyé à un avocat.
  • Maintenir : lorsqu’un ou les deux parties ne désirent pas sortir de l’impasse. Il s’agit d’une stratégie des personnes parce qu’elles gagnent avec la persistance du conflit.
  • Rechercher un accord : lorsque chaque partie renonce à certaines de ses revendications pour atteindre l’objectif souhaité. Le médiateur aide le couple à identifier ce qui réellement les sépare. Chacun doit vérifier clairement sa position et le médiateur, intervient alors dans les différends.
  • Faire face au problème : lorsque les raisons profondes du conflit sont analysés et l’intervention se produit dans le sens d’une redéfinition du problème et de trouver une solution qui satisfait tout le monde. Le couple est le seul qui décide, rien ne lui est imposé ; ni les partenaires ne sont obligés de céder l’un à l’autre ; le médiateur guide seulement la gestion des conflits.

Le médiateur sera efficient s’il saura identifier les modes de communication que les couples utilisent en période de conflit. Le médiateur fait une première analyse des modes de communication entre le couple et doit s’assurer que chaque partie identifie le problème en commun. Le problème étant bien posé et reconnu par les conjoints, ils peuvent commencer à chercher la solution. En général, lorsque les couples sont en conflit, la tendance est le refus d’entrer en accord sur la nature du problème. La médiation doit réaffirmer constamment que les participants sont des partenaires et non des adversaires, et que tous les différends existants entre eux sont négociables.

Communément, les personnes en conflit ressentent une certaine angoisse, une peur, une frustration et de l’agressivité. De manière générale, le conflit est associé à quelque chose de négatif qui doit être éliminé. Au moment d’une séparation, les parties sont affaiblies et ne pensent jamais trouver une solution. Le médiateur emploie alors des stratégies et des techniques d’intervention appropriée pour la gestion du conflit offrant une certaine tranquillité d’esprit aux parties. Lorsque les individus communiquent, les perspectives d’un accord deviennent plus fortes, parce que les messages deviennent plus clairs. Les individus sauront trouver de nouvelles sorties au moment où ils cessent de voir le conflit comme une bataille à gagner et de le considérer comme un problème à résoudre.

Ahlem Hannachi
PhD in international criminal law and criminal policy (Panthéon-Sorbonne University-Paris 1)
The master Philosophy Ethics fundamentally (Panthéon-Sorbonne University-Paris 1)
Trainee lawyer (Law Office E.Z. Sadeg) - Paris (France)
Private Consultant / Auditor\\\’s Quality -Paris (France -Egypt)

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